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Sexe et maux de tête : « Pas ce soir, chéri, j’aurai la migraine… »

Clint B

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Pourvoyeuse d’endorphine, un analgésique naturel, l’activité sexuelle est souvent perçue comme propice au soulagement du mal de crâne. Mais que faire lorsqu’au contraire, l’excitation sexuelle elle-même provoque d’abominables céphalées ?

Dans la relation trouble entre sexe et mal de crâne, la migraine s’est longtemps érigée en excuse canonique pour éviter de passer à la casserole un jour où c’est pas le jour ; à tort, pour au moins trois raisons. Déjà, la migraine est une condition médicale spécifique incluant nausées, vomissements, hypersensibilité au son et à la lumière, troubles moteurs et sensoriels variés pendant 4 à 72h. Rien à voir avec les maux de têtes occasionnels ou réguliers que se coltine la grande majorité de la population, nommées « céphalées » dans le jargon scientifique. Ensuite parce qu’à proprement parler, l’activité sexuelle, par sa propension à nous gaver d’endorphine aurait plutôt tendance à soulager les céphalées (donc). Bonjour le débat médical stérile, le sexe à la main. Enfin, et surtout, parce que personne ne devrait avoir besoin d’excuse pour s’épargner une laborieuse séance de galipettes avec l’être aimé devant Top Chef. Non c’est non, Simon, t’as qu’à te palucher dans ton caleçon… Ceci étant dit, il existe effectivement une affliction rare et méconnue, à travers laquelle l’excitation sexuelle devient source de douleurs aussi atroces que fulgurantes dans toute la caboche. Son petit nom : le SVCR, pour Syndrome de Vasoconstriction Cérébrale Réversible.

Jour de tonnerre

L’ennui des soucis de santé liés au sexe, c’est que les concernés ont cette fâcheuse tendance à les garder pour eux, pour éviter l’insupportable honte de parler zézette avec son toubib. Et c’est malheureusement d’autant plus vrai dès que les symptômes sont un poil plus discret qu’un bubon purulent au testicule gauche. Il est pourtant tout à fait normal de s’inquiéter si l’on ressent comme une légère trépanation en se tirant sur la nouille. Car les symptômes, parlons-en. Tout commence normalement, sans signe avant-coureur ni dans les heures, ni dans les jours qui ont précédé. Alangui avec sensualité, bercé par les charmes d’un ASMR particulièrement liquide, d’une nouvelle érotique épicée ou d’une séquence de pluralité teutonne (chacun ses goûts), on commence à se titiller le berlingot quand soudain, une désagréable sensation de raideur s’empare du haut de la nuque. Qu’à cela ne tienne, l’orgasme salvateur, qui viendra anesthésier tous les inconforts, n’est plus qu’à quelques longueurs de poignet. Mais en lieu et place de plaisir, c’est une douleur vive et lancinante qui envahit petit à petit l’arrière de la tête, pour venir prendre les tempes en étau à mesure que la libération approche. Sauf que point de libération au bout du tunnel, rien qu’une douleur cristalline qui éclate lors des contractions finales, vous transperçant le crâne et vous brouillant la vue. C’est ce que les spécialistes appellent une « céphalée en coup de tonnerre », et jamais supplice n’a aussi bien porté son nom dans l’histoire de la médecine. Pas bégueule, la douleur disparaît alors comme elle est venue, en quelques minutes voire quelques heures, sans que le moindre antalgique y change quoi que ce soit.

Prudence sur l’auto-médication…

Fruit d’un diagnostic particulièrement difficile à établir, du fait de sa rareté et du tabou sexuel qu’il implique, le SVCR n’a été mis à jour que très récemment, dans la circonspection de la communauté scientifique. Et pour cause ; jusqu’à présent personne n’a trop compris comment ça marche et pourquoi ça arrive. Enfin si, le processus vasculaire est relativement clair. Pour bien fonctionner, un cerveau a besoin d’être approvisionné en sang, à débit constant. Le cerveau est donc irrigué d’un maillage serré de vaisseaux sanguins sur toute sa surface. Or, dans le cas du SVCR, l’excitation sexuelle modifie l’afflux sanguin. Les vaisseaux se contractent indûment à l’intérieur du crâne pour créer une pénurie progressive dans toute la cervelle par réaction en chaîne. Résultat : on a la trogne comme un compteur à gaz. Le « plus produit » de cette charmante situation, visible à l’angiographie sous la forme « d’un chapelet de saucisses » (oui, c’est le terme scientifique), c’est qu’elle est transitoire, d’où son nom, Syndrome de Vasoconstriction Cérébrale Réversible ! En clair, dans la plupart des cas, quand ça va, ça va. RAS. Le doc’ pourtant plein de bonne volonté et de tests physiologiques, ne peut rien faire d’autre que vous écouter avec pitié raconter combien vous souffrez quand vous jouissez. Et il ne rembourse pas la consultation.

Les origines du mal

En outre, le SVCR ne dure pas. On en souffre pendant trois mois, puis il disparaît sans taux de récidive significatif. De l’aveu même de la communauté médicale, il s’avère ardu d’établir des chiffres plus précis, tant le taux de report est faible : seulement 1% de la population, une moyenne d’âge de 42 ans, une légère prévalence chez les femmes. Mais ni les hommes, ni les personnes plus jeunes ou plus vieilles ne semblent particulièrement épargnées. S’il n’existe aucun traitement connu à l’heure actuelle, les experts de la santé sont tout de même parvenus à isoler des facteurs favorisant l’apparition du syndrome, au premier rang desquels évidemment se trouve la consommation de substance vaso-actives : plus de la moitié des cas. Globalement, antidépresseurs, traitements des troubles cardiaques, décongestionnant pour le nez, mais aussi cannabis peuvent favoriser l’apparition des symptômes. Aussi, il peut être judicieux de confier à son généraliste son goût pour les loisirs jamaïcains lors de la consultation (la pratique du bobsleigh n’a a priori aucun rapport, ceci dit). Le stress et le surmenage allongent eux aussi la liste des potentiels suspects. 

Ne paniquez pas, le Dr. Sins va s’occuper de vous.

Bien qu’il n’y ait aucun traitement connu, la première mesure à prendre en cas d’apparition des douleurs est donc de solliciter une consultation avec un spécialiste, qui saura faire la différence entre une véritable syndrome de vasoconstriction et une simple contracture des muscles cervicaux, due à une position sexuelle pas forcément très avisée (oui, oui, ça arrive aussi). En cas de facteur aggravant, outre vous conseiller d’arrêter les trois feuilles de Népalais torsadé, il pourra aussi adapter les traitements afin d’aménager au mieux la prise de substances actives. Enfin repos et, une fois n’est pas coutume, abstinence seront les clés de la guérison. Les risques ont beau être faibles, il serait quand même franchement dommage de claquer d’une hémorragie cérébrale en pleine levrette obstinée…

Dans le doute : « Pas ce soir, chéri, j’ai un SVCR…« 

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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