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Dorcel se débarrasse de son activité retail

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Cet été, sans le moindre communiqué, Dorcel a vendu la totalité de sa distribution : les boutiques passent sous l’enseigne Body House, le site marchand chez Lovely Planet. Environ 1,3 million d’euros d’actes publiés pour solder vingt ans de retail et, selon nos informations, plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe. Dorcel rétrécit-il pour mieux vendre, demain, sa marque et son activité médias ?

1,29 M€
d’actes de cession publiés, hors stocks
16
boutiques reprises par Body House
300 000 €
pour le site dorcelstore.com, repris par Lovely Planet
0,1 ×
le multiple de la vente : le prix d’un désengagement

Ce qui s’est passé

Deux actes, signés à un jour d’intervalle, ont suffi. Le 11 juin 2026, Dorcel a cédé son site marchand et son activité de vente en ligne à Lovely Planet, pour 300 000 €, avec effet au 1er juillet. Le lendemain, 12 juin, il a vendu les fonds de commerce de ses boutiques à Body House, via une société créée pour l’occasion, avec effet au 15 juillet. En un mois, le groupe est sorti de tout ce qui touchait au commerce, physique comme en ligne.

Aucune communication officielle. L’information est sortie le 27 juillet par CFNEWS, le média du capital-investissement, qui révèle que Dorcel avait mandaté la banque d’affaires Mazarine Partners pour organiser un processus de vente concurrentiel, c’est-à-dire une mise aux enchères privée en bonne et due forme. Le reste se reconstitue dans les annonces légales, les registres publics et les publications LinkedIn des uns et des autres : le profil d’une dirigeante des activités retail du groupe mentionne d’ailleurs, noir sur blanc, le pilotage du processus de cession, de la data room aux échanges avec les auditeurs de l’acquéreur.

Le périmètre vendu est considérable : le réseau de magasins pèse près de 10 M€ de chiffre d’affaires selon CFNEWS, et la société qui portait l’ensemble du retail (boutiques et site) en réalisait plus de 14 M€, avec une cinquantaine de salariés. Selon nos informations, cette activité représentait plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe.

Les boutiques : seize magasins vendus un par un, pour moins d’un million

La vente ne s’est pas faite en bloc, mais boutique par boutique. Quatorze actes sont déjà parus, à des prix allant de 16 000 à 144 000 € pièce, pour un total de 993 000 €. Body House annonce seize adresses reprises : une ou deux publications manquent encore, ce qui devrait porter l’ensemble autour de 1,1 M€.

Le prix de chaque fonds de commerce
Prix Boutique identifiée
144 000 € Mondeville (Caen)
114 000 € n.c.
98 000 € n.c.
70 000 € Angoulins (La Rochelle)
69 000 € n.c.
69 000 € n.c.
67 000 € n.c.
64 000 € Saint-Grégoire (Rennes)
Prix Boutique
64 000 € n.c.
60 000 € Angers
59 000 € n.c.
58 000 € Limoges
41 000 € n.c.
16 000 € n.c.
993 000 €Total des 14 fonds publiés (hors stocks, réglés à part sur inventaire)

Actes signés le 12 juin 2026, effet au 15 juillet. Publications officielles échelonnées du 16 au 29 juillet 2026 ; les localisations non encore rattachées à une annonce apparaîtront dans les prochaines publications.

Trois choses sautent aux yeux. D’abord, ces montants n’incluent pas la marchandise : Dorcel recommandait lui-même à ses candidats franchisés 80 000 € de stock pour 200 m². Sur une quinzaine de magasins, le décaissement réel du repreneur est vraisemblablement proche du double du prix des fonds. Ensuite, le multiple est éloquent : un million d’euros pour près de dix millions de chiffre d’affaires, soit 0,1 fois les ventes. À ce prix-là, on ne vend pas une marque : on se débarrasse des emplacements et des équipes. Enfin, un détail d’exécution en dit long : aucun fonds ne dépasse 200 000 €, le seuil au-delà duquel les droits d’enregistrement passent de 3 à 5 %. Le découpage en quatorze actes divise à peu près par deux la facture fiscale du repreneur, et confirme une vente préparée pour aller vite.

Body House double de taille, avec l’ex-patron du réseau Dorcel dans l’équipe

Le repreneur des magasins est Body House, enseigne familiale fondée à Avignon en 2007 par Anne-Laure et Max Montagud, positionnée sur le bien-être intime et le plaisir féminin, jusqu’ici implantée surtout dans le quart sud-est (Avignon, Montélimar, Valence, Lyon, Grenoble). Avec les seize adresses Dorcel, son réseau passe de 14 à 30 boutiques : du jour au lendemain, l’enseigne provençale devient un acteur national.

Mais le détail qui change la lecture du deal est ailleurs. Benjamin Scanvyou, qui dirigeait le réseau de boutiques Dorcel depuis dix ans, ne reste pas chez le vendeur : il s’associe au repreneur et, selon la communication de Body House, « devient multi-franchisé Body House ». Autrement dit, le patron opérationnel du réseau passe de l’autre côté de la table : c’est lui qui exploitera désormais en franchise les magasins qu’il dirigeait en interne. Pour les clients et les équipes, continuité totale : mêmes adresses, mêmes vendeurs. Pour Dorcel, une sortie sans fermetures ni casse sociale à assumer.

Le directeur du réseau Dorcel passe de salarié du vendeur à franchisé du repreneur : la continuité est totale, la page est tournée sans bruit.

Sur le terrain, le rebranding est déjà lancé. Les fiches des magasins de Rennes, Bordeaux ou Lille affichent depuis fin juillet le même message : « Dorcel devient Body House », avec de nouvelles devantures promises pour septembre. À la rentrée, la marque Dorcel aura disparu des zones commerciales françaises, enseigne par enseigne.

Le site garde son nom, pas son propriétaire

Le sort du e-commerce est différent : dorcelstore.com continue comme si de rien n’était, mais il a changé de mains. Les mentions légales du site l’affichent déjà : il est désormais édité par Lovely Planet, l’industriel du plaisir installé près de Marseille, qui l’a racheté 300 000 € avec effet au 1er juillet.

Le choix du repreneur n’a rien d’un hasard : Lovely Planet fabrique et distribue depuis des années, sous licence, les sextoys de marque Dorcel, aux côtés de ses propres marques (Love to Love, Strap-on-Me, Manwan, Mixgliss…). Le partenaire industriel récupère donc la boutique en ligne, et l’intégration est déjà visible à l’œil nu : le pied de page du site renvoie désormais vers les autres enseignes maison du groupe provençal (1969store, Strap-on-Me, Love to Love, Manwan). Côté Dorcel, le symbole est brutal : vingt ans de vente en ligne en propre, un fichier clients national, un référencement construit depuis 2006, soldés pour le prix d’un appartement. Le site vivra, mais Dorcel n’y est plus.

Des chiffres en chute, une vente expédiée

Les comptes racontent une érosion rapide. Le chiffre d’affaires tenait encore, mais la rentabilité s’est effondrée : marge d’exploitation divisée par quatre entre 2021 et 2022 (de 11 % à 3 % d’excédent brut), pour un bénéfice résiduel de 89 000 € sur plus de 14 M€ de ventes. Face à Amazon, à la grande distribution et aux pure players du sextoy, la boutique spécialisée de zone commerciale, avec ses baux, ses stocks et ses salariés, était devenue le maillon le plus coûteux de la chaîne.

Reste que vendre à ce prix, c’est choisir la vitesse. Selon nos informations, l’activité cédée représentait plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe : accepter de la solder pour un peu plus d’un million d’euros, c’est accepter de voir son chiffre d’affaires fondre du jour au lendemain. On ne fait pas cela pour optimiser une valorisation ; on le fait pour tourner une page, vite, et se réorganiser. La mécanique le confirme : le réseau, co-construit à l’origine avec un partenaire breton (la société s’appelait Jezedor, contraction du nom des deux associés), avait été regroupé dès 2020 dans une entité unique, prête à céder. Et le calendrier achève le tableau : en janvier 2026 encore, Dorcel recrutait publiquement des franchisés dans la presse spécialisée, ticket d’entrée de 250 000 à 350 000 € à l’appui, pendant que Mazarine Partners faisait tourner le dossier de vente en coulisses.

Ce que cette vente raconte

Analyse

1
Une braderie, pas un arbitrage. Un processus concurrentiel mené par une banque d’affaires qui aboutit à une enseigne familiale d’Avignon et au management en place, pour 0,1 fois le chiffre d’affaires : aucun grand acteur n’a surenchéri. Le retail physique du X n’intéresse plus les consolidateurs, qui achètent du trafic, du contenu et des plateformes, pas des baux commerciaux en périphérie de Caen. Dorcel n’a pas vendu au mieux : il a vendu à qui voulait bien reprendre.
2
Des vitrines incroyables, sacrifiées. Ces magasins rapportaient peu, mais ils étaient autre chose qu’une ligne de compte d’exploitation : la seule présence physique nationale d’une marque X française, installée en zone commerciale entre une salle de sport et un magasin de meubles, celle qui a banalisé le nom Dorcel auprès du grand public et des couples. Aucune campagne de publicité ne remplace seize devantures. En y renonçant, le groupe abandonne un actif d’image qu’il a mis vingt ans à construire et que personne d’autre ne possédait dans le X français.
3
Rétrécir pour mieux se vendre ? Amputé de son retail, Dorcel devient un groupe nettement plus petit, mais beaucoup plus lisible : de la production, des chaînes, une plateforme, une marque concédée sous licence. Moins de chiffre d’affaires, mais un profil propre, sans stocks, sans vendeurs, sans baux. C’est exactement la silhouette que l’on dessine avant d’ouvrir des discussions capitalistiques. Depuis le passage de Jacquie et Michel chez Webgroup (XVideos, XNXX, BangBros, Penthouse, Private…), chaque actif français indépendant est mécaniquement une cible, et un Dorcel réduit à sa marque et à ses médias se cède beaucoup plus facilement qu’un conglomérat mi-studio, mi-boutiquier. Ce désengagement ressemble fort à une toilette de mariée. La question mérite d’être posée : à qui, et quand ?
Ce qu’il faut retenir

En juin et juillet 2026, Dorcel a vendu la totalité de son activité retail : seize boutiques et son site marchand, sans la moindre communication. L’opération a été reconstituée via CFNEWS, les annonces légales et les registres publics.

Selon nos informations, l’activité cédée représentait plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe. Total des actes publiés : environ 1,3 M€ hors stocks, soit 0,1 fois les ventes du périmètre.

Les boutiques passent chez Body House (Avignon), qui double de taille et atteint 30 magasins; l’ex-directeur du réseau Dorcel en devient le franchisé exploitant. Nouvelles devantures en septembre.

Le site dorcelstore.com est repris pour 300 000 € par Lovely Planet, déjà fabricant sous licence des produits Dorcel.

Réduit à ses médias, à sa télévision et à sa marque, le dernier grand indépendant français rétrécit. Peut-être pour mieux se vendre.
Sources

CFNEWS, « Dorcel cède ses activités retail », 27 juillet 2026 (cfnews.net) · Annonces officielles de ventes de fonds de commerce, publications du 16 au 29 juillet 2026 (bodacc.fr) · Annonces légales de cession, juillet 2026 (Actus-Limousin, Villactu Angers, La Gazette, La Nouvelle République, TPBM) · Comptes, établissements et actes de la société d’exploitation du retail Dorcel (pappers.fr) · Publications LinkedIn publiques de Body House et Mazarine Partners, fin juillet 2026 · Mentions légales de dorcelstore.com (consultées le 5 août 2026) · Page LinkedIn de Lovely Planet · Fiches des boutiques Rennes, Bordeaux et Lille (PagesJaunes, Mappy) · Franchise Magazine, janvier 2026.

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