Anal Queens : comment font-elles ?

La sodomie. Son nom même, hérité du Sodome biblique, la ville du péché, évoque toute la transgression que véhicule l’idée du sexe anal dans nos esprits. C’est donc tout naturellement que la pornographie, l’art de l’obscène, en a fait un incontournable de sa grammaire esthétique. Mais si aujourd’hui, cette pratique n’est plus aussi taboue et transgressive dans le X – le porno a depuis longtemps repoussé les limites de l’excitant et de l’inacceptable beaucoup plus loin qu’une simple confusion d’orifice – elle reste un chapitre central du répertoire pornographique, en ce qu’elle se prête tout particulièrement à la performance. Seuil en apparence infranchissable, difficultés et péripéties, douleur, abnégation, conquête et finalement plaisir, une scène de sodomie fait bien plus que simplement décrire un rapport sexuel. Elle raconte une aventure, un parcours du combattant, un voyage du héros que ne renierait pas Joseph Campbell lui-même. Les « Anal Queen », ces actrices qui s’en sont faites une spécialité, érigent la discipline au rang de véritable prouesse physique : double voire triple pénétration anale, introduction de gode démesuré, dilatation extrême…Toute personne ayant connu les joies de l’introduction d’un suppositoire s’est sans doute déjà posée la question : mais comment font-elles ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’anus partage avec le vagin très peu de qualités le rendant particulièrement propice à la pénétration. Déjà, point souvent négligé et pourtant éminemment essentiel, l’anus ne produit aucun fluide lubrifiant. Ses parois intérieures sont donc sèches, fines et très fragiles, par conséquent extrêmement sensibles aux frictions. Ensuite, le canal qui relie l’anus au rectum, mesurant à peine plus d’une quinzaine de centimètres, n’est pas rectiligne, mais doublement coudé, en forme de « S » allongé.  On comprend alors aisément que la réalisation d’une scène d’anal à peu près montrable nécessite quelque préparation. Décontraction absolue de la zone, délicatesse du va-et-vient et quantités astronomiques de lubrifiant sont le b.a.-ba de la discipline. Des précautions qui s’avèrent fondamentales aussi bien dans le cadre d’un rapport privé que sur le plateau de tournage d’une petite scène d’initiation du genre « première sodomie », mais qui se révèlent bien insuffisantes lorsque trois golgoths montés comme des ânes se partagent le trou de balle d’une performeuse, à tour de rôle et deux par deux, pendant que le troisième tente de lui tutoyer des amygdales du bout du gland. Dans ce tout autre niveau d’expertise, la préparation physique requise pour délivrer ce genre de performances prend toutes les allures d’un entraînement sportif. 

Ainsi, les plus grandes spécialistes de l’anal, de Cherie DeVille à Charlotte Sartre en passant par Casey Calvert ont mis au point des programmes dignes des plus meilleurs athlètes. Diététique, exercices, fréquence, tout y passe. Et s’il est un point qui fait l’unanimité parmi toutes les reines de l’anal, c’est le lavement.

Anima sana in corpore sano. On évoquait un peu plus haut l’importance de la décontraction lors de la pénétration anale. Et une bonne décontraction nécessite un esprit apaisé, libéré du risque de l’accident. Et pour cela, rien de mieux que le lavement. Il y a deux écoles. Certaines privilégient l’usage de solution saline, qui a le mérite de « purger » le système mais qui, à la longue perturbe la flore intestinale, quand d’autres préfèrent se gargariser le fondement à l’eau claire. Généralement effectué une heure à une demi-heure avant le tournage, le lavement est répété, en douceur cela va de soi, jusqu’à ce que l’eau introduite ressorte parfaitement claire.

Et puisque nous parlons d’accident, la diététique est elle aussi un élément primordial. Pour l’avoir fait à ses débuts, l’actrice Casey Calvert déconseille de jeûner avant une scène d’anal. Un tournage porno est déjà suffisamment épuisant pour les performeurs, inutile d’ajouter la faim à cette épreuve. Abella Danger, comme beaucoup de ses consœurs, se tourne donc vers une alimentation riche en fibres, qui favorise une évacuation aussi exhaustive que solide, évitant ainsi les risques de désagréments d’ordre scatologique pendant l’acte.

Une fois l’étanchéité de l’anus assurée, encore faut-il qu’il soit capable d’accueillir les deux, trois, voire quatre prodigieux chibres qui lui sont promis. Fort heureusement, le sphincter anal est un muscle. Et comme tous les muscles, il s’exerce. Dans ce domaine, chaque actrice a sa petite routine. Cherie DeVille adapte les exercices de Kegel (qui servent à renforcer le muscle pubo-coccygien) à la porte de derrière, quand Casey Calvert et Charlotte Sartre s’astreignent assidument à plusieurs minutes de stretching intensif à l’aide de plugs de différents formats, en fonction du volume de bite à encaisser. Malheureusement, tout le monde n’est pas égal face à la dilatation et si certaines s’en sortent avec une dextérité qui tend à la maestria, d’autres sont condamnées à ne jamais recevoir plus d’une phalange dans le derrière. Que voulez-vous ? Les voies de la nature sont parfois impénétrables

Mais, même pour les plus hyperlaxes du trou du cul, ce genre de rapports extrêmes reste très éprouvant. En outre, la récupération est un devoir impérieux. Et si beaucoup de hardeuses doivent jongler avec un emploi du temps anal soumis aux desiderata de réalisateurs particulièrement portés sur la sodomie, nombreuses sont celles qui imposent, à elles-mêmes comme à leurs commanditaires, des périodes de repos forcé pour leur sphincter. Comme le dit si bien Charlotte Sartre : « C’est comme pour le workout. Il faut accorder un jour de repos à son corps pour qu’il récupère de toutes les micro-déchirures ». Pour Cherie DeVille, la règle est on ne peut plus simple : une scène d’anal par semaine, pas plus. Et aux réalisateurs d’accorder leurs calendriers.

Venons-en enfin à la question sordide que tout le monde se pose. Et la médication, dans tout ça ? Après tout, les abolitionnistes, qui se plaisent à ériger la sodomie en symbole de la maltraitance dans le porno, sont toujours très prompts à nous rappeler ces fabuleuses histoires de jeunes femmes perdues et désœuvrées qui se tartinent la rondelle au tranquillisant pour cheval dans l’espoir de battre le record du nombre de ramoneurs dans la turbine à chocolat. Qu’en est-il réellement ? Pour les tenantes avérées du titre, il n’y a pas à en débattre. Si elles reconnaissent, et déplorent, l’usage d’anesthésiants chez certaines débutantes zélées, elles classent unanimement ce genre de démarches dans la catégorie des mauvaises pratiques. Charlotte Sartre va même jusqu’à déconseiller l’usage du paracétamol, sans doute à cause de son effet vasodilatateur. Pour elle, comme pour ses consœurs, un seul mojo : écouter son corps. Et si ce conseil a quelque peu l’air d’une réplique tirée du plus niais des films Disney, on peut toutefois le résumer en un principe simple et pétri de bon sens : si une activité vous fait souffrir au point que vous soyez contraint de vous anesthésier pour la supporter, peut-être ne devriez-vous pas vous y livrer. L’avantage, c’est que ça vaut pour absolument tout : la sodomie, évidemment, mais aussi, la musculation, le sport, l’écoute de Bella Ciao chanté par Vitaa et Maître Gims… Absolument tout. Une seule exception à cette règle d’or, Casey Calvert, qui s’autorise l’ingestion d’un Imodium avant chaque tournage, plus par souci de tranquillité d’esprit que d’incontinence (l’Imodium multi-symptomes, précise-t-elle, la version standard ayant tendance à lui donner des gaz).

Vous l’aurez compris, la propension aux pratiques anales extrêmes n’est donc ni une question de sphincter magiquement ou génétiquement plus large que la moyenne (bon, d’accord, ça joue un peu), ni le résultat de pratiques abusives contre les actrices X. C’est avant tout le fruit d’un travail assidu, méticuleux et laborieux de la performeuse sur son propre corps. Une preuve, s’il en fallait encore, que le titre d’Anal Queen n’a rien d’usurpé

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.