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Les applications de drague gay ont-elles éradiqué le plaisir ?

Thomas Fap

Publié

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C’est la même chose pour les hétéros que pour les gays : difficile quand on est célibataire de passer à côté des applications de drague. Géolocalisé et prêt à rencontrer son voisinage et au-delà, on pense se sentir moins seul. Et puis on se rend compte, petit à petit, que ces nouvelles plateformes censées nous aider ont un peu (voire beaucoup) changé notre rapport au sexe et à l’autre. Décryptage.

Des débuts pleins de promesses

Quand elles sont arrivées, les applications, Grindr en tête, avaient tout pour nous exciter. Comme un nouveau jouet pour gamin tout excité, elles nous permettaient de draguer différemment et plus facilement. L’idée de voir quels étaient les mecs se trouvant autour de nous était amusante, le fait de pouvoir dialoguer juste avec son téléphone ou sa tablette tout en étant en mouvement nous changeait des longues heures et correspondances passées sur les sites de rencontres. Plus besoin d’échanger des nuits avant de proposer un verre, on passait à la vitesse supérieure. Des dizaines et des dizaines de mecs qui s’affichaient, défilaient, tous constituant la possible promesse d’un bon moment ou d’une belle histoire. Quand on nous a envoyé la première localisation pour un plan cul, on a tous trouvé ça super bandant et drôle : c’était le début d’une nouvelle ère, un basculement dans notre façon de rencontrer des garçons.

Les applications ont leurs avantages : elles permettent de tenter de se mettre en relation avec de parfaits étrangers où que l’on soit. Cela peut être très pratique quand on voyage seul, surtout si c’est dans une grande ville : l’impression de ne plus jamais être seul, qu’il y a toujours un beau mâle quelque part qui n’attend que de recevoir un « Hello, ça va ? ». On a pu rencontrer de nouveaux amis, avoir des flirts,  se retrouver invité à un plan à trois ou une partouze en dernière minute, certains ont même trouvé l’amour grâce à Grindr et autres Hornet. Mais quelque chose a changé, très vite.

nul grindr

Ivresse de la rencontre

C’est un peu comme quand on va au restaurant et que la carte est très fournie : on ne se contentera pas du banal plat du jour, on va commencer à hésiter, à réfléchir, à faire la fine bouche. Quand on a des dizaines de mecs que l’on peut aborder d’un coup, on passe en revue les profils, on sélectionne. Avec les applis, tout va vite, pas de temps à perdre avec quelqu’un dont la photo ne nous intrigue pas plus que ça. On ne l’a pas réalisé tout de suite mais on a enfermé les autres, et on s’est laissé enfermer nous-mêmes, dans des petites cases. On ne se résume plus qu’à une photo et un texte de 2-3 lignes. Autant dire qu’il ne faut pas rater son selfie ! Une photo ratée ou pas assez vendeuse et ce sont les messages sans réponse assurés (ou de très froides demandes « pour en voir plus », pour ceux qui seraient tentés éventuellement de nous laisser une seconde chance). Si on précise qu’on est actif ou passif, il faut s’attendre à ce que les actifs ou passifs ne nous contactent pas. En apportant aux rencontres la vitesse, les applications se sont présentées comme pratiques : enfin plus de temps à perdre et des heures perdues pour rien ! Mais elles nous ont aussi et surtout poussé à accélérer la cadence. Un soir de grande excitation, on se surprend à envoyer des multitudes de « Hello » pour tomber vite fait sur un camarade de jeu.

Les débuts des applis étaient caractérisés par l’attrait de la nouveauté, l’émerveillement face à la technologie, le caractère cool de pouvoir s’envoyer un message dans un resto et se rencontrer quand avant on n’osait pas s’aborder. Elles ont favorisé les plans culs : c’est là qu’on a commencé à rencontrer des types après avoir seulement dialogué 10 minutes avec eux. Risqué, inattendu, excitant. On s’est rendu compte qu’il était vraiment facile de tirer un coup vite fait bien fait, on a commencé à le faire plus souvent, jusqu’à se demander parfois, inquiet, si on n’était pas en train de se transformer un peu en sex addict. On a réalisé nos fantasmes, on a découvert les filtres (ne garder que les mecs entre 20 et 30 ans, type minet caucasien). On a accepté l’idée qu’on pouvait après tout définitivement se consommer les uns les autres.

S’il n’a pas fallu attendre les applications pour jouir le temps d’une baise anonyme (les pissotières, aires d’autoroute, lieux de drague en plein air, sexclubs existent depuis longtemps), elles ont banalisé la pratique du « plan direct » . Pas besoin d’un prénom, d’une personnalité, on demande juste à la personne des photos de son visage, de sa bite et ou de son cul, ses trips, et on y va !

selfie 2 gay

La police des apparences

Les premiers mois d’utilisation, on se contentait d’envois de photos classiques. De temps en temps, pour nous chauffer, un mec envoyait une pic de sa teub ou de ses fesses. Et puis ça s’est banalisé, de plus en plus d’utilisateurs se sont prêtés au jeu des partages de « pics x » au point que cela devienne une sorte de norme. En à peine une année, la chose à pris une proportion assez sidérante. D’une éventualité, l’exposition de son corps est devenue une sorte d’obligation. On veut se faire un plan ? Il faut montrer la marchandise avant ! Parce que bien sûr, l’homme pressé des applis ne veut surtout pas perdre de temps et se déplacer pour rencontrer quelqu’un qu’il n’est pas certain d’apprécier. Torse, bite et cul exigés sinon on sera bloqué. C’est le début de la discrimination : pas assez bien foutu / musclé, pas assez bien membré, cul pas assez bombé. Chacun devient le sujet d’une évaluation lapidaire, de commentaires générant de nouveaux complexes. Une minorité tente de résister scandant « Je n’envoie pas ce genre de photos ». Ils ont souvent en réponse des phrases du type « Pas de pic, pas de chocapic ». O-K.

Avec à disposition des mecs à la chaîne à plusieurs kilomètres à la ronde, on est devenu complètement fermé. Quitte à tout avoir sur un plateau, autant ne garder que le meilleur et n’aller que vers ceux qui à priori correspondent complètement à ce que l’on veut. Adieu le capital charme, la magie laissée à la rencontre : on s’organise, on prend ses dispositions, on écrit l’histoire avant de la vivre. Pour rigoler avec ses potes avant on lançait « Ah je me verrais bien avec un quadra blond musclé ». Maintenant on rigole plus et on poursuit l’archétype de notre désir et on bloque à tout va ou pire on prévient directement sur son profil qu’on est « sélectif ». Sportifs only, ttbm only, pas d’asiats, pas de blacks, blacks only, pas de mecs efféminés. Les plus divas se prennent pour des princesses que le monde entier voudrait courtiser : « Surprend-moi » / « Si je réponds pas c’est que je suis pas intéressé ».

On ne laisse plus de place à la surprise, on se laisse obséder par le type de rencontres recherché.  Ce mec avec qui on s’envoie en l’air en plan direct n’aura pas le temps de nous parler. Peut-être que si on l’avait rencontrer dans un bar, il serait devenu un ami ou un petit copain potentiel, mais là on l’a réduit à l’état de sextoy. On zappe le mec qui « recherche sérieux seulement » car on se dit que là on a juste envie de s’amuser alors qu’il y aurait qui sait pu y avoir un coup de foudre. Inversement, on zappe les mecs « plan now » en se disant qu’ils ne sont que des excités alors qu’il se cache peut-être derrière cette photo de torse ou ce profil hot quelque chose de plus profond. On passe notre temps à se juger les uns les autres, à se marchander. Ce n’est bien sûr, à moins d’être un super méga bogosse infaillible, pas bon pour l’égo.

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« C’est quand on cherche qu’on ne trouve pas »

A force de faire monter encore et encore les exigences et critères, on se retrouve à bloquer tout le monde, à perdre toute patience. « Mais il est où le métisse de plus de 1m80 tbm actif look geek dont j’ai envie ?! » . On réalise finalement que dans cet océan de garçons, il n’y en a pas tant que ça qui nous accrochent. On veut pourtant y arriver, accéder à ce moment de rencontre divertissant et trompant la solitude. Et c’est là que finalement on se rend compte que ,malgré la vitesse, on perd du temps, beaucoup de temps. Des soirées à chercher la « proie parfaite », à envoyer balader les pauvres malheureux dès le premier défaut. Jusqu’à se retrouver comme un connard aigri devant son smartphone. On lance alors qu’on ne va plus utiliser ces applis, on les désinstalle… et puis on les ré-installe un mois plus tard parce qu’on est devenu dépendant, parce que ,quand on se retrouve seul à minuit, on ne se sent pas de sortir mais on a quand même envie d’avoir une perspective, un espoir, quelqu’un à qui parler ou qu’on peut draguer.

Génération « fucked up »

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On les déteste mais on ne peut plus s’en passer : les applications nous ont en tout cas quoi qu’il arrive transformés. Elles ont renforcé puissance mille la consommation de sexe. On a appris à se vendre comme dans un catalogue, à lister toutes nos envies sexuelles. Et quand on finit par rencontrer un mec « normal », dans la vie de tous les jours – un type bien- ,on réalise qu’on est devenu tordu, « fucked up ». On ne sait plus baiser que comme dans un porno, on est bien en peine quand on réalise qu’on bande plus pour un inconnu que pour quelqu’un qu’on aime, on s’en veut alors qu’on commence à entamer une relation qu’on ait encore dans un coin de sa tête ces 3-4 mecs qui étaient pas mal quand même et qui nous ont laissé des messages qui n’attendent que d’être lus.

Les applications ne s’arrêtent jamais et elles ne laissent personne définitivement tranquille. C’est la nouvelle terreur des gens en couple : à tout moment, il suffit d’installer discretos sur son téléphone Grindr, de créer un profil sans photo ou avec une photo paysage / torse pour pratiquer l’infidélité sans se faire griller. On se sent en concurrence les uns avec les autres, en permanence. On avait commencé à utiliser tout ce bordel pour gagner du temps, se connecter à son prochain, on en a finalement perdu beaucoup et on ne sait plus comment s’en sortir. On blâme ceux qui se comportent comme des goujats mais ne l’a-t-on pas été, ne serait-ce qu’un petit peu, nous-mêmes ,une fois ?  Que faire alors ? Si on avait la réponse, on ne serait pas encore excité quand retentit le son d’un nouveau message…

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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