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Que sont les seins nus devenus ?

Paul Bauer

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Dans la mouvance de mai 68 et des mouvements hippies américains types « Flower Power », les années 70-80 ont été une soudaine et inattendue bouffée d’air frais pour ce qui est des mœurs et de la sexualité. Ce qui était impossible avant du fait du puritanisme de nos sociétés occidentales encore trop soumises à la morale religieuse devenait possible dans un sympathique et spontané élan libertaire. Non seulement les corps pouvaient ne plus se cacher, mais la nudité devenait une pratique revendicative de liberté individuelle.

La nudité des corps ayant de tout temps « choqué le bourgeois », c’est sans doute pourquoi nos amis hippies ont rapidement su mieux que quiconque jouer de cette provoc simple et ludique pour attirer les regards et gagner des sympathisants. Les festivals de musique pop de Woodstock (1968, dans l’État de New York) et de l’île de Wight (1969) pouvaient ainsi se finir dans des orgies de corps nus entremêlés, et même la comédie musicale Hair (1968) montrait des comédiens dénudés sur scène. Le film More (1969), de Barbet Shroeder, déroulait quant à lui l’histoire d’une bande de copains baba cools venus à Ibiza explorer les paradis artificiels tout en évoluant souvent dans le plus simple appareil.

1Ah, la belle époque du Flower Power, où les seins pouvaient s’épanouir librement comme de belles fleurs !

En France, le film « Et Dieu créa la femme » (1956) avait une dizaine d’années plus tôt fait figure de précurseur en dévoilant le corps parfait de l’immense Brigitte Bardot, alors actrice débutante, goûtant aux joies de la bronzette intégrale. Le temps de quelques pudiques scènes seulement, mais l’une des caractéristiques de l’esprit « soixante-huitard » venait de naître : une femme pouvait désormais revendiquer et assumer son corps comme sa liberté sexuelle, et tant pis si ça déplaisait aux grincheux et autres coincés. Plus tard, mai 68 a entériné la naissance du mouvement en lui donnant encore plus d’ampleur : une telle liberté n’était plus revendiquée par quelques marginaux loufoques ou exhibitionnistes, mais se propageait désormais jusqu’à l’ensemble de la société.

L’époque bénie des seins nus sur la plage…

C’est ainsi que les années 70-80 ont été l’époque bénie où toutes les plages de France étaient envahies de sympathiques seins nus. Installée à Saint-Tropez dans sa résidence de la Madrague, Brigitte Bardot avait lancé la mode du corps épanoui en n’hésitant pas à se baigner nue sur sa plage privée, sans chercher à se cacher des regards des touristes en bateau. Dans la foulée, toutes les plages du coin (les célèbres plages de Pampelonne) ont rapidement été « contaminées » par de joyeuses estivantes décidées, comme la star, à envoyer la pudeur traditionnelle se faire voir et à arborer fièrement leurs jolis globes mammaires symboles de leur féminité rayonnante et sereine. Sur les plages de Saint-Trop’, à l’époque, on comptait ainsi davantage de seins nus que de hauts de maillots de bain. Aucune exhibition dans cette attitude : par cette pratique, les femmes marquaient juste leur désir d’indépendance et d’équité, goûtant au passage au plaisir nouveau de sentir les éléments naturels (air, eau, vent) circuler librement sur leurs corps. Montrer ses seins n’était alors pas assimilé à de la provocation sexuelle, la démarche relevant bien plutôt de la revendication libertaire, le message étant que le corps des femmes ne devait plus être considéré comme simple objet de convoitise sexuelle, et qu’il appartenait désormais aux hommes d’apprendre à se maîtriser et savoir refréner leurs (bas) instincts devant des anatomies féminines dénudées.

2C’était cool, Woodstock, hein les gars ?

Côté hommes, c’était bien sûr le paradis, on ne savait plus où donner de l’œil. Sur n’importe quelle plage de France où l’on posait l’espadrille ou la tong, les seins nus étaient foison. Un vrai régal pour un mec que de pouvoir s’emplir les yeux de toutes ces belles rondeurs féminines généreusement et innocemment exposées. Pas de doute, c’était le bon temps.

Trente ans après, la morale réactionnaire est de retour !

Mais ça, malheureusement, force est de reconnaître que c’était avant. Au fil des ans, la « mode » seins nus sur les plages françaises s’est en effet estompée jusqu’à avoir quasiment complètement disparu. Aujourd’hui, sur n’importe quelle plage de France – hormis les secteurs nudistes et naturistes, évidemment – il est difficile de rencontrer ne serait-ce qu’une audacieuse en mode topless. Ou alors, elle sera dans un coin isolé de la plage, peu exposée aux regards de peur de passer pour une provocatrice ou une débauchée. Ou bien encore en petit groupe de copines, pour se sentir moins seule ; mais le temps de l’innocence et de la sérénité de l’acte semble révolu.

4Plaisir des sens, plaisir des yeux : ahlàlà, c’était le bon temps !

Le phénomène m’a particulièrement frappé cet été, d’où cet article. Alors, pourquoi un tel retour insidieux de la morale puritaine ? Que sont les soixante-huitardes libertaires devenues ? Pourquoi se sont-elles laissées rattraper par le poids du conformisme, et ont-elles accepté avec une étonnante soumission le retour de codes moraux réactionnaires qu’elles avaient si vivement et si sainement combattu trente ans plus tôt ?

Exemples : À Marseille cet été, plages du Prophète, de Corbières, de Pointe-Rouge, et même des Catalans : pas un sein nu en vue. Rien, que dalle, nib(ard). À Canet-Plage, à peine une dizaine de femmes sur les centaines présentes osent dévoiler leurs poitrines. Idem à Nice. D’un bout à l’autre de notre côte méditerranéenne, les seins nus se sont donc lentement, discrètement, progressivement mais sûrement fait la malle. Triste.

Dans le même temps, au fil des ans, les maillots de bain se sont fait shorts ; les strings sont devenus des culottes bien hermétiques… et des parures et vêtements de plage auxquels nous n’étions pas habitués de par notre culture ont fait leur apparition sur les serviettes voisines. Les habitants des quartiers Nord de Marseille viennent par exemple sur les plages comme ils sont chez eux : en djellaba pour certains hommes, et « empaquetage » souvent complet pour leurs compagnes : vêtues d’un long voile noir de haut en bas, rien ne dépasse.

Question osée, dans le contexte actuel : les seins nus auraient-ils donc disparu pour mieux accueillir et faire place aux cultures venues d’ailleurs – c’est-à-dire pour ne pas choquer ceux avec qui il convient désormais de cohabiter en bonne intelligence dans le respect de nos différences mutuelles ?

5Les mélanges interculturels sur la plage n’incitent pas vraiment au retour du topless !

Hypothèse hautement audacieuse en ces temps de conformisme et de terrorisme intellectuel absolu, il faut le dire, mais sans doute pas si éloignée de la réalité : on sait que, dans les cultures d’Afrique du Nord, la nudité est un tabou absolu et incontournable. Ces populations, de plus en plus nombreuses chez nous depuis la fin des années 60, n’ont pas l’habitude de voir des femmes épanouies et à l’aise avec leur corps. Le corps féminin nu représente pour l’Islam l’une des tentations du diable, il convient donc de le couvrir et d’en voir le moins possible. Pensez que, là-bas, la simple vue d’une chevelure ou d’un mollet peut susciter l’excitation des mâles, alors que dire de l’effet d’une belle paire de seins nus !

Brigitte, reviens !

3Notre belle et mythique BB nationale, pionnière des babas-cool et de la mode topless à Saint-Trop’.

Bien sûr, tout est dans le non-dit et l’autocensure. Vous n’entendrez jamais un sociologue des médias vous expliquer que l’on voit moins de seins nus sur les plages parce que les populations de culture musulmane sont aujourd’hui très présentes en France et qu’il ne faut choquer personne. C’est totalement politiquement incorrect, donc impossible à dire. Pourtant, comment expliquer autrement cet insidieux retour de la pudeur ? Quand une femme débarque sur une plage de Marseille où elle faisait du topless autrefois et qu’elle constate qu’aucune autre femme n’est dans cette tenue, il est bien évident qu’elle pratiquera son autocensure en conservant pudiquement son haut. Comme les autres. Et tant pis pour le plaisir des sens de ces dames, comme pour le plaisir des yeux des messieurs nostalgiques de ces fabuleuses années soixante-dix.

Triste époque quand même. Où est la nouvelle Brigitte Bardot, qui osera se lever pour faire fi du retour de cette nouvelle et dangereuse morale puritaine d’inspiration religieuse qui ne veut pas dire son nom ? Quel groupe de féministes osera à nouveau revendiquer fièrement la liberté des femmes occidentales en refusant de se conformer aux diktats réactionnaires issus d’une religion ? Les soixante-huitards se réjouissaient autrefois d’avoir mis l’Église catholique au pas, mais se refusent de nos jours à dénoncer l’irruption d’une nouvelle et néfaste morale religieuse dans la sphère publique. Curieux, tout de même.

Certes, il y a les Femen, et il est d’ailleurs très symbolique que leurs actions se déroulent précisément toujours seins nus : elles ont compris que la poitrine féminine peut être une redoutable arme de lutte féministe, c’est pourquoi elles en ont fait leur emblème. Au-delà de ces activistes, reste à présent aux simples citoyennes françaises d’envisager de se réveiller. À elles d’assumer de relever le défi à leur tour en envoyant leurs hauts de maillot de bain au diable pour que les plages retrouvent le parfum de douce subversion et la joie de vivre qui planaient sur elles voici trente ans déjà.

On a envie de recommencer à pouvoir rêver sur les plages en vous voyant de nouveau arborer fièrement vos attributs, merci d’avance mesdames !

Consommateur de porno, obsédé sexuel et journaliste pigiste pour la presse respectable. Sous couverture ici car je tiens à conserver mes jobs ailleurs, merci de votre compréhension.

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