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Les aventures d’un Webmaster X. Chapitre 26 : le bonheur est dans le free – Partie 1

Clint B

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Le gratuit est l’avenir du web. Aujourd’hui dématérialisés, les biens culturels peuvent désormais être copiés et partagés à l’infini sans que les acquéreurs aient à débourser le moindre centime. Et ça vaut aussi pour le porno ! Comment alors faire son beurre dans le business de la fesse virtuel ? Notre cher Milukman, pionnier du X-business sur le web et fondateur du sulfureux jemevenge.com, nous livre quelques pistes de réflexion dans la chronique du jour.

Chapitre 26 : le bonheur est dans le free – Partie 1

Le phénomène des tubes a pour conséquence première de tuer le business de la vidéo payante sur Internet. Les webmasters X, y compris les propriétaires de tubes, se tournent à présent vers des produits de substitution tels que les sites de rencontres qui, pour le moment, n’existent pas en version gratuite, ce qui ne saurait tarder vu les faibles coûts d’exploitation de ce genre de sites. Les gourous de la Net économie prévoient une évolution inexorable vers le « tout gratuit » car le coût du business en ligne se rapproche chaque jour de zéro. Les internautes sont de plus en plus habitués à ne rien payer, et il est désormais impossible de faire machine arrière.

Cette gratuité doit être financée d’une manière ou d’une autre puisque les coûts de création restent inchangés. Un coût de publication et de reproduction nul ne signifie pas que la production du produit (une musique ou une vidéo par exemple) ne coûte rien. Le financement change de nature mais il reste indispensable. Les experts vous expliqueraient mieux que moi que le gratuit n’est pas destructeur de valeur – ça reste à prouver – mais que la valeur se déplace. Pour financer ou exploiter le gratuit, ils proposent plusieurs approches :

– La publicité : elle représente la majeure partie des gains générés sur les sites gratuits. Google est gratuit mais son trafic est tel qu’il parvient à tirer 98 % de ses revenus des liens commerciaux. Les tubes et les web TV fonctionnent selon le même principe.

– L’offre premium : une version gratuite couplée à une version payante qui donne accès à des options supplémentaires (on appelle aussi cela le Freemium). Une seule personne qui paye permet à des centaines d’autres d’avoir une version gratuite. Par exemple, certains tubes proposent à leurs visiteurs de payer pour avoir la possibilité de télécharger les vidéos (alors qu’elles ne peuvent pas l’être en mode gratuit).

– Les subventions croisées : le gratuit sert d’argument pour inciter à consommer un autre produit. Les tube like pornos affichent systématiquement des pubs pour de la rencontre ou du live-show.

– La constitution de bases de données : le site est gratuit mais, pour y accéder, il faut renseigner un formulaire. Les web TV demandent parfois aux visiteurs de saisir leur mail avant de déclencher l’affichage du flux vidéo. Ceci dans le seul but de constituer rapidement une base de mails qu’il sera possible de revendre… ou de spammer.

– L’acquisition de clients : en offrant une vidéo taguée avec l’adresse de votre site, vous donnez un aperçu de votre contenu et vous créez le besoin en suscitant l’envie d’en voir plus (encore faut-il que votre contenu soit bon et original). Par exemple, les internautes qui téléchargent un livre gratuit ne finissent pas en général par l’acheter en librairie et ne l’auraient jamais acheté de toute façon. Un jeune auteur ne perd ainsi aucune vente. En revanche, il gagne peut-être un nouveau public susceptible d’acheter ses prochains livres.

Entre crise et gratuit, le web pour adultes ne se porte pas comme un charme, c’est le moins que l’on puisse dire. Pourtant il y a encore un espoir pour faire face à cette déferlante d’offres gratuites, une solution qui sonne comme une lapalissade : pour lutter contre le gratuit, il suffit de proposer ce qui ne peut être gratuit.

Le bonheur, c’est toujours pour demain ?

Quand les vidéos se volent, il faut vendre ce qui ne peut pas être volé, quand la copie se généralise, il faut vendre ce qui ne peut pas être copié. Face au pessimisme actuel, essayons de détailler les différentes orientations pour appréhender sereinement les problèmes d’aujourd’hui et de demain. Voici donc quelques approches qui ne sont malheureusement pas des recettes miracles mais de simples suggestions pour ceux qui désirent se lancer malgré ce contexte délicat ou qui souhaitent adapter leur business à la situation actuelle du marché.

Première approche : la contextualisation du contenu. Plus que jamais, une simple photo, une vidéo ne font plus la valeur d’un site. C’est surtout la mise en situation du contenu qui prime. Qui irait payer pour voir la photo isolée d’une femme nue ? Personne. En revanche, si vous racontez l’histoire de cette photo, si cette photo s’insère dans un contexte propice aux fantasmes, vous aurez des chances d’intéresser et de fidéliser les internautes car vous aurez su donner une autre dimension à cette photo. On en revient toujours aux bons vieux sites à concept qui permettent de dépasser la notion de simple contenu. Les photos présentes sur un site tel que jemevenge.com (que je cite au hasard…), sorties de leur contexte et privées des commentaires qui les accompagnent, perdent tout leur intérêt. Ô concept, toi sans qui le contenu ne serait que ce qu’il est.

Deuxième approche : trouvabilité et immédiateté. On appelle « trouvabilité » la capacité à faciliter la visibilité d’une donnée, d’un fichier, d’une vidéo… L’immédiateté est la rapidité à répondre aux demandes des visiteurs. Dans cet océan d’informations qu’est le web, certains sont prêts à payer pour trouver facilement et rapidement ce qu’ils veulent. Les sites d’e-books proposent des livres qui, pour la plupart, peuvent être trouvés gratuitement mais souvent après de longues et fastidieuses recherches. Pourtant, les e-books se vendent bien car la présentation et l’organisation de ces sites facilitent la trouvabilité des fichiers. Autre avantage : les clients sont assurés d’obtenir un document fiable et n’ont pas pris le risque d’attraper des virus en surfant sur des sites inconnus pendant des heures. On retrouve cette approche avec les annuaires X dont le rôle initial était de faciliter les recherches des internautes sur la toile en fournissant un travail de validation et de classement des sites de charme. Dans le même esprit, les sites de review – très répandus et très consultés aux USA – explorent, commentent et notent les « zones membres » des sites X pour aiguiller et conseiller les futurs clients dans leurs choix.

Troisième approche : l’interactivité. Nous l’avons vu, les vidéos se copient facilement et se distribuent ensuite gratuitement. Mais quels sont les produits qui ne peuvent être copiés ? Ce sont surtout les services basés sur les échanges entre les individus dont font partie les sites de rencontres et les live-shows. La rencontre en ligne est un marché très juteux, cette niche n’est rien de plus qu’une transposition moderne et coquine des agences matrimoniales. Chaque sponsor français propose son petit site de rencontres : Meetic évidemment, Yes Messenger chez CarpeDiem, EdenFlirt chez DreamNex et bien d’autres… Il faut savoir que, selon les sites, les membres peuvent être réels – ce qui est bien le cas la plupart du temps – ou complètement fictifs (avec de simples programmes, appelés robots, qui répondent automatiquement aux clients). Avec ce système de discussion fictive, vous pouvez parfaitement croire que vous avez une touche avec une superbe blonde alors que depuis le début de la conversation vous parlez à un ordinateur ! C’est très réaliste et parfois difficile à déceler, on peut véritablement parler d’intelligence artificielle. Du côté de l’internaute, c’est plutôt de la connerie bien réelle. Toujours crédule et rêveur, ce genre de client pense réellement qu’il va pouvoir se taper une bombe le soir même alors qu’elle n’existe même pas ! Fictif ou réel, le business autour de ces sites, symboles de la détresse affective et sexuelle généralisée, se porte bien aujourd’hui ; les publicités qui vantent leurs mérites ont envahi la plupart des sites X mais aussi non X (puisque le business de la rencontre a le goût du cul, la couleur du cul mais n’est officiellement pas du cul). À titre de comparaison, le site de rencontres AdultFriendFinder était, au début de l’année 2009, l’un des sites pour adultes les plus visités au monde, juste derrière les plus gros tubes que sont YouPorn et Redtube.

Trouver des « amis adultes »…

Parfaite illustration de cette interactivité que tous les médias envient au web, le live-show est lui aussi un outil qui ne connaît pas la crise et qui a encore son mot à dire dans l’Internet de demain, sa technologie ayant constamment évolué. Lorsqu’un visiteur arrive sur un site de webcams, il peut voir toutes les personnes connectées (mode multicam) qui attendent bien sagement le client (plus la peine d’aller traîner dans les rues d’Amsterdam). Il peut choisir parmi des dizaines de personnes susceptibles de lui proposer des shows privés – mais surtout payants – en direct au travers de leur webcam. Avec le haut débit, le client peut aujourd’hui discuter comme au téléphone avec une fille (même si elle est à l’autre bout du monde, comme c’est souvent le cas) tout en matant ce qu’elle bricole. Il obtient sur son écran une image d’une excellente fluidité (depuis quelques années, le flux n’est plus du tout saccadé, un informaticien dirait qu’il n’y a plus de lag). Cerise sur le gâteau, il est désormais possible de piloter un godemiché à distance, branché sur le port USB. Lors d’un live-show, l’actrice qui possède ce genre de joujou peut proposer à son client d’en définir lui-même la vitesse et les mouvements en temps réel. Au travers d’une interface, le client agit sur l’engin alors qu’il est devant son ordinateur, à des kilomètres de là ! Les hommes ne sont pas en reste puisque les femmes peuvent, sur le même principe, piloter à distance des masturbateurs électriques branchés sur l’USB. Difficile de pousser plus loin l’interactivité !

Pour avoir le bonheur de profiter d’un petit show rien que pour vous, il vous faut débourser 30 euros pour à peine dix minutes de spectacle. Là encore, tous les sponsors proposent leurs live-shows en marque blanche parce que c’est un business en or et qu’il y a une excellente fidélisation sur ce genre de produit. En 2008, un affilié de CarpeDiem a eu la chance d’attraper au travers de son site un enragé ayant dépensé plus de 60 000 euros en une année uniquement pour voir des filles en webcam ! Il faut vraiment être accro ! (Et riche.) La belle affaire pour le webmaster, commissionné à hauteur de 25 %.

Montrez vos fesses et à vous la Merco et le jet privé !

Dans un domaine plus ludique, on trouve les jeux X interactifs en ligne. Ces jeux permettent la « concrétisation virtuelle » de tous les fantasmes. Tout y est permis puisque rien n’y est réel. Le joueur peut définir tous ses paramètres : les protagonistes, les décors, les angles de vue, les gadgets utilisés, les positions pratiquées… Le but du jeu étant de dialoguer avec des personnages pixelisés et fictifs afin de les amener à céder à tous vos caprices. Sur certains sites, ce sont carrément de véritables actrices qui se sont « prêtées au jeu » et qui obéissent à tous vos ordres (créé en France par F5biz, le jeu Easymiss est construit sur ce principe). Le seul souci est que ces jeux, par définition, attirent inexorablement les plus jeunes. Même si le débat virtuel/réel n’est pas nouveau et que les ados savent majoritairement faire la distinction entre les deux mondes, gare à la confusion des genres.

À suivre…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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