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« Coucher avec des beaux mecs ? Non merci ! »

Thomas Fap

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A l’instar de la presse féminine, les magazines et sites gays n’ont de cesse de faire l’apologie d’une certaine beauté. Le gay qui s’affiche sur les couvertures est dans 90% des cas un homme au beau visage et au corps parfait. Le porno homo regorge de mâles montés comme des chevaux et ressemblant à des mannequins (ce n’est pas pour rien qu’on les désigne comme des « modèles »). Sur les applications, c’est le concours de torses sculptés en permanence. A l’opposé des diktats, il existe des garçons qui disent « fuck le beau », qui envoient valser les apparences et les normes physiques imposées. Pour eux, pas question de s’envoyer en l’air avec le sosie de Zac Efron. Ils préfèrent l’authenticité. Enquête.

« Avec un mec bien foutu, je me sens mal à l’aise »

Sébastien a 32 ans, travaille dans le milieu de la communication à Paris. Il se qualifie de « mec lambda » : les tempes un peu creusées, un peu de ventre, mais on lui dit souvent qu’il a du charme. Son réflexe sur les applications de drague type Grindr ? « Bloquer tous les profils avec des photos de torse et les mecs type mannequin ! ». Mais pourquoi se débarrasser de ceux qui à priori sont les plus désirés ?

« Au début, comme tout le monde, j’étais sensible à ce type de profil. Et puis j’ai vu comment ça se passait : dans la majorité des cas, les mecs qui ont un torse musclé veulent coucher avec un mec sportif comme eux. Ils te demandent tout un tas de photos et quand tu leur dis que tu as un petit bide, ils te bloquent. Les mecs qui semblent sortir d’un magazine gay sont souvent submergés par les messages : ils ne te répondent pas, te bloquent sans un mot ou mettent rapidement un terme à la conversation en te faisant comprendre que tu ne joues pas dans la même catégorie qu’eux. Pour l’égo, c’est très mauvais. A force de me connecter régulièrement, j’avais l’impression d’être vraiment inférieur à la moyenne, un cageot ».

S’il a été un peu traumatisé par ces garçons « trop beaux pour lui », Sébastien en a quand même rencontré quelques-uns : « Une fois notamment, j’ai rencontré un mec franchement sublime. Mais quand on s’est déshabillés pour coucher ensemble, je me sentais mal. Il était ultra bien foutu, sans imperfections et du coup je ne pensais qu’aux miennes, je ne me sentais pas à l’aise. Je n’ai pas pris beaucoup de plaisir car je n’arrêtais pas de me comparer, de me dire que je n’étais pas assez bien. C’est mon histoire à moi, il y a des mecs qui sans doute arrivent à se ficher de ça et à profiter. Mais moi ça me bloque ».

« On se lâche plus avec quelqu’un qui n’est pas bogosse »

Jérémy, 23 ans, a moins d’états d’âme. Il n’a pas vraiment de complexes : « Je suis plutôt grand, mince, pas mal membré. Je ne plais pas à tout le monde mais je plais quand même ». Mais lui non plus n’apprécie pas trop les « bogosses ». Il nous explique : « Un mec vraiment beau, belle gueule, sourire Colgate, le corps taillé à la gym, je ne trouve pas ça excitant du tout. Sexy peut-être mais bandant non. Moi j’aime quand il y a de petites anomalies, des choses pas lisses. C’est rassurant, c’est comme si le mec à poil te montrait une faille. Il est humain, tu te sens à la maison (rires) ».

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Selon lui, on s’amuse plus avec « quelqu’un de moyen physiquement » : « Je me sens plus en confiance avec un mec qui a un petit ventre par exemple parce que ça a un côté naturel, authentique. Le mec n’est pas un Dieu, il se fiche d’être décoiffé, il est pas là pour tourner un porno ou faire des photos. Tu te sens plus en confiance et tu te dis que tu peux te lâcher. Si je me repasse en tête tous les plans que j’ai fait, les meilleurs étaient avec des mecs pas forcément beaux. Quand l’obsession du physique n’est plus là, tu t’abandonnes, tu profites, tu n’as pas peur d’être toi-même ».

« Tout le monde est beau à sa façon »

Avec un grand sourire, Jérémy lance : « Moi j’ai de la chance car je crois que je peux trouver de la beauté dans chaque mec et quelque chose qui m’excite. Il peut être enrobé, chauve, trop poilu, pas bien membré : je serai excité par sa voix, son nez, son regard, ses mains, sa façon d’embrasser ou de me toucher. Quand on y regarde de près, tout le monde a quelque chose d’excitant. Je trouve ça plus amusant de « chercher la beauté » de quelqu’un que d’avoir du tout cru avec un super beau mec qui est presque figé quelque part ».

Porn amateur : un refus du beau à tout prix ?

L’explosion du porno amateur sur les tubes pourrait aussi témoigner de la lassitude des spectateurs face à des modèles qui ne leur ressemblent pas, apparaissant comme inaccessibles. Sébastien constate : « Dans la plupart des sites pornos payants, tu as toujours les mêmes mecs super gaulés qui ressemblent à des mannequins pour slips. C’est le genre de mecs qui te calculent pas dans la réalité, que tu auras probablement jamais : je n’ai pas envie de me branler sur ça ! Je préfère m’identifier, me dire que ce qui se passe sur l’écran est possible, peut m’arriver ».

Les vidéos postées par des internautes non professionnels font en effet souvent la part belle à des imperfections physiques : il peut y avoir du gras, l’image n’est pas nécessairement jolie mais il en émane un charme. Sentiment de proximité renforcé. Certains labels, à l’instar de Triga ou Maverick Men optent pour des performers de tous horizons, ayant bien compris qu’il y avait un filon. L’attitude et les trips sont plus forts que l’enveloppe physique.

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Un « beau » trop formaté

Sébastien et Jérémy se rejoignent sur un point : ils sont fatigués qu’on leur dicte ce qui est beau. Jérémy explique : « C’est comme si être beau c’était obligatoirement avoir des beaux cheveux, des beaux yeux, un torse en V, un corps tout ferme. On fait encore et encore l’apologie du zéro défaut. Tous les mecs sont rangés dans des cases et c’est comme si on nous forçait à nous conformer. Tu dois choisir si tu es un minet lisse et sec, un daddy sportif, un intello BCBG, un geek avec les dernières lunettes à la mode… On ne parle pas assez des mecs ronds, des beautés non formatées. De temps en temps, les magazines consacrent un dossier à d’autres formes de beauté mais c’est pour se donner bonne conscience avant de refaire une couverture avec le dernier acteur porno sous stéroïde ou la pin up écervelée du mois. Je ne suis pas surpris que la presse gay soit en crise : elle est à côté de la plaque. La plupart des gays ne s’y retrouvent pas du tout ».

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Sans la beauté, tout devient possible

Sébastien se dit beaucoup plus épanoui depuis qu’il a arrêté de se prendre la tête avec les sempiternels « critères de beauté » : « Moi j’ai envie de me laisser porter. Le physique a de moins en moins d’importance dans ma vie. J’aime me laisser surprendre. Quand tu t’en branles de ce à quoi ressemble le mec, t’es quand même vachement plus libre. Qui n’a jamais couché avec quelqu’un qui « n’était pas son style » et s’est pris l’orgasme de sa vie ? J’ai envie de croire que de plus en plus de gays seront comme moi. On n’en peut plus de ce bazar des applications où on n’existe plus que par des photos et des jugements. Je veux rencontrer des personnes, pas des photos qui s’animent et qui correspondent à des clichés de fantasmes ».

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Jérémy concède qu’il n’est pas aisé de se ficher ouvertement du physique : « Tu peux pas savoir le nombre de fois où je sortais avec un mec et où mes amis me disaient que j’étais mieux que lui, que je méritais mieux. Je ne sais pas si tu as remarqué mais l’une des premières choses qu’on te demande quand tu dis que t’as un copain, c’est si tu as une photo. Les gens aiment comparer, évaluer. Tout ça c’est triste. Je m’entends souvent dire des choses du genre « Non mais y a un minimum quand même ». Les gens se brident, ils n’osent pas se dire que ce mec un peu cracra ou bedonnant les excitent. Quand tu t’en fous de tout ça, tu t’amuses nettement plus : tu t’enlèves des chaînes ».

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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