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Les aventures d’un Webmaster X. Chapitre 25 : ici, on rase gratis !

Clint B

Publié

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Tirer son épingle du jeu dans la jungle du X-business numérique n’est déjà pas facile, entre les législations approximatives, les collègues roublards et les sponsors douteux. Mais c’est sans compter sur l’apparition, au milieu des années 2000, de protagonistes qui ne jurent que par la gratuité totale. Aujourd’hui, Milukman, pionnier du X-business sur le web et fondateur du sulfureux jemevenge.com, nous détaille toute la difficulté de faire son beurre, quand la concurrence, elle, rase gratis.

Si vous vendez des pizzas et que le restaurant voisin les offre moins chères à qualité équivalente, où iront les clients d’après vous ? Un phénomène comparable est arrivé insidieusement sur le web, prenant des formes diverses, dissimulé derrière des noms barbares tels que peer-to-peer, warez, web TV ou encore tube like.

De peer en pire !

Les logiciels de peer-to-peer (P2P ou pair-à-pair) permettent aux internautes de partager et d’échanger des fichiers. Pour faire simple : si vous utilisez ce type de logiciel (gratuit), tout le monde peut télécharger une vidéo stockée sur votre ordinateur. En contrepartie, vous pouvez télécharger les milliers de vidéos stockées chez les autres. Les logiciels ou réseaux les plus connus sont Emule (réseau Edonkey), LimeWire et Morpheus (réseau Gnutella), BitTorrent et Napster (un des précurseurs du peer-to-peer, qui fut fermé par décision judiciaire en 2001). Ces logiciels ont longtemps été réservés à une « élite » qui maîtrisait la technologie Internet, leur installation exigeait alors un minimum de connaissances et nécessitait quelques paramétrages. Mais les logiciels de peer-to-peer se sont rapidement démocratisés, devenant plus simples et plus accessibles pour des utilisateurs qui ont aussi su évoluer en parallèle. Pour ne rien arranger, le haut débit a permis aux internautes de télécharger tout et n’importe quoi. On télécharge en vrac et on fait le tri après.

Souvenirs, souvenirs…

Chantre de la bataille contre le peer-to-peer, l’industrie du disque n’a pas fini de déplorer les milliers de téléchargements illégaux quotidiens. Elle tente d’interdire ou de limiter par tous les moyens les téléchargements sauvages. Un combat perdu d’avance malgré une forte pression des majors et la bonne volonté de l’État. Proposée en 2008 pour lutter contre le téléchargement illégal de masse, la loi Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) était un doux rêve, certainement conçu par des responsables trop âgés pour prendre véritablement conscience des subtilités et de la réelle puissance du web. Cette loi proposait notamment de bloquer l’accès Internet à ceux qui téléchargent trop ! Très délicate à mettre en œuvre chez les opérateurs et très facile à contourner par tous les utilisateurs chevronnés qui téléchargent en rafales des films ou des musiques. Elle n’effrayait personne et n’empêcha jamais le piratage des œuvres multimédias.

Des petits malins ont su tirer partie du peer-to-peer en le transformant en un nouveau vecteur de business, en inondant simplement les réseaux d’échanges avec des fichiers protégés qui ne peuvent être déverrouillés que par la saisie d’une clé payante. Cette astuce ayant été rendue possible par l’exploitation des techniques de DRM (digital rights management), qui sont les systèmes de protection des œuvres numériques. L’utilisateur pense télécharger gratuitement une vidéo porno complète, il se frotte déjà les mains, et là, c’est la douche froide, le démarrage du film déclenche l’ouverture automatique d’une fenêtre qui invite l’utilisateur à payer s’il veut voir la vidéo. Frustrant ! Cette technique de protection des vidéos a permis à certains de tirer vraiment profit du peer-to-peer tout en contribuant à dégoûter une partie des utilisateurs, lassés de tomber sans cesse sur des vidéos protégées et donc illisibles pour ceux qui refusent de payer.

Plus simples et plus abordables que le peer-to-peer, les warez sont des sites ou des forums qui offrent sans complexe des liens de téléchargements gratuits pour récupérer des logiciels, des musiques ou des films complets. Pas besoin de logiciel, pas besoin de paramétrages complexes, tout est accessible via le navigateur. Les pirates les plus compétents vont jusqu’à proposer des produits ou des contenus avant même leur sortie officielle. Ils en tirent par ailleurs une certaine fierté et se contentent de cette satisfaction, sans chercher d’autres formes de rémunération. On trouve bien évidemment des warez spécialisés dans les films X. Vous êtes intéressés par un DVD de cul ? Il vous suffit de taper « warez » suivi du nom de ce DVD dans Google et vous aurez des chances de le trouver en téléchargement gratuit. Petite consolation : les sites warez touchent un public relativement confidentiel. Ils font souvent peur aux internautes, qui craignent de choper un virus ou un cheval de Troie (trojan) en surfant sur ces sites à la réputation sulfureuse puisque gérés par des pirates.

Le warez, sexy comme une fiche d’imposition…

En 2007, ce fut la grande mode des web TV. De la même manière qu’il peut regarder la plupart des émissions de télévision diffusées maintenant sur Internet, l’internaute peut visualiser des films X qui défilent en continu dans son navigateur. En arrivant sur le site, le visiteur prend le film en cours de route, il ne peut avancer ni arrêter la scène et ne peut évidemment par télécharger la vidéo, qui est diffusée en streaming. Cette diffusion est gratuite, ce qui draine bien sûr un nombre hallucinant de visiteurs. Les propriétaires de ces télévisions d’un nouveau genre se rémunèrent uniquement avec la publicité, qui s’affiche sur le site ou en incrustation dans le flux vidéo. Les frais de serveur et les coûts de bande passante étant assez lourds pour des retours financiers incertains, les web TV n’ont donc pas trop proliféré dans le porno (alors qu’elles ont plutôt évolué dans le mainstream). Elles ont été rapidement supplantées par des offres plus complètes et des technologies plus conviviales. Il existe malgré tout encore aujourd’hui quelques sites X construits autour de ce concept de télévision en ligne, qui diffusent du cul non-stop et non payant. Avec eux, pas la peine d’attendre le premier samedi du mois, même plus la peine d’attendre minuit ! Du porno vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Et tout ça pour pas un rond.

Le gratuit m’a tuer

L’industrie du porno et les webmasters X du monde entier ont écrit cette phrase en lettre de sang. Il a longtemps été possible de composer avec toutes les offres gratuites citées ci-dessus, leurs effets négatifs ne se faisant pas trop ressentir sur les porte-monnaie des webmasters X. Mais, en 2008, le web pour adultes a pris un nouveau tournant quand a débarqué une insurmontable concurrence sous la forme des tube like (que l’on appelle parfois aussi des « sites de dump »). Ces sites ont poussé comme des champignons (vénéneux) dans le paysage du X en ligne. C’est ainsi que l’on a vu naître les trop fameux Porntube, YouPorn, Redtube, Tube8, XTube et MypornMotion pour ne citer qu’eux. Ces sites pornos reprennent, en allant plus loin, le principe des YouTube et autres Dailymotion. Dépassant la notion de dumping (vente à perte), ils proposent gratuitement des milliers de vidéos en streaming que l’internaute peut choisir selon ses goûts et visualiser directement dans son navigateur, sans avoir à souffrir une seule seconde d’attendre que la vidéo se télécharge : la visualisation d’une scène est immédiate.

Contrairement aux web TV, ces sites offrent un choix très vaste de vidéos disposées en mosaïque. Les options sont elles aussi nombreuses : avoir une rapide vue d’ensemble d’une scène, déclencher l’avance rapide pour se positionner directement à un moment crucial, mettre la vidéo sur pause et zapper d’un clic sur une autre vidéo. Un vrai bonheur pour l’utilisateur, qui ne sait plus où donner de la tête devant ces mosaïques de vidéos chamarrées. Il peut virevolter gaiement de cul en cul, picorant par-ci par-là au gré de ses envies. Un choix énorme de vidéos, une offre qui couvre toutes les niches y compris les plus rares et les plus extrêmes, des vidéos quotidiennement renouvelées (certains sites ajoutent chaque jour plus de 10 nouvelles vidéos), les tube like ont tout pour plaire. Sans oublier leur principal avantage : ils sont entièrement gratuits. Il faut reconnaître que le concept technique est remarquable et qu’une fois de plus, le monde du porno est allé plus loin en sublimant cet outil, en lui donnant une plus grande ampleur, une ergonomie exceptionnelle et des options supplémentaires qui facilitent et améliorent son utilisation.

La mire 2.0

Comme pour les web TV, les propriétaires de ces sites, qui brassent des dizaines de milliers de visites par jour, se rémunèrent en vendant des emplacements publicitaires ou en plaçant leurs propres bannières qu’ils répartissent sur leurs sites ou qu’ils intègrent à la fin des vidéos. Ces sites battent certes des records d’audience, leur visibilité est immense mais la rentabilité de ce modèle économique est pour certains encore incertaine (même si nous avons bien compris qu’un million de visites par mois sur un site, quel qu’il soit, valent leur pesant d’or). Le grand frère YouTube, pionnier du genre dans le mainstream, racheté en 2006 par Google, n’était toujours pas rentable au terme de l’année 2014. Malgré la diminution des coûts de production de l’économie numérique, les frais de gestion, serveurs et bande passante, restent énormes pour ce genre de sites et plombent un peu le concept. Les visiteurs viennent pour consommer du gratuit. Par définition, ils ne viennent pas pour payer, même si les webmasters tentent de leur forcer la main avec des publicités qui fusent de tous côtés.

Les offres gratuites des tubes n’effrayaient personne tant que les vidéos proposées n’étaient que de courts extraits d’une piètre qualité. Or, aujourd’hui, on trouve sur ces sites des scènes qui durent largement plus de trente minutes avec une qualité d’image remarquable. Pourquoi un visiteur irait payer pour voir des vidéos ? Plus gênant, le tube like est carrément devenu le concept « tendance » chez les webmasters X, qui y vont tous de leur petit sex tube sans réaliser qu’ils s’entubent eux-mêmes, sciant la branche sur laquelle ils sont assis. Comme dans les rues de Pigalle, la technique du rabattage a toujours existé sur Internet, et on ne peut pas reprocher aux webmasters d’utiliser la technique éculée du « ici, on rase gratis ! » – que ceux qui n’ont jamais tenté d’attirer le chaland en lui faisant miroiter de la gratuité jettent la première pierre –, mais cette fois, le concept va vraiment loin.

Quand on parle de tube, une question vient à l’esprit : d’où viennent toutes ces vidéos ? Le concept n’étant pas (encore ?) rentable, il est évident qu’elles ne sont pas achetées sous licence. Les scènes publiées proviennent de plusieurs sources dont certaines pourraient bien vous surprendre. Les tubes sont fondés sur le principe du user generated content dont nous avons déjà parlé, et ce sont donc principalement les visiteurs qui les alimentent en vidéos, ce qui permet en outre aux webmasters de se dédouaner en cas de plainte concernant du contenu sans licence. Les contributeurs ont tous en stock, sur leurs ordinateurs, des vidéos qu’ils ont le plus souvent téléchargées illégalement ou qui sont issues de plusieurs zones membres de sites payants. Ils publient volontiers ces vidéos sur les tubes. Au final, ce sont des films créés par diverses sociétés de production qui sont remis en ligne illégalement et qui se retrouvent diffusées gratuitement. La logique voudrait que les boites de prod’ concernées fassent fermer ces sites ou du moins exigent le retrait immédiat de leurs vidéos diffusées illégalement. Hormis quelques plaintes isolées et rares qui n’aboutiront jamais et qui ne permettront pas la fermeture des sites gratuits, il n’en est rien. Tant que le contenu volé ne dépasse pas un volume critique, les producteurs laissent faire en considérant les tubes comme une vitrine. Pour eux, c’est une publicité comme une autre. Certains tubes sont même réapprovisionnés en vidéos par des sponsors ou des magazines, qui vont jusqu’à participer à leur financement.

Certains studios sont même aujourd’hui propriétés des tubes.

Certains se consolent – ou se rassurent – en se disant que les internautes aiment télécharger les fichiers vidéo sur leur ordinateur et que, Dieu merci, les tubes ne le permettent pas. C’est tout à fait exact puisqu’ils diffusent en streaming et qu’il est impossible de récupérer le fichier sur son ordinateur. Mais c’était sans compter sur les bidouilleurs du web, qui ont récemment sorti des logiciels (gratuits !) permettant de convertir le flux d’un tube en un fichier au format Avi que l’internaute peut lire sur son ordinateur. Il suffit de saisir l’adresse de la page où se trouve la vidéo sur le tube, le logiciel se charge du reste. Impossible de télécharger… vous êtes sûrs ? Les tubes évoluent et ont encore de beaux jours devant eux.

À suivre…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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