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« Fais-le bien, et laisse dire », entretien avec Adeline Lafouine pour la sortie de sa biographie

Clint B

Publié

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Au sein même de ce petit monde bigarré qu’est le porno français, la sensationnelle Adeline Lafouine fait figure de personnalité à part. Libertine de longue date, son goût immodéré pour les pratiques extrêmes l’a érigée au rang de performeuse de tout premier ordre, se délectant des gang bangs les plus brutaux et des pénétrations les plus spectaculaires avec une gourmandise vertigineuse. Surtout, c’est son naturel qui fascine. Des scènes estampillées Jacquie & Michel aux productions internationales, en passant par les rencontres amateurs qu’elle publie sur son propre blog, c’est toujours avec la même sincérité désarmante qu’Adeline laisse entrevoir la profondeur insondable de ses fantasmes. Cette authenticité, elle l’a toutefois payée au prix fort, lorsqu’en 2014, la presse généraliste suisse-allemande s’est penchée sur son cas, avec un voyeurisme gourmand.

Alors secrétaire au Palais Fédéral (l’équivalent suisse du Palais de l’Elysée), cette mère de famille sans histoire a vu sa vie sexuelle étalée aux yeux du monde, à la faveur d’une petite photo « olé-olé » postée sur son compte Twitter et épinglée par Neue Zürcher Zeitung, le quotidien zurichois de référence. Ainsi exposée, Adeline n’a eu d’autre choix que de disparaître pendant plusieurs années pour la tranquillité de sa famille, de ses proches et surtout de son fils, en pleine adolescence. Six ans plus tard, elle revient aux affaires avec « Fais-le bien, et laisse dire », livre autobiographique dans lequel elle adresse une réponse cinglante à ceux qui ont par voie de presse fait de sa sexualité un sujet société. Immersion sans filtre dans la vie d’une femme libérée et, soutient-elle, féministe, l’œuvre fait le récit de son initiation au libertinage, au porno et aux médias.

À paraître en librairie le 13 mai prochain (si les événements mondiaux le permettent), le livre est d’ores et déjà disponible sur le blog d’Adeline, qui nous a fait l’honneur d’un entretien pour revenir sur toute cette aventure.

Bonjour Adeline. Ravi de te rencontrer. Pourrais-tu nous présenter ton livre, pour compléter le résumer que nous venons d’en faire ?

Bonjour ! Oui, ce rapport aux médias est un des sujets importants. Après, il y a aussi toute une partie sur le BDSM, car j’ai de nombreuses expériences dans le domaine. Et la deuxième moitié du livre décrit comment j’ai commencé le libertinage, ce que j’ai vécu, comment je suis arrivée chez Jacquie & Michel. Ce genre de choses…

Depuis combien de temps es-tu libertine ?

Depuis que j’ai vingt ans. Aujourd’hui, j’ai quarante-deux, donc vingt-deux ans.

La pratique a évolué depuis ?

Oui, bien sûr. Quand j’ai commencé, Internet était vraiment à ses débuts. Il n’y avait pas encore de sites de rencontre. On passait par les petites annonces, très souvent sans photos, juste des descriptions. On s’envoyait les photos par mail. C’était beaucoup plus compliqué. C’était toujours une grande surprise, ces rencontres.

Sinon concernant l’ouverture d’esprit, les pratiques, ça n’a pas changé énormément. Enfin si, ces dernière années, c’est devenu un peu « à la mode » chez les jeunes. Notamment au Cap d’Agde, on voit beaucoup de jeunes qui sortent ; pas forcément pour pratiquer le libertinage pur et dur, mais plutôt pour se montrer, sortir un peu ses tenues sexy.

Tu revendiques aussi d’être actrice X aujourd’hui. Quelle différence fais-tu entre ces deux statuts, libertine et performeuse ?

En tant qu’actrice X, je me fais embaucher par une production. Il y a un peu de comédie. On répète certaines scènes. On prend en compte la caméra, la lumière, les instructions des gens autour. C’est vraiment de la production pornographique. Je prends aussi mon pied. Mais ce n’est pas du tout pareil que mes propres rencontres ; qui sont aussi toujours filmées.

Là, ce ne sont pas tant des films que de vraies rencontres libertines. On ne donne pas d’instructions. On ne fait pas de positions qui permettent de bien voir le sexe qui entre, comme c’est le cas dans le porno. Il s’agit vraiment d’une rencontre où je m’amuse, telle quelle. Et après, on fait notre petit film qu’on met sur mon blog.

Le métier d’actrice X implique une autre forme d’exhibition, une exhibition médiatique à travers les réseaux sociaux, la communauté de fans. Tu tires du plaisir à cette dimension ?

Oui. Ça a toujours été un fantasme chez moi. Quand je travaillais pour le gouvernement suisse, je ne pouvais pas me le permettre. Déjà, c’était très risqué avec mes propres petites vidéos amateur. C’était alors impossible de participer à des productions professionnelles. Maintenant que j’ai la liberté de le faire, c’est vraiment juste de l’amusement. Même sur un plateau, même lorsque c’est un peu plus scénarisé, je prends mon pied. L’idée a toujours été de partager nos aventures, plutôt que de les garder pour nous. Et si ça fait que quelqu’un peut s’exciter sur ces images, alors oui, il y a peut-être un côté exhibitionniste qui me plaît aussi.

Ta relation avec les médias a débuté de manière assez mouvementée.

Oui, on peut le dire…

Peux-tu nous expliquer comment se sont déroulés les événements de 2014 ?

Pour commencer, j’ai toujours été consciente que je pouvais être découverte. Mais découverte « comme ça », j’aurais pu assumer. Pas de soucis, j’ai toujours assumé ce que je fais. Mais jamais je n’ai envisagé la possibilité que je puisse intéresser les médias ; parce que je n’étais ni influente, ni connue. J’étais secrétaire, hein. J’ai su après comment ça s’est passé, je le raconte dans mon livre. Quelqu’un a découvert que je travaillais au Palais Fédéral, l’équivalent de l’Elysée. Cette personne a fait un petit article qui parlait de mon profil Twitter où je postais des photos pendant mes heures de travail. Pas souvent, mais il a suffit d’une. Parce qu’après coup, ils ont découvert que je publiais des vidéos amateur. Ça a déclenché une avalanche médiatique incroyable. On m’a surnommé « la secrétaire porno du Palais Fédéral ». J’ai alors dû me retirer d’internet, pour protéger ma famille et mes proches.

Tu exerçais quelle profession concrètement ?

J’étais secrétaire de commission, vraiment un petit poste.

Ça n’avait rien d’une affaire politique, donc.

Non, non, non. C’est ça qui était aberrant. On me traitait comme une criminelle alors que c’était ma vie privée.

Pourquoi avoir refusé les demandes d’interview des journalistes au moment du scandale ?

C’était pour essayer de sauver mes miches (rires). Je voulais vraiment protéger ma famille, je ne voulais pas qu’on en parle. Je voulais qu’on m’oublie. Si j’avais donné ma version des faits, ça aurait refait une autre interview, un autre article : « La version de la secrétaire ! » ou « Enfin ! La secrétaire parle. » C’est toujours comme ça. Il y aurait eu un nouvel article puis encore une réponse, ou une analyse de mes propos. Tout ce que je voulais c’était qu’on laisse pousser l’herbe sur ces événements, pour ma famille. Si ça m’avait été égale, j’aurais eu très envie de répondre, de m’expliquer. Parce qu’on m’a traitée de tous les noms dans les médias. Mais je ne voulais plus remuer le couteau dans la plaie.

Aujourd’hui tu publies un livre. Tu n’as pas peur de relancer l’infernale machine médiatique ?

J’espère que je vais la relancer. Pendant 5 ans, je me suis retirée de tout, je n’ai plus rien fait. J’ai mené une vie modèle. Mais j’avais toujours l’impression que ce n’était pas moi, que je menais la vie de quelqu’un d’autre, pour faire plaisir aux autres. À un moment donné, je me suis dit : « Merde, la vie est trop courte ! » J’ai envie de le raconter, de répondre maintenant, quelques années plus tard. Entre temps mon fils a eu vingt-et-un ans, il a sa propre vie. Ça aura moins d’impact pour lui aujourd’hui.

Dans ton livre, tu t’étends abondamment sur la façon dont tu as protégé ton fils pour qu’il ne tombe pas sur les articles de presse, à l’époque. J’imagine qu’il a du finir par le découvrir malgré tout…

Je ne sais pas. C’est tout de même assez drôle parce qu’on n’en parle pas. Il ne m’a jamais posé la question, nos rapports n’ont jamais changé. On a d’excellentes relations. Si un jour, il me pose des questions, je lui répondrai. Mais s’il n’a pas envie d’en parler, je préfère le laisser.

Tu as évolué, toi aussi, en cinq ans. Tu penses que les femmes plus mûres sont moins en danger que les jeunes par rapport à cette exposition médiatique de leurs sexualités ?

Toute cette histoire m’a appris plein de choses, m’a fait mûrir aussi. Si ça devait arriver aujourd’hui, j’encaisserais, je serais prête à répondre. Le fait que mon fils soit adulte fait que ça me touche moins. J’ai moins peur. Quand on a une certaine expérience de vie, on peut réagir autrement. Ça te touche moins que lorsque tu es jeune et que tu n’as encore aucune idée de la vie.

Pour revenir  à la pratique du libertinage, avec l’exposition qu’Internet induit, tout le monde peut aujourd’hui être amené à vivre ce que tu as vécu. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

Le danger aujourd’hui, ce sont vraiment les photos que les gens publient sur les annonces. Tout peut être volé, tout peut être diffusé. Et Internet n’oublie jamais. Ce que tu y mets, on pourra toujours le retrouver. Tout le monde peut faire ses captures d’écran et diffuser les images. Beaucoup de gens sous-estiment le danger de s’exposer sur Internet dans ce domaine.

Et du coup, comment on construit une relation de confiance avec d’autres libertins ?

Déjà, si tu te promènes sur des sites de rencontre spécialisés, tu t’aperçois que tout le monde cherche un petit peu la même chose. Puis, quand tu prends contact, tu remarques très vite, après quelques phrases échangées, si la personne est sérieuse ou pas. Il faut savoir lire entre les lignes.

 

Tu as un rapport plutôt extrême à la sexualité, par rapport à la façon dont la société la conçoit. Ça a toujours été ou c’est apparu progressivement ?

C’est venu progressivement. À vingt ans, je ne connaissais rien (rires). J’ai découvert ça avec les années, avec les rencontres. On a toujours beaucoup discuté avec Vincent, mon mari, de nos fantasmes. Je pense que l’un des éléments déclencheurs a été la découverte du BDSM. C’était assez tard. J’avais déjà passé trente ans. Là, j’ai vraiment découvert que j’aime bien perdre le contrôle, j’aime bien quand ça va un peu loin. Ça m’a poussé vers la domination sexuelle.

En principe, plus tu découvres, plus tu as envie d’en voir. Même aujourd’hui, il y a encore des fantasmes que je n’ai pas réalisés.

C’était quoi ta première expérience BDSM ?

On avait rencontré un maître qui est gynécologue. Il m’a accueillie dans son cabinet de gynécologie, après la fermeture. On avait plein de possibilités pour des jeux drôles, un peu SM.

Tu expliques dans ton livre que tu mènes une double vie. Comment sépares-tu concrètement ces deux vies-là ? Deux téléphones ? Deux carnets d’adresse ?

On s’est souvent dit avec mon mari, qu’il nous faudrait un téléphone juste pour les rencontres. (rires) En vérité, non, je n’ai toujours eu qu’un seul numéro, j’arrive à bien séparer les choses. Ma vie à côté est complètement normale. C’est vraiment juste de l’amusement. La Adeline que je montre sur les réseaux sociaux, qui est actrice X, les gens ont parfois l’impression que je suis toujours comme ça. Ce n’est pas du tout le cas. C’est très ponctuel. Quand je traîne en pyjama dans la maison, je ne suis pas du tout glamour. Ce sont plutôt les gens qui peinent à faire la différence entre les deux. Pour moi, ça n’a jamais été un problème. Quand j’étais secrétaire non plus.

Aussi, à l’époque, je séparais par la langue. J’habitais en Suisse alémanique. Ma langue maternelle est l’allemand, je travaillais en allemand. Et les rencontres, on ne les faisait qu’en français, mon mari étant francophone. Ça permettait de tracer une frontière.

Est-ce que les gens te reconnaissent aujourd’hui ?

Oui, de temps en temps. Souvent, ils n’ont pas le courage de m’aborder. Il m’écrivent après coup : « Je t’ai vu là ou là. »

Ce sont de bonnes expériences généralement ?

En général, c’est très sympathique. C’est pour nous dire qu’ils aiment bien ce qu’on fait. J’ai eu récemment expérience moins bien. Quelqu’un qui m’a reconnue au restaurant et suivie dans les toilettes des filles. Comme je disais, il y a des gens qui pensent sincèrement que je suis, du matin au soir, « une grosse salope ». Et donc, il s’est imaginé qu’il pourrait avoir quelque chose dans les toilettes, comme ça. Je lui ai gentiment précisé que quand même pas. Mais ces situations restent très rares. Habituellement, les gens sont très respectueux.

Tu reçoit des critiques vis-à-vis de tes pratiques ?

Franchement, non. Le truc, c’est que ceux qui me suivent, me suivent parce qu’ils aiment ça. Du coup, je reçois rarement des jugements négatifs. Si ça arrive, je leur dis : « Tu n’es pas obligé de regarder. Tu n’es pas obligé de me suivre. » Mais dans nonante-neuf pour cent des cas, les gens aiment autant mon côté un peu foufou que mes pratiques hard.

Tu fais valoir « ta part féministe », à travers cette sexualité libérée. C’est du moins ce que tu écris sur la quatrième de couverture. En quoi le gang bang, c’est féministe ?

(Rires)

Bonne question ! C’est la liberté de réaliser ses fantasmes, de faire ce qu’on a envie de faire, même lorsqu’on est mère de famille. Tu sais, à travers ma médiatisation, on m’a beaucoup reprochée d’être une mère indigne : « On ne fait pas ça quand on est une maman. » Pourquoi la sexualité d’une femme doit s’arrêter à la naissance d’un enfant ? Ça veut dire que ma sexualité aurait dû s’arrêter à vingt-et-un ans ? Beaucoup de gens pensent ça. Je l’ai pas mal entendu par rapport à d’autres actrices, Nikita Bellucci, par exemple. Tu donnes naissance à un enfant, donc tu arrêtes d’être coquine ? C’est une part féministe que de dire : « Oui. J’assume, j’aime le sexe hard. J’assume qu’on me crache dessus et qu’on me traite de salope pendant le sexe. Je l’assume et j’avoue que ça me fait plaisir. » C’est juste ça, avoir la liberté de faire ce que l’on a envie de faire.

La sortie de ce livre, c’est donc un soulagement ?

Je m’en réjouis énormément. Je l’ai attendu pendant cinq ans. Je suis très heureuse de pouvoir donner ma réponse, enfin. A priori, actualité oblige, on attend une parution en librairie le 13 mai. On aurait voulu faire une avant-première au Salon du Livre, mais avec toute cette histoire, ça a été annulé. La version allemande du livre sortira un peu plus tard.

Pourquoi avoir choisi d’écrire en français, en premier lieu ?

J’ai écrit une première version du livre, il y plusieurs années, directement après le scandale, en allemand. Mais j’avais beaucoup de peine à raconter la partie « libertinage », parce que depuis mes vingt ans, je parle le français en privé. Je parle le français pendant le sexe ; toutes mes aventures sont avec des Français. Il me manquait carrément le vocabulaire. Ça sonnait bizarre, faux. Par exemple, mon blog a toujours été en français. J’ai donc arrêté la version allemande et repris en français. C’était beaucoup plus simple.

Il y a un mot à propos de ce livre que tu voudrais adressé aux journaux qui ont révélé l’affaire en 2014 ?

(Rires)

« Merde. » Et puis voilà. Non plus sérieusement, il faudrait que les journalistes réfléchissent à ce qu’ils peuvent faire avec leurs articles, qui ils peuvent détruire. Réfléchir au moins cinq minutes aux conséquences qu’il y aura ; pas seulement vendre des articles sur le dos de personnes qui vont souffrir beaucoup plus longtemps que l’article ne dure. Concernant mon histoire, ils n’ont eu aucune conscience. Derrière un article, il y a une personne, mais aussi son entourage, sa famille, qui pourraient en souffrir. La liberté de la presse, oui. Mais la vie privée d’une personne doit primer sur le droit de savoir.

Merci beaucoup Adeline !

« Fais-le bien, et laisse dire », Adeline Lafouine, Tabou éditions, 2020. Disponible le 13 mai.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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