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Dick pics : un an de prison et 15 000 euros, le selfie le plus cher de France
Ce mercredi 7 octobre, les députés ont voté à l’unanimité la création d’un délit spécifique pour l’envoi d’images sexuelles non sollicitées. Une réponse à un fléau que les femmes dénoncent depuis près de dix ans, et que certains hommes prennent toujours pour une technique de drague.
L’imperméable a été remplacé par un smartphone
Si le texte va au bout de la navette parlementaire, envoyer à quelqu’un, sans son consentement, une photo de son sexe par messagerie ou sur un réseau social deviendra un délit à part entière, puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. La mesure a été adoptée à l’unanimité dans le cadre de la proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, comme l’ont rapporté LCP et Libération. Les peines seront alourdies si la victime est mineure ou particulièrement vulnérable, ou si les faits sont commis à plusieurs. Oui, le législateur a jugé utile de prévoir le cas où l’on s’y met en équipe.
Le tarif ne doit rien au hasard. Le Conseil d’État avait recommandé de l’aligner sur celui de l’exhibition sexuelle, dont ce nouveau délit est en quelque sorte la version numérique. L’exhibitionniste du XXIe siècle a juste troqué l’imperméable contre un smartphone.
Pourquoi une loi de plus ? Parce qu’un envoi isolé passait jusqu’ici entre les gouttes. L’exhibition sexuelle suppose un lieu accessible au public, le harcèlement sexuel des faits répétés. Restaient la contravention pour message « contraire à la décence » (750 euros maximum) ou l’outrage sexiste. En 2024, près de Lyon, un homme qui avait envoyé deux fois une photo de son sexe à sa voisine via Instagram s’en est tiré avec 500 euros d’amende. À ce tarif-là, certains devaient y voir un abonnement.
Des années que les femmes le répètent
Ce n’est pas faute d’avoir prévenu. Dès 2017, le Pew Research Center constatait que plus de la moitié des Américaines de 18 à 29 ans avaient déjà reçu des images explicites non sollicitées. La même année, le site de rencontre OkCupid faisait signer à ses membres un engagement de bonne conduite, annoncé par un billet au titre éloquent : en substance, « parce que vous valez mieux qu’une photo de votre sexe ». En France, un sondage Ifop de 2018 évaluait à 42 % la part des utilisatrices de sites de rencontre ayant déjà reçu une dick pic sans l’avoir demandée, et à 63 % chez les 18-24 ans.
Et l’effet produit ? Une étude du Kinsey Institute publiée en 2020 dans The Journal of Sex Research a posé la question aux principales intéressées. Verdict : la moitié des femmes concernées se disent dégoûtées, 46 % ont eu le sentiment qu’on leur manquait de respect. Côté excitation, le taux de conversion ferait pleurer n’importe quel directeur marketing : 7,5 % des femmes hétérosexuelles disent avoir été émoustillées par au moins une des photos reçues. Au moins une. Sur l’ensemble de leur carrière de destinataire.
Et pourtant, ils insistent
Le plus savoureux reste le malentendu. En 2019, des chercheurs canadiens ont interrogé 1 087 hommes hétérosexuels pour une étude au titre délicieux : « I’ll Show You Mine so You’ll Show Me Yours ». Environ la moitié avaient déjà envoyé une photo non sollicitée. Motivation numéro un : recevoir des photos en retour. Numéro deux : exciter la destinataire. Moins d’un sur cinq disait le faire pour son propre plaisir. Ces messieurs sont donc, pour la plupart, convaincus de faire un cadeau. Les expéditeurs se révélaient aussi plus jeunes, plus narcissiques et plus sexistes que ceux qui s’abstenaient, et environ un sur dix avouait y trouver un sentiment de contrôle sur la personne visée. Un cadeau, vraiment.
La France rattrape son retard
Le phénomène n’a rien de franco-français. L’Allemagne punit déjà ces envois d’un an de prison maximum, l’Angleterre en a fait un délit en 2024 (l’Écosse dès 2010) et le Texas facture la photo jusqu’à 500 dollars d’amende depuis 2019. En France, le vote solennel de l’ensemble du texte est prévu mardi 13 octobre, avant son passage au Sénat. Restera l’épreuve du terrain : porter plainte, garder les captures d’écran, identifier l’expéditeur derrière son pseudo.
D’ici là, un conseil gratuit, applicable immédiatement et sans attendre la navette. Ici, on parle de sexe tous les jours, et avec plaisir. Justement : le sexe, ça se propose, ça ne s’impose pas. Si personne ne vous a demandé la photo, c’est que personne ne la voulait.
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