Pourquoi les blacks fascinent ?

Magnifiquement taillé et particulièrement viril, le Black incarne un fantasme très répandu dans la pornographie, au point de constituer une niche à part entière, qui pourrait facilement trouver sa place dans une suite du recueil Mythologies de Roland Barthes.

Interracial. Dans le porno moderne, voilà de quelle manière est désignée la niche des hommes noirs baisant avec des femmes blanches. Le raccourci de langage est évident puisque ce terme devrait normalement englober indifféremment les scènes mélangeant des Asiatiques, des Blacks, des Latinos… Mais non. Dans le X, ça ne concerne que les femmes blanches avec des hommes noirs. Cette évolution sémantique trouve son origine aux États-Unis, où la catégorisation en niches est bien souvent poussée à l’extrême et où certains États ont encore un peu de mal à passer outre les différences de couleurs de peau. Il existe d’ailleurs de nombreux sites spécialisés outre-Atlantique. En France, en revanche, il suffit de jeter un œil au site de Jacquie & Michel pour constater que la catégorisation de ces scènes est beaucoup moins présente, mais que leur popularité est tout aussi vraie.

L’explication la plus simple de cet engouement pour la niche de l’interracial concerne la taille du sexe de l’homme noir. Un rapide tour sur Google permet ainsi de confirmer très rapidement les clichés. C’est en Asie, au Népal plus précisément, que la taille moyenne des pénis en érection est la plus petite [9,30 cm] tandis que c’est en Afrique, au Congo qu’elle est la plus grande [17,93 cm]. C’est parfait pour rassurer l’imaginaire collectif… Sauf que la source de telles études est bien souvent obscure.

Dans un article pour Rue89, Renée Greusard s’intéresse à ce mythe et confirme ainsi qu’il « n’existe en fait pas vraiment d’étude sérieuse et mondiale pour comparer les tailles des sexes des hommes dans le monde. Il n’a jamais non plus été prouvé que les Noirs avaient de gros sexes et les Asiatiques, des petits. » Il existe même un livre sur la question, La Légende du sexe surdimensionné des Noirs, signé Serge Bilé. Dans son article Petit pénis, gros potentiel paru sur le site du Monde, Maïa Mazaurette enfonce même définitivement le clou à propos de l’importance d’en avoir une grosse. « Sondage après sondage, la taille du pénis suscite chez les femmes (clitoridiennes, […]) une presque parfaite indifférence. Les neuf dixièmes d’entre elles se fichent des questions de dimension. Si leur plaisir en dépendait, vous seriez au courant… et leurs profils Tinder auraient une autre allure (“partenaires très très bien montés seulement”, “cherche canette de soda pour mariage longue durée”). » Mais alors, si ce n’est pas une question de taille, d’où peut bien provenir ce fantasme ?

Qu’on le veuille ou non, l’aspect sociologique joue ici un rôle important. « L’esclave noir, vendu pour sa force de travail, puis le valeureux tirailleur, le boxeur noir qui gagne des combats sur les rings français dans les années 1920, tous véhiculent l’image d’un corps vigoureux, musclé, dynamique. Inéluctablement, le « Noir » décrit comme un athlète devient par sous-entendu un bel étalon qui déchaîne les fantasmes féminins. Cette endurance a pour corollaire la capacité à satisfaire de multiples partenaires et le poncif du harem, de la polygamie, si bien répandus par la littérature et l’iconographie exotiques, y trouvent un terreau favorable », explique Nathalie Coutelet dans l’article Habib Benglia, le « nègrérotique » du spectacle français paru dans la revue scientifique Genre Sexualité et Société, tout en rappelant que « la presse populaire, dès la fin du XIXe siècle, a multiplié les reportages “ethnographiques”, dans lesquelles les mœurs sexuelles les plus fantastiques sont détaillées. »

Si la société a bien évolué depuis un siècle, l’exotisme qui est décrit ici est, d’une certaine manière, toujours présent aujourd’hui. À l’occasion de l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, il y a presque dix ans, le Figaro s’interrogeait ainsi à propos de l’émergence d’une classe moyenne noire en France, sous la plume de Cécilia Gabizon, rappelant notamment que, d’après un sondage du CSA en 2007, il y aurait 1,7 million de personnes noires dans l’Hexagone, soit 4 % de la population française. Si « l’essentiel des Africains sont arrivés en France après 1976 », précise l’auteur de l’article, c’est à partir des années 1990 que « la société française redécouvre ses nouveaux Noirs. Ils ne sont plus l’élite issue des colonies, ces poètes ministres comme Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Ils forment désormais une classe composite. »

Interracial et candaulisme, un grand classique…

Malgré cela, la mixité sociale est encore à la peine. Pour la bourgeoise des beaux quartiers, l’homme noir incarne encore un certain exotisme, notamment d’un point de vue sexuel. « La presse et l’iconographie, secondées par des spectacles à grand public et les discours scientifiques sur la hiérarchie des races, véhiculent l’idée que la sexualité noire ne possède pas les normes morales de la sexualité blanche et permet des libertés plus grandes, ce qui provoque à la fois répulsion et fascination de la part du public bourgeois et bien-pensant », rappelle encore Nathalie Coutelet. Ces libertés ne constituent plus forcément l’attrait principal des vidéos avec des hommes noirs, l’émergence d’Internet permettant de trouver un produit masturbatoire permettant d’assouvir à peu près tous les fantasmes. En revanche, la virilité et la supériorité sexuelle du Noir restent très présents dans les fantasmes, comme en témoigne sa popularité dans le milieu libertin. C’est un peu comme s’il était vu simplement comme un pénis. On en revient toujours à cette question de la bite des noirs…

Vincent Lacrosse

À propos de Vincent Lacrosse

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.