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Les aventures d’un Webmaster X. Chapitre 27 : téléphone rose

Clint B

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Circulez, il n’y a plus rien à voir ! Les multinationales du streaming ont gagné la guerre du porno contre les petits artisans de la débauche numérique. Ou pas… Et si l’espoir était entre nos mains, ou plutôt dans nos poches. Dans ce nouvel épisode, le webmaster Milukman, pionnier du X-business sur le Net et fondateur du sulfureux jemevenge.com, explore une nouvelle voie, celle du porno sur mobile.

Chapitre 27 : téléphone rose

À l’heure où tout le monde se demande comment rentabiliser le web, d’autres sont passés à autre chose depuis bien longtemps. Un peu comme pour le web à ses débuts, alors que personne n’y croyait, quelques visionnaires de l’Internet – mobile cette fois – ont osé se lancer dans la téléphonie à partir de l’année 2003, voire quelques années avant pour les plus motivés. Bien sûr, il y avait déjà le Wap (wireless application protocol) ou l’i-mode qui, depuis l’an 2000, permettaient de naviguer – avec de la bonne volonté, beaucoup de motivation et de bons yeux – sur des minisites dédiés. Mais ce fut vraiment l’arrivée de la 3G (troisième génération), suivie de la 3G+ (aujourd’hui 4G, et bientôt la 5), qui a ouvert des horizons aux investisseurs, et notamment à tous ceux qui avaient loupé le coche du web et qui ne voulaient pas rater celui de l’Internet mobile. Aujourd’hui, la technologie et les vitesses de communication évoluent chaque année et permettent de véritablement naviguer sur Internet avec son mobile. Ce qui signifie qu’il n’est plus utopique de considérer l’Internet mobile en tant que nouveau vecteur de business. On se prend alors à rêver : et si tout ce qui a été fait sur le web pouvait être appliqué sur le téléphone mobile ? On a bien dupliqué le business model du Minitel à l’époque, pourquoi ne pas réitérer l’expérience ?

Bien sûr, tout changement de support nécessite quelques concessions et quelques adaptations mais, dans les grandes lignes, on retrouve les mêmes principes que sur le web. Même si un site web peut être consulté « en l’état » depuis un téléphone mobile évolué, il est préférable de l’adapter aux contraintes inhérentes au terminal, et notamment à la petite taille de son écran. Vous pouvez facilement adapter votre site pour le mobile, il faut simplement en revoir la navigation et l’ergonomie, en gardant notamment à l’esprit les points suivants : il n’est pas pratique d’ouvrir des fenêtres secondaires de type pop-up (hormis sur quelques terminaux, la navigation en multifenêtrage n’est pas vraiment adaptée aux écrans des mobiles) ; il n’y a pas (encore ?) de souris (mais les molettes ou les écrans tactiles les remplacent très avantageusement). La taille des fichiers à charger doit généralement être revue à la baisse ; les formats de fichiers ne sont pas tous reconnus, notamment les vidéos, qui doivent la plupart du temps être converties aux formats 3GP ou MP4 (versions simplifiées du MPeg) afin d’être lues sur la majorité des mobiles.

Le porno au téléphone, un concept vieux comme le monde

Une autre contrainte concerne les « briques de paiement», car même sur le téléphone, le business est toujours ce qui nous intéresse, non ? Sur le téléphone mobile, le visiteur peut payer en saisissant son numéro de carte bleue, en envoyant un SMS surtaxé, en appelant un numéro surtaxé ou, et c’est l’idéal, en étant directement débité sur sa facture opérateur (on a appelé ça la solution Gallery, puis est arrivé le MPME pour « Micro-Paiement Mobile & Enablers » et finalement cette solution est devenue l’Internet+). Pour avoir le droit d’utiliser cette dernière option, votre site doit avoir été validé sur les portails des opérateurs, ce qui, d’une part donne une grande visibilité à votre site, et d’autre part vous permet d’utiliser la brique de paiement des opérateurs français, qui permet de payer très simplement (en un ou deux clics) depuis son mobile : « Pour accéder à ce contenu, vous acceptez d’être débité de 3 euros sur votre facture SFR : oui/non ? » On peut même mettre en place un abonnement hebdomadaire ou mensuel.

Au début de l’Internet mobile, si votre site ne faisait pas partie de l’offre des grands portails, il n’existait pas car les utilisateurs n’avaient pas les moyens de le trouver ni les réflexes de le chercher sur les moteurs dédiés aux mobiles. Avec le temps, comme on l’a vu sur Internet, les surfeurs sur téléphone (parfois appelés mobinautes) se sont affranchis des portails et ont retrouvé les mêmes réflexes que sur le web, notamment avec l’aide d’outils tels que Google Mobile.

Le succès d’un Internet mobile qui serait pratique, simple, souple était conditionné par trois grands facteurs :

– La généralisation des offres illimitées des opérateurs, qui permettent enfin de surfer à volonté sans surcoût et sans restriction.

– La taille de l’écran. Même si certains prétendent que ce n’est pas la taille qui compte, les fabricants doivent trouver l’équilibre entre encombrement global et taille de l’écran – mais peut-être verrons-nous bientôt débarquer un téléphone-projecteur, un écran pliable ou un écran qui se roule comme une cigarette ! C’est pour contrer cette problématique que sont apparues les tablettes telles que l’Ipad d’Apple, bon compromis entre le mobile et l’ordinateur…

– La multiplicité des adaptations de services jusqu’alors dédiés à l’Internet fixe. Les sites trop complexes doivent être proposés dans une version allégée et simplifiée pour s’adapter aux mobiles.

Où en est le business du sexe sur mobile ? Laissons de côté le téléphone rose, qui permet de se faire « un bon plan avec des filles très chaudes dans ta région » et les SMS surtaxés à envoyer pour « savoir si votre copine vous trompe ». Encore une belle escroquerie ! J’attends avec impatience que les tests ADN se démocratisent pour voir des publicités du genre : « Envoie ADN au 3134 pour savoir si ton père est ton père »

Il y a actuellement deux technologies pour vendre du sexe sur les mobiles. La première technique reprend les concepts de sites qui ont fait le succès du web pour adultes : téléchargement de photos et de vidéos, publication de vidéos personnelles, rencontres et chat coquins, sexologie… qui sont accessibles via le navigateur du téléphone. La deuxième technologie – qui n’a duré qu’un temps – s’affranchissait du navigateur et utilisait l’option « visio » de la 3G. Le possesseur d’un téléphone 3G pouvait appeler en mode visio (ou mode vidéo) un numéro surtaxé et accéder à un service qui lui permettait de visualiser directement des vidéos X sur son portable. Les appels visio – qui à l’origine devaient permettre de visualiser son interlocuteur pendant un coup de fil – n’ont pas eu le succès attendu. En revanche, l’industrie du sexe a su encore une fois s’approprier cet outil et l’exploiter à bon escient, tout simplement en proposant des live-shows en direct sur les téléphones 3G ! Vous êtiez dans votre chambre d’hôtel ou dans le train, vous pouviez discuter avec une fille qui se déshabillait et se caressait en direct sur l’écran de votre téléphone ! La visio 3G n’a donc pas été perdue pour tout le monde. C’était un business très rentable pour celui qui proposait un live-show de ce type. Les clients payaient tant qu’ils étaient connectés et étaient débités sur leur note de téléphone. C’était un paiement à la durée qui présentait l’avantage de ne pas nécessiter de carte bleue. Cette technologie a finalement été supplantée par des systèmes plus classiques de flux vidéo avec la progression des débits sur mobile.

Mais comment pubait-on ces produits au début ? En attendant de retrouver un comportement proche de celui du Net fixe (avec des recherches dans les moteurs, des saisies directes d’adresses, des ajouts aux favoris…), le meilleur moyen pour faire connaître un site Wap ou un service 3G consistait à envoyer un SMS aux personnes majeures qui avaient déjà fait appel à ce genre de services et dont le numéro avait été conservé, parfois à leur insu. Les sociétés multimédias spécialisées dans la téléphonie exploitaient des bases de données comportant des milliers de numéros de téléphone et leur envoyaient quotidiennement une vague de SMS (un push) présentant les produits : « Appelle en visio le 08 99… pour voir des vidéos hard ou pour mater Betty en live sur ton phone » ou « Connecte-toi depuis ton mobile sur le portail Mobile-Sex.fr pour télécharger des vidéos XXX. » Le souci était de pouvoir renouveler les numéros de la base de données sous peine de tourner sans cesse sur les mêmes clients potentiels. Et c’était peut-être la partie la plus délicate du mobile business. Après avoir inondé les magazines de publicités pour des numéros surtaxés, il a rapidement été question d’utiliser l’Internet pour tenter de récupérer des numéros « frais » en pubant des services surtaxés sur les sites pour adultes exactement comme dans les journaux et en récoltant ainsi les numéros de téléphone (idéalement 3G) des internautes en échange, par exemple, d’une vidéo gratuite. Cette technique fut pompeusement appelée « convergence web/mobile », elle n’a jamais été très probante et n’a malheureusement jamais permis de rafraîchir significativement les bases. C’est pourquoi les moins consciencieux n’ont pas hésité à envoyer des SMS publicitaires à l’aveuglette (allant même jusqu’à générer automatiquement des numéros), retombant tête baissée dans les écueils du mailing sauvage qui avait fait tant de mal au web. C’est un fait regrettable mais le spam a rapidement existé et existe encore sur les téléphones. Les nombreuses plaintes et l’évolution de l’utilisation du mobile a un peu mis le holà à ces pratiques.

Aujourd’hui tout le monde utilise le mobile pour naviguer sur tout type de sites ou pour lire ses mails. Les sites sont donc accessibles à tous, encore plus facilement que sur le web classique. Plus que jamais, les jeunes sont touchés par le phénomène et font peut-être partie des plus gros consommateurs de sexe sur mobile. Le téléphone étant perçu comme un terminal très personnel, bien plus que l’ordinateur, il favorise la sensation de liberté et de discrétion. Les parents ne peuvent pas accéder au portable et le contrôler comme ils le font pour l’ordinateur. Certains parents s’inquiètent à juste titre de la facilité avec laquelle les images pornos peuvent atterrir entre les mains des enfants. Le souci étant de savoir, comme sur le web, comment parvenir à empêcher efficacement les plus jeunes d’accéder à du contenu pour adultes. En attendant de trouver des solutions techniques, les parents n’ont d’autre choix que d’être vigilants et doivent informer leurs plus jeunes enfants. En septembre 2008, les députés suisses ont accepté une motion visant à protéger les enfants en rendant punissable toute offre de matériel pornographique ou violent sur les mobiles. Louable tentative mais, concrètement, cette motion sera, d’un point de vue technique, bien difficile à mettre en œuvre.

Malgré ces failles, l’Internet mobile suscite de nombreux espoirs. Les webmasters X les plus aventureux sont allés jusqu’à abandonner le web traditionnel pour se consacrer uniquement à lui. L’Internet mobile sera-t-il la planche de salut des webmasters ? En 2008, 15 % seulement des utilisateurs européens surfaient sur l’Internet via leur téléphone, cela a bien vite évolué aujourd’hui où presque tout le monde utilise son mobile pour aller sur Internet! Tous les business models du Net trouveront-ils une deuxième vie grâce à la mobilité ? L’avenir du web est-il dans les téléphones ? En 2008, l’Internet mobile était encore un gadget pour la plupart des consommateurs, mais il y avait déjà une forte utilisation de services traditionnels sur les mobiles (jeux, informations, transports, météo, messageries…) mais aussi une demande croissante de contenu pour adultes : plus de 20 % des requêtes sur Google Mobile étaient déjà liées au sexe. On ne pouvait que souhaiter que les erreurs de l’Internet fixe n’allaient pas être renouvelées sur les portables, mais pourtant, nous trouvons désormais des sites X gratuits et des tubes dédiés au mobile ! L’histoire est un éternel recommencement… 

À suivre…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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