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Et si les films pour adultes pouvaient sauver votre couple ?

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Pour le psychologue américain Ari Tuckman, regarder du X — et surtout en parler avec sa moitié — peut renforcer le couple plutôt que le fragiliser. Décryptage d’une thèse qui prend le contre-pied du discours dominant.

Ari Tuckman, l’apôtre du X pour couple

Jusqu’ici, quand on tombait sur un article parlant à la fois du couple et du cinéma pour adultes, il s’agissait d’un brûlot écrit par des mormons vous annonçant les pires catastrophes si vous regardiez du hard, même seul dans votre coin. Ne parlons pas de la « veuve poignet » rejetée comme le pire des pêchés. Pour une fois qu’un toubib américain recommande de consommer du X, on ne pouvait pas passer à côté.

Un psy qui prend le porno au sérieux

Pendant longtemps, dès qu’un article croisait les mots « couple » et « porno », on pouvait parier sur un sermon culpabilisant : la pornographie y était décrite comme un poison qui pourrissait les relations, isolait les hommes et humiliait les femmes. La masturbation, elle, restait reléguée au rang de petit péché honteux qu’on pratique en cachette.

Le Dr Ari Tuckman, psychologue clinicien installé à West Chester, en Pennsylvanie, propose une approche radicalement différente. Sa thèse tient en une phrase : ce n’est pas le porno qui abîme les couples, c’est le silence autour du porno.

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Le vrai problème, ce n’est pas le X — c’est le non-dit

Le raisonnement de Tuckman est simple. Aujourd’hui, le porno est partout : sur les ordis, les téléphones, les tablettes, et désormais aussi sur des plateformes plus éthiques ou créées par des femmes. Selon les estimations les plus citées, des dizaines de milliers de personnes consomment du contenu adulte chaque seconde dans le monde, et la part de spectatrices ne cesse d’augmenter.

Dans ce contexte, faire comme si rien n’existait n’a plus aucun sens. La question n’est plus « est-ce que mon ou ma partenaire regarde du porno ? » mais « est-ce qu’on est capables d’en parler ensemble sans drame ? ».

Pour Tuckman, un couple qui ne peut pas parler de sexe a souvent un problème plus large : il a du mal à se parler tout court. Le porno devient alors un révélateur, pas une cause.

Plus de porno et plus de femmes parmi les spectateurs

Deux chiffres importants : 30 000 personnes regardent du porno à chaque seconde aux USA et surtout, il y a parmi ce public de plus en plus de femmes. Il rappelle aussi le fameux argument mormon selon lequel les porno-spectateurs auraient plus de chances de divorcer que les autres : une info difficile à vérifier. Selon le Dr Tuckman, le fait d’organiser une conversation sur le sujet permet de mieux se connaître et de mieux connaître l’autre. Il ajoute que si un couple a du mal à parler de cul, c’est peut-être qu’ils ont du mal à se parler tout court. Il est bien sûr plus facile de se masturber dans son coin, sans en parler, mais d’après le psy, ça ne favorise pas la proximité.

Sortir de la culpabilité

L’argument classique selon lequel les consommateur·ices de porno auraient plus de risques de divorcer reste très contesté sur le plan scientifique : la corrélation existe dans certaines études, la causalité est beaucoup plus fragile. Tuckman rappelle que dans la plupart des couples en difficulté, le porno est un symptôme du malaise, pas son origine. Le pointer du doigt, c’est se trouver un bouc émissaire commode et passer à côté du vrai sujet.

Et ce silence pèse particulièrement sur les femmes, à qui l’éducation a longtemps répété qu’une « fille bien » ne s’intéressait pas à ce genre de chose. Résultat : beaucoup d’entre elles regardent du contenu adulte mais n’en parlent à personne, par peur du jugement. Côté masculin, la pression inverse — être présumé obsédé — empêche aussi des conversations honnêtes.

« Je vais te montrer ce que j’aime »

Concrètement, à quoi ressemble cette conversation idéale ? Tuckman suggère d’y aller par étapes.

D’abord, parler de sa propre consommation sans la faire passer pour un secret coupable : ce qu’on regarde, à quelle fréquence, ce que ça apporte. Ensuite, écouter vraiment ce que l’autre en dit, sans interpréter chaque préférence comme un reproche déguisé sur la vie sexuelle commune.

Pour les couples à l’aise, l’étape suivante peut être de regarder quelque chose ensemble — dans une logique « je te montre ce qui me plaît » plutôt que « voilà ce qu’on devrait faire ». Tuckman insiste sur ce point : le but premier de l’exercice n’est pas de dresser une to-do list de pratiques à reproduire au lit. Comme il le dit lui-même avec humour, regarder Game of Thrones avec sa femme ne l’a pas poussé à acheter une épée et à envahir le Canada.

Quelques règles de bon sens quand même :

  • Y aller progressivement. Si votre partenaire découvre l’univers du X avec vous, ne commencez pas par votre vidéo la plus extrême. Privilégiez quelque chose de plus accessible pour ouvrir la discussion.
  • Débriefer après. Qu’est-ce qui a plu, qu’est-ce qui a mis mal à l’aise, qu’est-ce qu’on referait ? C’est là que la conversation devient vraiment utile.
  • Respecter les limites. Le fait que l’autre accepte de regarder un contenu donné n’est pas un feu vert pour tout le reste. Le consentement reste la règle, à l’écran comme dans la chambre.
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Une intimité réelle, pas seulement physique

Là où Tuckman touche juste, c’est en rappelant que l’intimité d’un couple ne se mesure pas à ce qu’on fait ensemble, mais à ce qu’on peut se dire ensemble. Pouvoir évoquer ses fantasmes, ses curiosités, ses limites, sans craindre le jugement, c’est un marqueur de relation solide — bien plus que le nombre de positions inscrites au répertoire.

Le porno, dans cette logique, n’est ni un sauveur ni un destructeur de couple. C’est un test : est-ce qu’on a construit, à deux, un espace où on peut tout poser sur la table ?

Si la réponse est oui, le X devient un sujet comme un autre — parfois drôle, parfois excitant, parfois un peu gênant, mais jamais toxique. Si la réponse est non, le problème ne vient pas du tube de pixels, il vient d’avant.

Le Dr Ari Tuckman est psychologue clinicien, conférencier et auteur de plusieurs ouvrages sur la sexualité et le couple. Ses interventions sont notamment relayées dans des conférences internationales sur la santé sexuelle.

Le porno serait un outil de rapprochement du couple

Voilà pour un tour d’horizon de la place du X au sein du couple et de ce que vous pouvez en faire. Mais je crois vous avoir donné des exemples assez parlants : que ce soit lui ou elle, tâchez d’amener la chose avec délicatesse.

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