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L’incroyable rumeur des voleurs de bite

Vincent Lacrosse

Publié

le

Certains pays d’Afrique voient depuis plusieurs années le phénomène s’amplifier : une foule en colère lynche et brûle des innocents, tous accusés de vol de pénis. Enquête sur une bizarrerie aux conséquences dramatiques.

 » Zizi rikiki  »

La peur de la sorcellerie et les superstitions vont toujours bon train dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne. Des pays comme le Gabon, la Zambie ou le Congo sont sujets à de violentes manifestations de ces croyances, qui se terminent parfois tragiquement. On connaissait déjà les sévices subis par les albinos, auxquels on prête des propriétés magiques, ou par les enfants des rues de Libreville, abandonnés en raison d’accusations de sorcellerie. Mais ce fait dépasse les autres en étrangeté. Tout commence toujours de la même manière : un habitant ayant frôlé une autre personne dans la rue, ou lui ayant serré la main, déclare ne plus sentir sa propre bite, et accuse publiquement l’inconnu de l’avoir volée. La foule en colère se rue alors sur le malheureux pour le tuer, avec toutes sortes de raffinements. Un chercheur français, Julien Bonhomme, a étudié ces faits divers et dénombre 17 pays touchés, pour environ 500 victimes tuées depuis 1995.

5355Quand la justice s’en mêle

On pourrait s’attendre à ce que les autorités réagissent fermement à ces lynchages publics, mais les choses sont parfois plus compliquées. En 2007, le tribunal régional de Ziguinchor a condamné à 6 mois de prison ferme un « voleur de sexe », apparemment pour avoir rétréci les sexes de onze jeunes dont il avait la garde. Le ministère public, dans son réquisitoire, a soutenu que « l’Afrique a ses réalités et ses mystères, le phénomène de retrécisseurs de sexe existe bel et bien ». Cette étonnante prise de position légale en faveur de la reconnaissance de la sorcellerie n’a pas beaucoup soulevé d’indignations. Il faut dire que ces rumeurs participent d’une tendance de fond de certaines sociétés africaines, qui ont du mal à se départir de croyances parfois anciennes et à accepter le monde moderne, plus rationnel. Ainsi peut-on lire régulièrement parmi des gros titres de presse  « Cameroun – Trois sorcières adolescentes font enfin leurs aveux », ou encore début mars : « Malawi : sept personnes brûlées pour sorcellerie ». Beaucoup de journaux ne prennent aucune distance quand ce genre de témoignage leur parvient : « Au niveau du bassin, je ne ressentais plus la présence de mon sexe. C’est un monsieur que je ne connaissais pas qui a rétréci mon sexe, après m’avoir demandé l’heure.»

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Cette peur des voleurs – ou des retrécisseurs – de sexe donne parfois lieu à des poursuites judiciaires à l’encontre des agresseurs mais de manière marginale, et comme dans l’affaire qui concerne le tribunal de Ziguinchor, les « voleurs de sexe » sont parfois condamnés quand leurs agresseurs sont relâchés. L’hypothèse de Julien Bonhomme, c’est que les vraies victimes, c’est-à-dire les prétendus « voleurs de pénis », le plus souvent des étrangers, sont attaqués lorsque la situation économique d’un pays s’améliore brutalement. L’afflux de nouveaux riches suscite des convoitises, et par jalousie, des centaines de personnes se jettent dans la recherche du philtre, de la potion ou du marabout qui les aidera à atteindre le même niveau de prospérité, quand bien même cela nécessite de faire couler le sang. Des cultes étranges et des rumeurs mystiques s’emparent alors des gens qui, croyant n’importe qui et n’importe quoi, se ruent sur le premier bouc émissaire qu’elles trouvent.

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Pigiste globe-trotter, essentiellement pour la presse américaine.

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