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Le tunnel sombre : le X en train d’étouffer !
C’est une petite musique que l’on entend de plus en plus fort, non pas dans les hémicycles, mais dans les groupes Telegram privés et les forums de créateurs de contenu : le bruit d’un verrou qui se ferme. Pour les travailleuses et travailleurs du sexe (TDS) en ligne, l’année 2025 ne marque pas simplement une crise économique, mais un changement de paradigme brutal. Pris en étau entre la loi SREN, le blocage des géants comme Pornhub, l’exclusion bancaire dictée par Visa et Mastercard, et désormais des propositions de loi liberticides passées sous les radars, le secteur entre dans ce que beaucoup appellent un « tunnel sombre » sans issue visible.
Enquête sur une mise à mort programmée, où la protection de l’enfance sert de cheval de Troie à une prohibition morale radicale.
1. L’onde de choc SREN : l’hémorragie financière
Depuis la promulgation de la loi SREN (Sécuriser et Réguler l’Espace Numérique) en mai 2024 et son application directe en 2025, le paysage du X français a été dynamité. La mesure phare – l’authentification systématique de l’âge par double anonymat ou carte bancaire – a eu l’effet d’une bombe à fragmentation.
Loin de simplement « filtrer » les mineurs, le dispositif a agi comme un repoussoir massif pour la clientèle majeure. Les chiffres qui circulent dans la communauté sont alarmants. Selon nos recoupements auprès de plusieurs dizaines de créatrices actives sur les plateformes françaises comme Mym ou internationales comme OnlyFans, les pertes de revenus oscillent entre 30 % et 90 % en l’espace de quelques mois.
La fuite des utilisateurs
Le mécanisme est simple et pervers : l’utilisateur lambda, soucieux de sa confidentialité, refuse de confier sa pièce d’identité ou son empreinte bancaire à des tiers pour accéder à du contenu légal. À chaque visite. Résultat ? Il se tourne vers les réseaux illégaux. Les VPN tournent à plein régime, et les plateformes russes ou sites miroirs, qui ne respectent aucune législation française, voient leur trafic exploser. Pendant ce temps, les créatrices françaises, elles, voient leurs abonnés disparaître, tandis que leur contenu piraté continue de circuler librement ailleurs.
Pour survivre, beaucoup augmentent leurs heures de manière drastique, passant de journées gérables à des marathons de connexion de 15 heures par jour, frôlant le burn-out, pour tenter de compenser la chute vertigineuse du panier moyen.
2. La censure par le portefeuille : le diktat de Visa et Mastercard
Si la loi SREN est le visage visible de la répression, la guerre la plus efficace se joue en coulisses, dans les salles de serveurs des processeurs de paiement. Depuis l’affaire MindGeek (maison mère de Pornhub renommée Aylo) et sous la pression de groupes de pression conservateurs, Visa et Mastercard ont imposé des nouvelles règles unilatérales, souvent bien plus strictes que la loi elle-même.
Ce phénomène de « de-banking » force les plateformes à devenir des auxiliaires de police. Pour ne pas perdre leur capacité à traiter les paiements, les sites de cam et de VOD doivent imposer des vérifications d’identité draconiennes aux créateurs et aux utilisateurs. C’est la double peine : non seulement l’État régule, mais les banques et processeurs américains coupent les vivres.
Des créateurs se retrouvent avec des comptes gelés, des fonds bloqués, ou bannis à vie de certains processeurs de paiement sans recours possible. Cette instabilité financière force une partie de la profession à envisager une reconversion d’urgence, souvent impossible avec un « trou » de dix ans sur le CV.
3. Le Scoop : La Proposition de Loi n°2169, la menace fantôme
Alors que les regards sont braqués sur l’application de la loi SREN, un texte bien plus inquiétant a été déposé à l’Assemblée Nationale le 2 décembre 2025. Signée par 112 députés (soit près de 20% de l’hémicycle), la Proposition de loi n°2169 prétend « lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ».
Sous ce titre vertueux, qui rend toute critique politiquement risquée, se cache un véritable arsenal législatif fourre-tout, dont certains articles pourraient signer l’arrêt de mort du camming en France.
L’Article 78 : Le caming assimilé au proxénétisme ?
C’est l’article le plus explosif pour notre secteur. En modifiant les articles 225-5 et 225-6 du Code pénal, ce texte étend la définition du proxénétisme. L’analyse du texte suggère une volonté implicite de considérer les plateformes de mise en relation (les sites de cam, les réseaux sociaux type Mym/OF) comme des proxénètes.
Mais l’absurdité juridique atteint son paroxysme avec la création prévue d’un nouvel article 225-12-4-1. Ce texte vise à réprimer spécifiquement l’achat de services de « camgirls ». La peine encourue ? 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
Comparons avec la loi actuelle sur la prostitution de rue : l’achat d’acte sexuel (hors récidive) est une contravention de 5ème classe (1 500 € d’amende, pas de prison, pas de casier judiciaire automatique). Le paradoxe est total : si cette loi passe, un client qui achète un show virtuel légal depuis son salon sera considéré comme un délinquant passible de prison, tandis que celui qui sollicite une travailleuse du sexe dans la rue ne sera qu’un simple contrevenant. Cette disproportion des peines trahit une volonté non pas de protéger, mais d’éradiquer moralement le secteur numérique.
Un texte « Fourre-tout » inquiétant
La lecture intégrale des 79 articles de cette proposition laisse perplexe sur la cohérence de l’ensemble. On y trouve pêle-mêle :
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La création d’un Tribunal Correctionnel des Violences Sexistes et Sexuelles (Article 5).
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L’interdiction du mariage et du PACS entre cousins germains (Article 30), modifiant le Code Civil.
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Une redéfinition de l’inceste entre majeurs (Article 30), qui pourrait théoriquement criminaliser des relations consenties entre cousins adultes.
Comment peut-on, dans un même texte, légiférer sur la génétique familiale et sur le paiement d’un show webcam ? Cet amalgame révèle une dérive moralisatrice inquiétante où tout ce qui touche à la sexualité « non-normative » est jeté dans le même sac.
4. PPL 133 : Le Sénat arme la censure
Comme si cela ne suffisait pas, le Sénat avance ses propres pions avec la Proposition de Loi 133 (dite PPL 133). Ce texte vise à donner les pleins pouvoirs à l’ARCOM pour bloquer administrativement les sites, sans passer par le juge judiciaire. C’est la porte ouverte à un internet « à la chinoise », où une autorité administrative décide de la moralité des contenus accessibles.
Sous couvert de protection de l’enfance, le Sénat arme la censure du web adulte, créant un précédent dangereux pour la neutralité du net. Le blocage de Pornhub n’était qu’un début ; c’est désormais l’ensemble de l’écosystème indépendant qui est dans le viseur.
5. Vers le « Viol Numérique » ? Le Cheval de Troie abolitionniste
Il faut lire entre les lignes : nous assistons à une stratégie du « cheval de Troie ». En acceptant aujourd’hui que le caming soit traité plus sévèrement que la prostitution de rue, nous ouvrons la voie à des dérives juridiques majeures.
Si l’on suit la logique des abolitionnistes les plus radicaux qui inspirent ces textes (Proposition 2169), tout acte sexuel tarifé est une violence, et le consentement de la travailleuse du sexe est considéré comme nul et non avenu. L’étape suivante ? La création potentielle d’un crime de « viol numérique ». Dans ce scénario dystopique mais juridiquement plausible si ces textes passent, un client ayant une interaction virtuelle avec une camgirl majeure et consentante pourrait être accusé de viol, sous prétexte que l’argent vicie le consentement.
De même, d’autres niches comme la vente de culottes portées ou les fétichismes spécifiques pourraient bientôt tomber sous le coup de la loi, au nom de la « dignité humaine », un concept flou devenu l’arme favorite de la censure morale.
La fin d’une ère ?
Le secteur du X vit ses heures les plus sombres. Ce n’est pas seulement une crise économique due à l’inflation, c’est une attaque systémique coordonnée : législative (SREN, PPL 133, Prop 2169), bancaire (Visa/Mastercard) et morale.
Les travailleuses et travailleurs du sexe, qui pensaient avoir trouvé dans le numérique un refuge plus sûr que la rue, se retrouvent traqués. Et l’ironie tragique de cette histoire, c’est que ces lois censées « protéger les femmes » sont en train de précariser massivement celles qui vivent de cette activité, les poussant vers la clandestinité ou la misère.
Le tunnel est sombre, et pour l’instant, personne à l’Assemblée ou au Sénat ne semble vouloir rallumer la lumière.
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