Souriez ! Vous êtes niqués !

Même si la Sibérie, c’est hyper démodé, les bonnes vieilles méthodes, il n’y a que ça de vrai ! Du KGB au FSB, la petite discipline du Kompromat fait encore le buzz et permet de mettre à l’écart les citoyens « récalcitrants » à la démocratie version Poupou 2.0. Gaffe car Big Brother is watching you.

Admettons que vous êtes mariés depuis longtemps, madame ou monsieur n’est plus trop de la première fraîcheur et vous passeriez bien une petite annonce dans un gratuit, du style échange un(e) de cinquante contre deux de vingt-cinq. Qui irait vous en blâmer. Le petit problème, c’est que mariage implique… divorce. Et là bien évidemment, vous n’avez pas envie que votre ex vous pique trop d’argent. La solution, utilisez les méthodes estampillées FSB. Arrangez-vous pour piéger votre ex dans une chambre d’hôtel et réaliser, peut-être pas la sextape du siècle, mais bien juste de quoi avoir un moyen de pression.

C’est vrai qu’avant, les services de renseignement utilisaient des méthodes, disons, plus… expéditives. On se souviendra de la méthode Baader, celle du suicide par balle unique dans la nuque, pour laquelle il faut être plutôt souple ou encore de la méthode Boulin qui donnera naissance à l’expression : « Se noyer dans un verre d’eau ». On pourrait encore citer l’opération Bateau Coulé en Nouvelle-Zélande en 1985, où évidemment avec un nom pareil, on s’est fait griller rapidement.

Aujourd’hui pfouit ! Tout ça, c’est du passé, tout ça, c’est dépassé ! Vive le Kompromat ! Moins salissant (du moins physiquement) que l’élimination. Le Kompromat, c’est mettre en évidence l’expression : « avoir des dossiers sur… ». Ce n’est pas nouveau, dans les années 60, Maurice Dejean, ambassadeur de France en Russie s’est fait filmer (à l’insu de son plein gré) en pleine action avec une jeune actrice. Rappelé à Paris, De Gaulle l’a accueilli par un petit : « Alors Dejean, on couche maintenant ? » et hop ! À la retraite ! Pareil pour un agent britannique, photographié en train d’embrasser un homme, qui travaillera par la suite, pour le KGB.

Pourquoi aller vous embêter à organiser un faux meurtre maquillé en suicide. C’est compliqué et même si la population mondiale devient de plus en plus crédule, il en faudra beaucoup pour lui faire avaler, que n’ayant pas le gaz il met sa tête dans une bassine d’eau, elle-même à l’intérieur d’un four électrique et tout ça les mains attachées dans le dos.

Et hop ! C’est surprise sur prise ! Et Apparemment elle aime se faire (sur) prendre !

« Du All Inclusive, services (de renseignement) compris »

Non, aujourd’hui on est à l’heure de la civilisation du paraître, de la pub et des communicants. Déjà les jeunes s’entraînent avec le Facebook bashing et, on se dit, qu’une fois parvenus à l’âge adulte, ils seront mûrs pour intégrer de grandes organisations démocratiques comme la DGSE ou la DST.

Certes, la méthode n’est pas neuve mais elle a fait ses preuves. La théorie de la balle magique dans l’affaire Kennedy, fallait quand même être un virtuose du billard pour réussir un pareil trois bandes. D’ailleurs me revient à l’esprit le film d’Henri Verneuil, I… comme Icare, où notre Yves Montand national interprète le procureur Henri Volney, sorte de Jim Garrison à la française, qui enquête sur l’assassinat de Marc Jary, Président d’un pays imaginaire aux couleurs américaines. À la fin du film, et désolé pour ceux qui seraient passés à côté de ce chef-d’œuvre des années 80, on s’aperçoit que tout a été organisé par les services secrets et que la méthode, avant d’abattre un dirigeant « gênant » d’un pays « ami » (entendez par-là où l’on a des intérêts) consiste à déjà le rendre impopulaire.

Voilà, jusque-là, on était dans la fiction, passons à la (télé) réalité. Tonton Vlad, à Moscou, adore offrir des ami(e)‌s aux personnalités qu’il considère comme peu ou prou encombrantes. C’est du All Inclusive, services (de renseignement) compris. La petite sextape, tournée intégralement à votre insu dans la chambre d’hôtel préalablement piégée, que l’on fera parvenir aux chaînes nationales, à la suite de votre soirée, sera pour vous un souvenir impérissable de votre folle nuit de débauche.

« Le Kompromat c’est du made in KGB »

Et qui c’est qui se serait fait gauler récemment ? Donald ! Pas duck mais le Dingo de la Maison Blanche. Tous les journaux en ont parlé. Moscou aurait fait preuve d’ingérence (alors ça, ce n’est vraiment pas le genre de la Maison Russie) dans la dernière campagne présidentielle américaine. « Tout doux Dinky » et sa coupe de cheveux en tétraèdre à géométrie variable se serait envoyé en l’air, en 2013, avec deux prostituées russes (ouais… deux bombes quoi) et se serait offert pour l’occasion une petite douche dorée (mais quels titres pour les studios X outre-Atlantique : Water Gate ou encore Golden Shower à la Trump Tower). Un qui ne perd pas le nord, c’est Larry Flynt, le roi du porno made in US et accessoirement fondateur et patron du magazine Hustler, qui a d’ores et déjà décidé d’offrir dix millions de dollars à la personne qui pourrait lui fournir la « mythique » sextape de Trump. Un, déjà, pour la mettre en ligne sur le site Internet maison et deux, histoire de provoquer rapidement la destitution du Number One Américain (la fameuse procédure d’empeachment, dont tout le monde parle en ce moment).

Mais si pour l’instant, Moscou et Washington s’insurgent de cette pratique qui n’aurait jamais eu aucune existence (ben voyons…), nombre de journalistes d’investigation dénoncent une méthode qui a déjà fait maintes fois ses preuves. En 2016, l’une des victimes est l’une des militantes du parti d’opposition Parnas, Natalia Pelevina qui se retrouve exposée pendant les actualités de la chaîne NTV (dont le propriétaire n’est autre que la société d’État Gazprom-Media) en compagnie du leader du parti et ancien premier ministre Mikhaïl Mikhaïlovitch Kassianov dont elle est l’assistante. Alors là, on n’est pas dans le cadre d’un hôtel de luxe, mais dans celui où c’est directement l’appartement de Kassianov qui a été piégé. Bien évidemment, dans la foulée, c’est toute la bien-pensante société russe qui se déchaîne sur les réseaux sociaux contre les deux membres de l’opposition à Poutine. En plus cette sextape fait des ravages politiquement parlant. Car cette fois, c’est toute l’union de l’opposition qui explose, la diffusion de la sextape ayant été diffusée six mois avant l’élection et mettant en relief des propos déplacés sur le leader de l’autre parti allié à Parnas, Alexeï Anatolievitch Navalny : « C’est une grosse merde, en tant qu’homme, en tant que partenaire, c’est une merde », dixit Miss Pelevina. Forcément ça fait désordre.

La sex-tape de Natalia Pelevina et Mikhaïl Kassianov

Le Kompromat c’est du made in KGB, vérifié et validé par l’organisme d’État. Toutes les grandes suites, tous les grands hôtels moscovites ont été aménagés avec des caméras. Ils utilisaient également des « hirondelles », des femmes faciles mises dans les lits de diplomates occidentaux pour récupérer des confidences sur l’oreiller ou pour les compromettre.

« Le proc s’envoie en l’air ! »

Remontant dans le temps. 1989, un mur s’effondre et tout un bloc à sa suite. C’est la chute de Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev et l’avènement (ou l’avinement au choix) de Boris Nikolaïevitch Eltsine, premier Président de la Fédération de Russie. En 1999, il se retrouve impliqué dans une immense affaire de corruption, l’impliquant lui, et surtout ses filles qui auraient touché des pots-de-vin. Une enquête est alors diligentée contre lui par le procureur de la Fédération de Russie : Yury Ilyich Skuratov. Elsine place alors aux commandes du FSB (nouveau nom du KGB) un jeune (44 ans) et fringant lieutenant-colonel : Vladimir Vladimirovitch Poutine. Et vlan ! En plein journal du soir sur la première chaîne publique russe, explose une sextape où le proc s’envoie en l’air [ça ferait, là aussi, un super titre de boulard] avec deux jeunes et jolies femmes. Comme dirait l’autre, ça calme. Et ça l’a calmé ! Il en a démissionné et bien évidemment, l’enquête sur Elsine… bah on ne sait pas chef, on à paumé le dossier…

La vidéo qui a fait tomber Yury Skuratov, Procureur de la Fédération de Russie, qui enquêtait sur l’affaire de corruption, dans laquelle Boris Elsine était mouillé.

Mais combien de marins, combien de capitaines (surtout d’industries) sont tombés dans ce « piège à glands » (vous me passerez l’expression). Non mais vous avez vu la tronche des mecs ? Je sais bien que le pouvoir attire, mais il y a peut-être des limites. Ce ne sont pas des Apollons… alors quand deux bombasses leur tombent sur le paletot, eh ben, ils foncent mais alors droit dedans ! Allez, une petite pipe, un plan à trois, ou autre amusement et après… Bonjour ! C’est surprise sur prise ! Avec Mikhaïl Belivitch (la version russe du Québécois Marcel Béliveau).

Certains font même leurs choux gras de la technique, comme Ashot Gabrelyanov, un pro-poutine patron du site populaire de vidéos trash Lifenews. Chez lui, du moment que l’on est du bon côté, pas de soucis à se faire, mais par contre, si vous êtres dans l’opposition, gare à vos miches, elles risquent de se retrouver au 20 h.

« D’autres “DSQ” se laisseront-ils prendre au piège ? »

Mais le FSB, comme je le disais plus haut, possède des armes pour faire tomber les opposants de Big Chief, et pas des moins explosives ! Prenons le cas (connu aujourd’hui) de Ekaterina Gerasimova, plus connue sous les sobriquets de Katya ou de Moomoo, une véritable bombe anatomique ! Call-girl de luxe qui a piégé plus d’une dizaine d’adversaires du pouvoir. Elle les a fait tomber ces écrivains, journalistes, humoristes, chercheurs ou politiques qui gênaient le maître du Kremlin. Faut dire qu’elle déchire grave, la demoiselle… et même si elle travaille pour les services secrets, bah on se laisserait bien tenter par une petite sextape dans son plumard !

La Mata Hari qui a fait tomber pas mal d’opposants au régime de Poutine, Katya Gerasimova dite Moomoo.

Les bonnes vieilles méthodes fonctionnent toujours, disais-je, car si la mode du Kompromat fait le buzz, celle de la disparition brusque l’est aussi. Ainsi, au début de l’année, Oleg Erovinkin, ancien général et dirigeant du KGB, la supposée source de Christopher Steele (l’ex-agent du MI6 au service de sa majesté qui « aurait » fait remonter l’info sur la petite vidéo coquine de Donald), a été retrouvé mort à l’arrière d’une Lexus dans un parking de Moscou. Si la version officielle donne comme raison la crise cardiaque, le corps a été emmené à la morgue du FSB et leurs conclusions ne sont à ce jour, pas connues [Eh oui, apprenez que le risque de crise cardiaque est beaucoup plus important après avoir pris deux balles dans le cœur… oh, si on peut plus déconner].

En tout cas, maintenant que le secret est éventé, d’autres « DSQ » se laisseront-ils prendre au piège du Kompromat ? Le monde des affaires, de la politique et des médias, ne manquera jamais de mecs en manque de câlins plus ou moins pervers, alors de gorges profondes en golden showers et quitte à se faire baiser, autant le faire en beauté.

Vincent Lacrosse

À propos de Vincent Lacrosse

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.