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Dry humping, l’amour sans la péné

Clint B

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Coucher ou ne pas coucher, that is the question. Et s’il existait un juste-milieu, entre le roulage de galoche et le monologue du piston ? Le dry-humping pourrait bien être la clé d’une sexualité repensée, safe et épanouie.

La pénétration, c’est tip-top. Si, vraiment ! Et c’est encore la tactique la plus intuitive lorsqu’il s’agit de partager un peu de plaisir sexuel avec autrui : un ou plusieurs orifices, divers appendices proéminents, on introduit lesdits appendices dans lesdits orifices selon l’humeur, et on pistonne jusqu’à la fin des vocalises. Malgré tout, le problème de cette stratégie pourtant éprouvée est immuable. Il faut s’accorder, au préalable ou dans le feu de l’action, sur l’ordre et les combinaisons possibles entre les « tenants » et les « aboutissants » de l’affaire. Tout un programme. Alors qu’au fond, l’important dans le sexe, ce n’est pas l’introduction, c’est la friction.

La feinte de l’innocence

C’est là qu’intervient le concept de dry humping, un anglicisme barbare pour une pratique tout à fait familière : se frotter l’un contre l’autre, plus ou moins habillés. Qui n’a jamais goûté au plaisir subtile de se serrer fort contre l’être aimé en remuant suggestivement le bassin pour lui signifier le désir éminemment charnel qu’il suscite ? Nos années adolescentes ne sont-elles pas constellées de ces instants interdits où, d’innocentes caresses en chastes étreintes, l’on distord crânement l’illusoire diktat virginal, en se jurant, grand Dieu, qu’on n’a jamais fauté ? Et si ce petit jeu sans conséquences, c’était en fait du vrai sexe ?

Dans l’imaginaire collectif, irrigué de conceptions hétéronormées, il y a cette idée absurde que l’acte se limiterait à deux états : pénétrer et être pénétré. De fait, le frotti-frotta de circonstance qui précède l’acte ne serait qu’une forme de réglage mécanique, l’étalonnage des instruments avant la mise en marche. D’où le concept foireux de préliminaires : on fait chauffer le four avant d’enfourner la viande. Et si on a le malheur de jouir pendant la préparation, catastrophe ! Qui voudrait d’une machine qui cale avant d’avoir fait son office ? Il est temps aujourd’hui de sortir de ces préjugés délétères. Le dry humping est un rapport sexuel en lui-même, un point c’est tout.

Une autre définition du sexe

Après tout, le but du sexe récréatif n’est ni l’érection, ni la pénétration, ni même l’orgasme ou l’éjaculation. C’est tout simplement le plaisir. Et en matière de plaisir, on fait difficilement plus universel que la « friction au sec ». Car, quand les garçons ne rêvent généralement que d’explorer des cavités anatomiques diverses, toutes les femmes ne ressentent pas nécessairement le besoin impérieux d’être farcies comme des dindes pour prendre leur pied. Demandez donc à vos copines lesbiennes. Homme-femme, femme-femme, homme-homme et variantes non-binaires, le dry humping est le sexe démocratique par excellence. Il s’adresse à tous, sans distinction de préférence sexuelle ou de matériel génital, pour un plaisir aussi physique que psychologique.

À contre-courant des activités sexuelles canoniques, le principe du dry humping consiste donc à ne pas trop se dévêtir (veillez quand même à retirer les anoraks). Le but est justement de ressentir la friction de la passion sexuelle depuis l’intérieur de ses frusques, en se frottant sexe contre sexe, seulement séparés par quelques millimètres de tissu. Au plaisir de la caresse textile – il convient de porter des matières agréables au toucher (soie, satin, coton…), s’ajoute la délicieuse frustration du double emprisonnement, à la fois prisonnier du tissu et reclus hors des confins intimes de son partenaire de crime. On se serre, on s’enlace, on s’embrasse, on se caresse, en essayant de glisser une main ou deux contre les parties charnues de l’autre à travers les interstices de la lingerie, sans jamais enfreindre les profondeurs de son corps. Alors, libre à chacun de poursuivre l’exercice jusqu’à la délivrance – après tout, à force de frotter, le génie finit toujours par sortir -, de passer aux choses sérieuses en pilonnant autrui on en se laissant amoureusement pilonné, ou de s’arrêter là, en se satisfaisant pleinement du plaisir ainsi perçu. Jouir, c’est finalement très surfait…

Palier de décompression

En réalité, s’extraire de l’impératif de la pénétration n’est pas qu’une fantaisie de baiseur blasé en quête de sensations inédites. C’est aussi, et surtout le sas de décompression idéal pour tous les complexes sexuels. Car la péné dévore nos sexualités comme nos fantasmes, du premier rencard à la dernière trique.

Vais-je assurer ?

Me trouve-t-il belle ?

Dois-je coucher le premier soir ?

Suis-je épilée ?

Ma bite est-elle assez grande ?

A-t-il des MST ?

En ai-je moi-même ?

Et la capote, vais-je vraiment pouvoir bander dans cette capote ?

On fait quoi pendant mes règles ?

Et le jour où je ne banderai plus, que se passera-t-il ?

Plutôt que de s’imposer les affres du doute à chaque nouvelle rencontre, à chaque nouveau rapport, pourquoi ne pas s’abandonner de temps à autre à une aventure moins engageante, moins invasive, dépouillée des enjeux de performances et des risques de contamination (à condition de ne pas jouer avec les fluides) ? Et si l’expérience fut bonne, on se cale un petit atelier spéléo la prochaine fois…

 

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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