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Les aventures d’un Webmaster X. Chapitre 26 : le bonheur est dans le free – Partie 2

Clint B

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Dans l’épisode précédent, le savant Milukman, pionnier du X-business sur le web et fondateur du sulfureux jemevenge.com, nous gratifiait de quelques pistes de réflexion quant à la survie de l’économie porno sur le web à l’heure de la gratuité. Cette liste est dorénavant complète avec les quatre dernières astuces du chef.

Chapitre 26 : le bonheur est dans le free – Partie 2

Quatrième approche : nicher le contenu. Quand tout est vu et revu, quand rien ne diffère d’un site à l’autre, il faut proposer ce qui est rare, voire ce qui n’existe pas encore. Une niche originale, une technologie innovante, un concept révolutionnaire… Tout est bon pour sortir du lot et pour justifier une demande de paiement. Concernant le choix d’une niche aujourd’hui, une première idée consiste à analyser les catégories qui ne sont pas encore trop répandues sur les tubes et autres sites gratuits. C’est une chance : les contributeurs, les voleurs et les propriétaires de tubes ne couvrent pas encore tous les types de vidéos et ne sont jamais très originaux lorsqu’ils mettent des vidéos en ligne : la bimbo qui se fait démonter sur son canapé rose et les bonnes copines qui découvrent les plaisirs lesbiens couvrent 80 % des vidéos. Si vous voulez faire un site au contenu innovant, inutile de préciser qu’il faut éviter ces thèmes invendables. Les niches les plus marginales et les plus extrêmes sont quasiment absentes de ces sites. Mais en analysant les vidéos proposées, on constate que certaines niches relativement classiques sont, elles aussi, assez peu représentées sur les tubes : les femmes (vraiment) mûres, les femmes (vraiment) poilues, les mangas X (hentai), les uniformes et quelques autres catégories… mais surtout les vraies vidéos faites à la maison par et avec des amateurs. Ces niches ont pour le moment été épargnées par l’orage mais demain, si le phénomène n’est pas enrayé, nous trouverons certainement des tubes spécialisés entièrement dédiés à chacune de ces thématiques. L’idéal étant alors de créer une niche qui n’existe pas (mais elles existent déjà toutes ou presque) ou d’associer des niches (naines et poilues, vieilles à gros seins, grosses et moches…). Cela augmente la rareté du contenu mais, en contrepartie, segmente davantage la cible, puisqu’en nichant un produit, on diminue inéluctablement la population susceptible de s’y intéresser. C’est avec cette nécessité de nicher toujours plus que sont nés par exemple les sites de rencontres communautaires (rencontres entre Arabes, entre juifs, entre gays…) ou les live-shows thématiques (couples amateurs, gays, transsexuels…), qui nécessairement s’adressent à des cibles plus réduites.

Cinquième approche : la personnalisation et la fidélisation. La plupart des sites pour adultes sont impersonnels et s’adressent à tous sans distinction. Un client peut être intéressé, voire flatté, si un produit lui semble avoir été conçu pour lui. C’est ainsi que dans un futur proche, il est question de numériser le visage du visiteur afin qu’il soit dynamiquement intégré à la place du visage de l’acteur dans une vidéo porno (oui, aux USA…). Moins compliquée et déjà en fonction, la géolocalisation inventée par les sites de rencontres – puis réutilisée par les sites de petites annonces mainstream – permet de définir la ville où se trouve l’internaute et ainsi de lui proposer des rencontres ou des offres locales. Mais personnaliser, c’est aussi pouvoir répondre à la demande précise de chaque visiteur, ce qui implique d’avoir su récupérer ses préférences, ses désirs (par le biais d’un formulaire en ligne, d’un mail, d’un forum…) en exploitant là encore pleinement l’interactivité offerte par le web. Le visiteur peut ainsi voir (ou recevoir) uniquement le type de photos ou de vidéos qu’il apprécie, sans chercher (trouvabilité) et sans attendre (immédiateté).

Vous pouvez fidéliser des visiteurs en leur proposant ce qu’ils ne peuvent trouver ailleurs : une complicité. Une fois attrapés, ils ne veulent plus vous quitter. Les Américains ont trouvé une solution idéale pour fidéliser les clients : ils ont inventé les sites de solo girls. Ce sont des sites entièrement dédiés à la vie d’une jeune femme (majeure bien évidemment). La fille y raconte son quotidien et publie chaque jour de nouvelles photos ou vidéos personnelles en relation avec ce qu’elle a fait la veille ou en fonction des desiderata de ses abonnés. Elle est allée se promener à la campagne ? Le lendemain, elle publie des photos sur lesquelles on la voit gambader, les seins au vent, dans une jolie prairie. Elle est allée faire du ski ? La voilà sur une vidéo batifolant dans la neige avec ses après-ski. Un abonné préfère qu’elle porte du rose ? Elle s’empresse de mettre en ligne des photos d’elle en nuisette rose dès le lendemain (immédiateté). En prime, tout site de solo girls propose un chat et un live-show en direct de l’appartement de la fille. Ces options sont bien évidemment réservées à ceux qui se sont abonnés. La jeune femme s’efforce de créer une véritable intimité entre elle et ses visiteurs, qui s’abonnent et se réabonnent sans hésiter et sans compter. Les membres inscrits la considèrent alors comme une petite copine virtuelle et deviennent rapidement accros, voire amoureux ! On voit bien l’intérêt de ce genre de concept : une excellente fidélisation des abonnés qui, pour rien au monde, ne distribueraient gratuitement, sur les réseaux peer-to-peer ou autres, les vidéos de leur égérie. Pour pouvoir gérer un site de solo girl, une seule contrainte et pas des moindres : il faut être une femme… ou faire semblant de l’être. Mais dans ce dernier cas, vos abonnés risquent d’être surpris en voyant la « charmante jeune fille » qui apparaîtra en webcam sur leur écran.

Sixième approche : la vente de biens matériels. La gratuité vient du fait que tout peut se copier, se piquer, se dupliquer : documents informatiques, logiciels, images, vidéos, idées… Mais si vous vendez des produits en ligne, vous n’aurez pas ce problème, puisque tout se paye dans le monde réel. Les sex-shops online ne connaissent pas la concurrence du gratuit. Les acheteurs de ce genre de produits ont délaissé les boutiques des petites rues glauques, leur préférant les pratiques et si discrètes commandes en ligne. Les clients osent se faire livrer des objets qu’ils n’auraient jamais achetés dans une boutique. Même s’il est très tendance d’avoir un joli gode sur sa table de nuit ou un ridicule canard vibrant dans son sac – les deux incontournables sextoys du moment –, les autres gadgets achetés aujourd’hui en ligne sont souvent plus délirants et bien moins avouables. Le marché de la poupée gonflable, par exemple, a connu un second souffle grâce au web. Bien entendu, nos chères compagnes en latex ont elles aussi évolué (suivent-elles la loi de Moore ?) et sont de plus en plus perfectionnées. Il suffit de se rendre sur le site RealDoll.com pour voir à quel point les poupées vendues en ligne sont troublantes de réalisme. Pour avoir une petite idée de leur perfection, vous pouvez regarder les films Monique avec Dupontel ou Une fiancée pas comme les autres avec Ryan Gosling. Des fous furieux sont même allés jusqu’à réaliser un film X dans lequel l’actrice est l’une de ces poupées réalistes ! Le silence et la docilité de ce genre de petites copines a un prix : « Oh ! Oh ! Oh… La jolie poupée » coûte 5000 € sans les options ! À ce prix-là, on espère qu’elle sait aussi faire la cuisine !

Au même titre que le live-show ou la rencontre, le sex-shop est un business de substitution qui se décline en marque blanche chez tous les sponsors (qui proposent tous, à peu de choses près, les mêmes produits). Mais que vendre hormis les quelques 300 produits proposés en sex-shop ? Certaines amatrices s’improvisent vendeuses de culottes en ligne. Pourquoi pas s’il y a de la demande ? En général, elles accompagnent leur livraison d’une petite dédicace (personnalisation !) et les clients sont ravis de posséder ces collectors dédicacés d’un genre douteux. Seulement, c’est un marché extrêmement restreint. Les clients les plus friands de dessous portés sont les Japonais, grands fans de culottes françaises, qui représentent une clientèle potentielle relativement difficile à toucher quand on ne maîtrise pas le japonais.

Le légendaire distributeur de culottes nippon

Septième approche : l’internationalisation. On a parfois tendance à oublier que le web est mondial et que le sexe est sans frontières. Depuis Paris, on peut tout aussi bien trouver des clients à Miami, à Tokyo ou à Brie-Comte-Robert. Mais nous avons vu qu’il est déjà difficile de faire du business en ligne dans un pays que l’on connaît. A fortiori, la difficulté est accrue pour celui qui veut réussir son coup à l’étranger, car cela demande un supplément d’efforts et des connaissances sur les caractéristiques du marché dans chaque pays. En France, nous avons au moins la consolation de toucher automatiquement une partie des pays limitrophes sans avoir à traduire nos sites.

Si vous possédez un site qui fonctionne bien et qui ne souffre pas trop du contexte mondial actuel, rien ne vous empêche de le traduire dans d’autres langues. La difficulté sera alors de le faire vivre – à moins de le confier à un webmaster local – et de le faire connaître, en repartant de zéro pour chaque nouveau pays. Car il ne suffit pas de traduire en espagnol un site qui génère 1 000 euros en France pour que cette nouvelle version génère à terme le même chiffre. Mais si vous maîtrisez la langue ibérique, si vous parvenez à appréhender les subtilités du business espagnol et si votre site s’adapte à ce pays, vous aurez des chances d’obtenir les mêmes gains qu’avec votre site français, avec du temps et du travail. À chaque pays ses spécificités. Il est inutile de traduire votre site de beurettes en italien, cette niche franco-française a bien peu de chances de fonctionner dans ce pays, car l’intérêt que portent les internautes de la Botte aux beurettes n’est pas le même qu’en France. De même, il est inutile de traduire votre site si son concept existe déjà en 10 versions dans le pays cible, une rapide étude de marché s’impose donc avant de payer un traducteur. Enfin, à moins de trouver une astuce pour vous y implanter discrètement, vous pouvez tout de suite oublier les pays où le sexe en ligne est interdit : Cuba, Inde, Koweït, Iran, Égypte et tant d’autres, dont une bonne partie de l’Asie. Cependant, la prohibition étant souvent génératrice de richesses, c’est la fortune assurée pour le webmaster X qui parviendrait à rendre son site populaire en Chine. Car les internautes chinois sont friands de sexe en ligne et le marché chinois est très difficile à percer, les sites pornographiques étant censurés grâce à un système de filtrage des mots-clés dès l’arrivée sur le réseau chinois. Les rares webmasters chinois ayant bravé en interne les interdits sont actuellement en prison… pour une durée indéterminée. Pourtant, la Chine compte 140 millions d’internautes dont une grande partie est prête à consommer. Frustrant, d’autant plus que le peer-to-peer et les tubes n’ont pas encore sévi là-bas. Tout aussi contrariant, le Maghreb représente une manne pour les marchands de plaisir. Les Maghrébins ne sont pas uniquement passionnés de jeu, ils sont également très portés sur la chose et ont surtout l’avantage de parler la langue de Molière. Malheureusement, il n’est pas possible de les faire payer, notamment parce que leurs cartes de crédit ne sont pas internationales. Quel gâchis ! Au final, le X business sans frontière est assez contraignant et, outre la traduction des textes, demande parfois de lourdes adaptations au niveau du contenu. Il peut cependant ouvrir de belles perspectives aux webmasters qui sauront trouver les routes qui mènent à Rome et pourquoi pas celles qui mènent à Alger ou à Pékin.

Le monde s’offre à toi

Il y a bien évidemment d’autres pistes à explorer pour faire du business dans le contexte actuel de l’Internet. Mais si, finalement, il s’avère que le business sur le web classique est bouché, si le gâteau n’est plus assez gros et qu’en prime, il faut le partager avec de plus en plus de monde, où fuir ?

À suivre…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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