Réalitix : deux branleurs à la conquête du porno

Réalitix, c’est la toute nouvelle websérie sur le X-business réalisée par Tony Caliano, baroudeur du X français et Arnaud Beaudry, créateur de la revue Pornorama. En outre, elle est interprétée par le même Tony et son acolyte hardeur Michael Cheritto, et raconte l’ascension des deux compères dans l’industrie du X, les dépeignant au passage en branleurs un peu neuneus mais franchement sympathiques.

Quoiqu’un peu parasité par les scories de la réalisation à la sauce Youtube (récurrence des jump-cuts et des sur-impressions), le projet a tout pour plaire aux amateurs de culture porno, qui manquent de fictions pertinentes à se mettre sous la dent. L’humour, gras et décomplexé, colle tout à fait à l’univers gentiment régressif de la série. Entre la présence au casting de Mat HDX, dans son propre rôle de réalisateur affable et caustique, et les apparitions furtives des sœurs Leiddi ou encore de Kelly Pix (Madame Caliano à la ville), les nombreux caméos raviront les initiés. Enfin, les pastilles, généralement d’une dizaines de minutes, ne sont pas avares en références cinématographiques, dont l’inévitable Heat, duquel Michael tire d’ailleurs son nom de scène. Mais ça ne s’arrête pas là, et Réalitix revendique aussi un fond.

Information = Prévention

La série affiche très tôt ses intentions. « Quelles intentions ? », demandera celui qui n’a vu dans le projet qu’une farce potache sur deux galériens qui se lancent dans le porno un peu malgré eux. La démarche est expliquée, dans une vidéo annexe, sorte de prolongement hors-série mêlant making-of, interviews et intentions de réalisation : informer les jeunes et les moins jeunes sur la réalité du milieu porno. Tout ça, c’est du cinéma, et doit être pris comme tel.

Bien conscients qu’ils ne peuvent, à eux seuls, endiguer le problème du visionnage toujours plus précoce de la pornographie, les réalisateurs entendent l’expliquer, la démystifier. Le but : ne plus laisser penser que le travail pornographique serait une norme sexuelle, ou même d’une voie professionnelle toute tracée vers le succès et le bonheur. C’est ça, la prévention, simplement de l’information honnête, sans faux-semblants, sans partis-pris moralisateurs, et non la leçon lourdingue, déconnectée et pétrie de bons sentiments qu’on nous rabâche habituellement.

Cette pastille annexe est d’ailleurs la plus fascinante du point de vue du propos, en particulier grâce à ses interviews. Des entretiens d’acteur à acteur (ou actrice), de collègue à collègue, d’être humain à être humain, à l’opposé de la mise en scène permanente à laquelle sont condamnés les hardeurs dans les médias traditionnels. On y voit donc les performeurs relater leur parcours avec sincérité, et Réalitix nous promet de bientôt tendre le micro aux hommes de l’ombre : réalisateurs, cadreurs, etc. Vivement la suite.

Réalité-X

Les fâcheux reprocheront à la série sa faiblesse formelle : le son crachouille un peu, la lumière n’est pas toujours au rendez-vous, le texte se cherche parfois… C’est oublier le médium et le sujet, Youtube et le porno, qui condamnent de fait ses créateurs à une certaine précarité. (Vous pouvez d’ailleurs les soutenir sur leur page Tipeee : https://www.tipeee.com/realitix-saison-1) 

C’est aussi oublier qu’il s’agit du Youtube qu’on aime, celui des contenus originaux, bricolés avec trois bouts de ficelle, dont les ambitions dépassent les moyens. C’est, de toutes façons, la seule manière d’accoucher d’une création investie, habitée, animée d’intentions. Pour vous en convaincre, demandez-vous ce qu’est une création dont les moyens surplombent les ambitions…

Surtout, Réalitix s’approprie son sujet jusque dans sa réalisation. C’est une série sur le porno réalisée comme on fait du X en France. Et pas le X des productions chicos et aseptisées, où les sexes sont moins astiqués que la dorure et l’argenterie ; le porno français, le vrai, celui fait avec plus de cœur et de couilles que de pognon, celui de la débrouille, de la galère, du travail acharné. Le porno des petites productions quotidiennes qui irriguent le business et permettent à l’autre, celui des villas en bord de mer et des partouzes en poolside sous le soleil californien, d’exister. Si Réalitix semble un brin fauché, c’est qu’il est à la hauteur de son sujet, un cinéma humble, mais roublard.

Au final, Réalitix est donc une initiative sympathique et investie, qui a le courage de s’emparer du porno, thématique bien trop souvent délaissée par la fiction sur le web. Au vu du parcours et des intentions de ses créateurs, nous ne pouvons qu’être impatients de voir la suite.

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.