Mater du porno est-il tromper ?

L’éternel débat de cette fameuse question. Tentons d’y répondre en pesant les arguments du pour et du contre. Ce n’est pas ce qu’on a de plus facile à ingurgiter, mais peut-être qu’un jour, vous nous direz merci qui ? Merci LVDX.

Depuis que le porno est sorti du ghetto et rivalise avec le sport professionnel et les grands networks en termes d’audience, il est souvent accusé d’être une forme d’infidélité maritale. À ce titre, en 2002, une étude de l’académie américaine des avocats matrimoniaux soulignait que le porno sur Internet jouait un rôle significatif dans l’accroissement des cas de divorces. Quelques célébrités sont venues donner de l’écho à ce constat. En 2005, l’actrice Denise Richards divorça, accusant Charlie Sheen de poster des photos de sa queue en ligne et d’avoir un goût trop prononcé pour le site porno barely legal. Deux ans plus tard, sa consœur Anne Heche, ex de la présentatrice Ellen DeGeneres, accusa son ex-mari (oui, c’est compliqué avec les coming out tardifs) de surfer sur les sites porno plutôt que de prendre soin de leur fils de 5 ans. Mel Gibson, Sandra Bullock, Tiger Woods sont, quant à eux, passés à l’étape du dessus puisqu’une relation adultérine avec un acteur ou une actrice de cul fut directement la cause de leur divorce.

L’adultère, le porno et la loi

L’article 212 du Code civil, rappelé par l’officier d’état civil lors du mariage, prévoit expressément que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ». La définition de ces devoirs est assez large pour que les tribunaux puissent sanctionner une grande diversité de comportements fautifs, contribuant ainsi à forger un bloc de jurisprudences. Le divorce ne peut être justifié que si les manquements d’un des deux partis sont outrageants, graves, répétés et rendent le maintien du lien conjugal intolérable. Ainsi l’article 242 du Code civil dispose que « le divorce peut être demandé par l’un des époux lorsque les faits constitutifs d’une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage sont imputables à son conjoint et rendent intolérable le maintien de la vie commune ».

C’est chiant comme la mort, le droit, mais ça permet de comprendre qu’en gros : c’est chaque juge qui décide et sa décision servira de base à d’autres juges qui se trouveront confrontés à des cas similaires. Contrairement aux Etats-Unis où le mannequin Christie Brinkley a pu divorcer aux torts de son époux car le juge a accepté ses arguments arguant qu’il matait trop de cul, les tribunaux français n’ont jamais jugé que la consommation de porno d’un des conjoints rendait le lien conjugal intolérable (contrairement au fait de fréquenter des sites de rencontre d’après la Cour de Cassation en 2014). Donc non, jusqu’ici, mater du porno n’est pas tromper aux yeux de la loi française.

La boite de Pandore

Ceci dit, les avocats ont bien compris l’intérêt de se saisir de la question. La pornographie serait une porte ouverte, une autoroute vers la tromperie, donc, à terme, un motif de séparation et des pépètes dans leurs poches. À cette fin, ils agitent le spectre de la porno-dépendance entraînant une quasi systématique séparation. D’expérience, on peut leur concéder qu’il est compliqué d’avoir envie d’honorer sa femme après une branlette sur Internet (à moins d’être un Priape et c’est comme les nymphos : rare et douloureux). Si la masturbation est quotidienne, il y a fort à parier que la baise ne l’est pas. De journalier, l’acte sexuel passe à hebdomadaire, puis mensuel, et on se retrouve un jour à se dire que l’on n’a plus honoré son épouse depuis deux ans… Cette conduite, le doyen Carbonnier aurait pu la considérer « injurieuse » et la qualifier de « petit adultère » comme il le fit avec l’infidélité sur internet. C’est là que ça devient dangereux, car c’est un manquement aux obligations maritales (les fameux respect, fidélité) et donc un motif valable et suffisant pour invoquer le divorce.

Infidélité et adultère

Pour faire simple, l’infidélité est un concept moral, l’adultère une notion juridique. Si mater du X n’est pas adultérin en France, est-ce une infidélité ? Dans son best-seller, Jésus tranche facilement sur la question : « Je vous le dis : quiconque regardera une autre femme que la sienne avec désir, a déjà commis le péché d’adultère dans son cœur ». Mais ses brebis sont ainsi faites et le grand public plus divisé sur la question que les avocats, les bigots ou les vedettes. Le clivage tend à suivre celui du genre : même si les femmes sont bien plus enclines à mater du porno qu’avant, elles restent, dans leur majorité, plus hostiles au genre que les hommes et bien moins sujettes à en regarder. Dans la masse des études, quelques-unes se distinguent. Ainsi, dans l’une, on apprend que la moitié des mecs matent du porno au moins une fois par semaine contre seulement 3 % des femmes. Dans une autre de 2004, on apprend que les époux qui ont trompé leur femme avaient trois fois plus de chance de fréquenter des sites porno que ceux qui ne le faisaient pas. Mais bon, comme disait Coluche : « Les statistiques, c’est comme le bikini : ça donne des idées mais ça cache l’essentiel ».

La philo au secours

D’où la question : mate-t-on du porno quand on en a marre de celui ou celle qui dort à côté ou est-ce parce qu’on en regarde que l’on n’a plus envie de baiser avec l’intéressé(e) ? Aucun des deux. Ceux qui baisent beaucoup regardent peu de porno. Mais pour baiser beaucoup, il faut bien baiser. Et pour bien baiser, regarder pas mal de porno ne fait pas de mal.

Si la relation entre votre conjoint ou partenaire et vous est basée sur la confiance, la tolérance, la communication et la mesure (dans l’ordre), pas de complexe à avoir de se branler devant du porno. Si elle est convaincue que vous l’aimez, quelle a assez de maturité pour connaître la nature des hommes, que vous lui faites part de vos envies et que vous aimez toujours jouir avec elle, non, mater du porno n’est pas tromper aux yeux de la seule morale qui compte. La vôtre.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.