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James Deen : l’anti-hardeur

Dimitri Largo

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Il a tout en moins : des muscles à la taille de la queue, et pourtant, il paraît que c’est le Grey idéal de « 50 Nuances… ». Il, c’est James Deen, la coqueluche des médias mainstream et du porno bobo. Adoubé par Rocco, il fait fantasmer la bourgeoise à grands coups d’étranglement. Décryptage d’un phénomène en bouclettes.

Si vous montrez la photo de James Deen à un quidam dans la rue, il vous dira que sa gueule ne lui revient pas, comme celle d’Adrien Rabiot. Trop frisé, trop policé, trop premier de la classe : une tête de nœud. Ceci dit, tout ce qui fait que les mecs le détestent est justement ce pour quoi les femmes l’aiment tant.

Un hardeur qui n’a pas la gueule de l’emploi

Comme il fut dit que le diable se présenterait sous la plus sympa des formes, il y a fort à parier que c’est sous les traits du Californien qu’il se matérialiserait et pas sous ceux du chanteur de Pantera. En effet, apparu sur le circuit porno en 2004 à peine ses 18 ans révolus, James Deen est en apparence le prototype du gendre idéal : filiforme, bouclettes, yeux clairs et nez aquilin. Il a la tête d’un type bien éduqué qui inspire confiance. Tout s’explique lorsque l’on découvre que son père est ingénieur au Jet Propulsion Lab de la Nasa et sa mère analyste en base de données dans la même agence. Inscrit à l’école confessionnelle Weizmann de Pasadena, baignant dès son plus jeune âge dans la cosmologie et les questions métaphysiques, le jeune Bryan Sevilla, de son vrai nom, a vite compris que le sexe était l’unique refuge devant la réalité de la mort, de l’infini et de toutes les questions sans réponse qui taraudent l’esprit de ses parents et des rabbins. De fait, à l’hebdomadaire GQ en 2012, il confie qu’il a toujours été fasciné par les trous noirs, mais d’un autre genre :

« j’étais gamin et un jour, j’ai trouvé un magazine genre Hustler sur la route de la maison. Ca m’a fait un choc. J’ai de suite compris que j’étais destiné à faire comme les mecs sur les photos. L’enseignant m’a viré de la classe de CM1 car je lui répondais que je voulais devenir acteur porno. Il me prenait pour un taré ».

Tom Hanks fait du X

Il y a deux écoles : ceux qui matent du porno en se foutant complètement du mec et ceux qui y attachent une grande importance. Parmi ces derniers, il y aura ceux qui voudront un acteur qui leur ressemble et ceux qui préféreront un type hors-norme auquel ils ne peuvent s’identifier. Ainsi, tout signe distinctif fort est clivant : la queue hors-norme de Danny D le catégorise, les tatouages de Mike Angelo le catégorisent ou la carnation de Kid Jamaïca lui colle une étiquette.

Mais pour James Deen, pas de queue complexante pour qui la regarde, ni de chicot, de tatouage ou de balafre qui viendrait contrarier la symétrie du visage. Keutch, queue dalle, walou. « Alice, ça glisse ». Tout glisse. C’est Fantomas. On peut lui mettre n’importe quel visage, ce sera toujours Jean Marais en dessous. Beau-fils, étudiant, trader, médecin… Depuis ses débuts chez VCA et quelques 2000 scènes plus tard, tout le monde peut s’identifier à lui. Même Kink se sert de de sa bonne bouille pour lui faire empiler les scènes SM en évitant l’écueil du glaucasse.

James Deen, plus Peter Parker que Bruce Banner

La coqueluche des médias

Acteur porno, de bonne famille et avec une bonne gueule, il n’en fallait pas plus pour attirer l’attention des médias grand-public. Et puis Deen est un bon client dans le jargon médiatique. Chez Vice Mag, on l’adore. Les vapeurs de Kelly Bourdet se condensent à la lecture de son interview du phénomène. Comment, un acteur porno, ce n’est pas uniquement une baraque tatouée libidineuse ? A l’évidence, le James s’emmerderait sec dans la Maison des Secrets, alors que tout autre acteur ou actrice porno y serait comme un poisson dans l’eau. Chez les vieux routards du Journal du Hard, même son de fap : Deen ou l’homme qui rend le X désirable. Rien que ça. Jenn Tisdale pour le Huf Post en a fait le porte-drapeau de la génération Nerd, fils avant d’être homme, qui trouve les muscles saillants vulgaires et qui n’hésite pas à mettre en avant sa sensibilité et l’épanouissement individuel. Chez Forward.com, on loue l’icône pop confessionnelle. Son film tradi avec Easton Ellis et Schrader à la baguette fut un four, qu’importe, le porn avec James Deen, c’est pas du porn (celui fait par Gaspard Noé non plus d’ailleurs…). Depuis peu, on le classe comme chantre du « X féministe » mais il le confesse, le porno pour femmes, lui-même « ne sait pas ce que c’est ». Un coup d’œil à Butt Bang My Ass Punk édité par Demolition plaira beaucoup à Ovidie et Candida Royalle fait des flips dans sa tombe…

x-art-902-99-medLa contribution de James Deen à la cause des femmes.

 L’héritage (bien entamé) de Rocco

Dernièrement, The Telegraph titrait : « James Deen est-il la face acceptable du porno ? ». Visiblement, ses thuriféraires n’ont vu qu’un petit bout de sa filmo, car dans l’ensemble, celle-ci est aussi misogyne et réductrice que toute autre. Dans sa manière de baiser, il est somme toute extrêmement « Ferraresque », lui-même « siffredien », mais là où Manu et l’étalon italien sont des masses musculaires impressionnantes de 1,90 m, Deen fait figure de sprat. Tous trois en business avec John Stagliano, boss d’Evil Angel, ils affichent mimétisme dans les gestes, défonce à la SM sous Tranxène, gags, bifles et autres étranglements. « Shérif, fais-moi peur mais pas trop ». Les gros serpents, oui mais dans un vivarium.

LEGENDE 4 JAMES DEEN SMCeci-dit, il assure sur commande avec la même aisance que les monstres sacrés et les actrices se battent pour subir les assauts de l’appendice lingual de celui qui aurait pu s’appeler « Clint Cunnilingus », mais choisit James Deen, un pseudo gardé du lycée car il roulait ses cigarettes avec le même soin que la légende de la « Fureur de Vivre », morte au volant de sa 550 Spyder.

L’étoile de Pasadena est l’un des deux pornocrates dont l’aura dépasse le simple business du X. Seul Rocco l’avait fait avant lui, mais là où l’Italien était invité à s’auto-parodier sur les plateaux télé avec son accent à la Aldo Maccione et ses manières de JCVD, Deen s’évertue à ne pas tomber dans la caricature, montrant que le porno n’est pas que le fruit de la misère sociale. C’est dérangeant. Oui, James Deen est la face acceptable du porn et en cela, il est le diable.

LEGENDE 3 JAMES DEEN

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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