Suivez-nous

Actu/News

Les vulves moyen-âgeuses

Vincent Lacrosse

Publié

le

Ne sont-elles pas appétissantes ?

On aurait tort de voir dans le Moyen-Age une ère de désolation sans sexe et sans liberté. Nos représentations de cette époque riche sont en train d’évoluer – ce sont les historiens qui le disent – et dans les musées, de bien curieuses statues fleurissent ici et là. L’un des aspects les plus étonnants de ces chattes en dur ou en papier, c’est le sens religieux que le contemporain retient, et son lien avec Jésus, la superstar du Moyen-Age (plus érotique qu’il n’y paraît). Alors pour ne rien rater de ce qui se fait de plus vintage en matière de vulves, voici un petit tour d’horizon du must vaginal carolingien, et plus si affinités.

Vulves-gravées-Abri-de-La-FerrassieCette statuaire érotique ne date pas d’hier, et n’est pas nouvelle au Moyen-Age pour preuve les représentations de chatte sont fréquentes dans les grottes de la Préhistoire. Ci-dessus, une chatte venant de l’Abri de la Ferrasserie, en Dordogne, et ci-dessous celle de l’Abri Cellier, dans le Périgord. La pureté des lignes ne doit pas faire oublier que pour travailler ces chattes-là, de nombreuses heures ont été nécessaires. Et on peut supposer que le sculpteur a pris beaucoup de plaisir, à moins que le silex ne rendent les mains trop rêches pour une branlette ensuite…

untitled-11d5340C’est plus faciles avec de véritables outils de sculpteur tels ciseaux, rabots et burins, et c’est donc quelques siècles plus tard que ces œuvres trouvent un nouvel écho, et que les artistes s’attellent à réaliser ces œuvres pour le compte de… l’Église ! L’Église catholique étant alors en France le principal pourvoyeur de commandes artistiques, c’est naturellement sur les frontispices des édifices religieux que l’on retrouve le plus de vulves.

23_500

Un splendide exemplaire à l’Église Sainte – Radégonde de Poitiers

Avec cette nouvelle ère émerge aussi une symbolique propre à la vulve, et c’est ainsi qu’on retrouve des vulves écartées avec force par la donzelle toute de désir sculptée. Cet écartement forcé se retrouve souvent, et ainsi plusieurs s iècles avant L’Origine du monde de Gustave Courbet et le scandale qui la fit connaître. Nous, on trouve les vulves moyen-âgeuses beaucoup plus trash.

L'Origine du Monde, G. Courbet

L’Origine du Monde, G. Courbet

Si cette symbolique est autant importante et les images aussi suggestives, c’est que l’homme du Moyen-Age n’aime pas les livres, d’une part car ça coûte trop cher (compter le prix d’un appartement à Paris pour un seul exemplaire) d’autre part car la plupart du temps, il ne sait pas lire. Mais il aime les images ! L’utilité des statues, vitraux et enluminures est alors évidente et sert à la fois de texte religieux, de propos politique et de site porno, un peu comme si Jacquie et Michel servait de tribune à Christine Boutin.

Elle est pas belle ma chatte ? Église de Rochestown (Irlande)

Elle est pas belle ma chatte ? Église de Rochestown (Irlande)

Cette abondance de représentation de vulves a donné naissance à un débat, dans le petit milieu des historiens, pour en déterminer les raisons, et pour savoir pourquoi le vocabulaire de la chatte est aussi abondant en latin, quand les termes pour parler de bites et de couilles sont beaucoup plus rares. Une des explications avancées serait religieuse, et devrait satisfaire les plus érotomanes d’entre nous. Le coup de lance assené à Jésus serait un viol, et la blessure sur sa poitrine est une chatte offerte au monde. Ce qui peut paraître aujourd’hui blasphématoire, c’est-à-dire représenter le Christ avec un vagin sanguinolent, est chargé de symboles tout autres au Moyen-Age ; c’est une invitation pour le fidèle à littéralement adorer une icône : la toucher, la pénétrer, la caresser, la manger…

La rivière de sang qui coule de cette plaie vient d’ailleurs souvent se perdre entre les cuisses du Jésus-Christ, qui a rarement une queue XXL… Depuis Saint-Augustin en effet le Christ est féminisé, « il est pensé sur le modèle de la femme qui conçoit « déclare Jean Wirth, professeur d’histoire de l’art médiéval à l’Université de Genève. « La plaie sanglante faite à son côté, source de sacrements, est féconde et donne naissance à l’Église, ce qu’on représente comme une sorte d’accouchement ».

Détail du Christ médiateur, de Colijn de Coter

Détail du Christ médiateur, de Colijn de Coter

Alors la prochaine fois que vous approcherez une vulve, prenez le temps d’en sonder les mystères, c’est l’Histoire qui vous le dit.

Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.

Populaire

Merci de désactiver votre bloqueur de publicité pour accéder à ce site.

ADBLOCK a cassé ce site en voulant supprimer son contenu publicitaire.
Désactivez ADBLOCK pour consulter nos articles.