Salon XBiz et AVN : Le biz’ US au scanner

Baromètres du porno américain, les salons XBiz et AVN se tiendront tous deux le mois prochain. Désormais plus alliés que concurrents, ces évènements sont l’occasion de passer en revue l’année du business outre-Atlantique. Grandes tendances, nouveaux minois, films qui cartonnent : c’est ici que ça se passe.   

Que dire de deux salons partageant les mêmes sponsors, dont l’un a lieu à Los Angeles une semaine avant l’autre qui se tient à Las Vegas ? Qu’ils ne cherchent tout simplement pas à se faire concurrence, bien au contraire. Emanations respectives de deux entités à l’origine en compétition, AVN et XBiz, l’Adult Entertainment Expo et le XBiz Show marchent depuis le début de la décennie dans les pas l’un de l’autre au point que l’on peut désormais s’étonner que les deux salons n’aient pas encore fusionné. Une interrogation à laquelle on peut aisément répondre par une autre : pourquoi raboter les profits quand on peut continuer à les doubler ?

L’industrie yankee est au top, mais…

le-bouquet-final-des-avn-awards-lors-de-l-edition-2012Car le porno américain génère un fric fou qu’il est impossible de quantifier comme l’a montré cette enquête de Charlie Warzel pour le site Buzzfeed.com. Maillon essentiel du système, les sociétés de paiement sur le net, CCBIll, Epoch, Payoneer pour ne citer que les plus grosses, ne dévoilent pas leurs chiffres, mais c’est assurément la fête du slip à l’ombre du sapin. Pour autant, est-on en mesure de définir ce qu’est l’industrie en 2016 ? Stephen Yagielowicz, journaliste pour XBiz ne le sait pas lui-même : « c’est une industrie diversifiée qu’il faut catégoriser. Prenez-vous en compte les sites payants et gratuits ? Les clubs de strips ? Les shows sur Skype ? Vous ne trouverez aucune information fiable. » Ce qui nous amène à l’état de la production traditionnelle, le cœur de ce qui nous intéresse ici. Est-elle devenue une part négligeable du porno face aux Myfreecams, Camgasm et autres Chaturbate, sponsors officiels des cérémonies des Xbiz et AVN Awards ? A lire les listes des nommés aux deux cérémonies clôturant ces salons (autant de catégories que de soldats dans l’armée mexicaine…), on a cette désagréable impression que la production porno américaine de 2016 est à la ramasse, que le « star system » hérité des 90’s est à l’agonie et que rien n’est moins une star qu’une « webcameuse ». C’est toutefois un constat qui a déjà été maintes fois dressé depuis la fin 2000’s au point qu’il ne se révèle plus pertinent désormais. Oui, les distributeurs sur le web ont la main mise. Non, les ayants-droits ne l’ont plus, mais, à l’exception de Vivid, les productions ancestrales qui ont su s’adapter sont toujours là : Wicked, Digital Playground, Jules Jordan, Evil Angel, Penthouse… Les petites nouvelles n’ont jamais été aussi jolies (Carter Cruise, Keysha Grey, Abigail Mac ou Elsa Jean n’ont rien à envier aux vieilles peaux chevelues - qui sont toujours là d’ailleurs -), de nouveaux réalisateurs apparaissent et finalement chaque catégorie que l’on penserait artificiellement créée pour faire plaisir à un généreux sponsor recèle, à défaut d’une pépite, son lot d’informations.

Éloge de la longévité

brad-armstrong-peut-garder-la-pose-ce-sera-la-me%cc%82me-cette-anneeAvec 100 nominations aux XBiz Awards, et un double-stand sur le Salon AVN, Wicked Pictures ne baisse toujours pas la voilure. Au contraire de son concurrent historique Digital Playground, revendu par son fondateur Joone au géant du web MindGeek, le fondateur Steve Orenstein est resté aux commandes et a même profité de la cession de ses activités web au mastodonte en décembre 2010 pour redoubler d’effort dans son cœur de métier : la production. Aux manettes des trois films majeurs réalisés cette année : l’indéboulonnable Brad Armstrong, toujours flanqué de Jessica Drake. A croire que son « DNA », une histoire d’amoureux ressuscité par clonage qui ramasse 11 nominations aux XBiz Awards, est leur propre biopic. Bien filmée, couleurs étalonnées, cette superproduction, favorite de la catégorie reine, n’a pas à rougir face aux productions tradi, mais souffre encore de certaines tares (acting, effets spéciaux limites, statisme des plans…) qui feraient dire aux mauvaises langues que ça reste du porno. Son « Preacher’s Daughter », (« La Fille du Pasteur »), 12 nominations aux AVN Awards, est plus emballant. L’acteur-réalisateur surfe sur les tabous familiaux et religieux. Un mix accrocheur qui accouche d’un porno façon « Sept à la maison » dans l’Amérique profonde avec la divine Mia Malkova dans la peau d’une Jessica Biel. Toutefois, plus que cette dernière, c’est l’actrice sous contrat avec la maison, Asa Akira, qui a toute les chances de remporter le titre d’actrice de l’année pour ses rôles dans « J.O.B » et « DNA ». Enfin, ayant récupéré la production des parodies d’Axel Braun, le studio californien va, à coup sûr, rafler la majorité des statuettes liées à la Meilleure Parodie pour « Suicide Squad XXX » (par ailleurs, pas dégueulasse du tout). A moins que les six épisodes de « True Detective XXX » de Digital Playground ne fassent honneur à la série originale.

Énième signe que le vieux, c’est neuf et cool, XBiz a confié l’animation de sa cérémonie de clôture à Ron Jeremy, le transformant pour l’occasion en icône pop sur les flyers. Ringardisé il y a dix piges, il est désormais plus populaire que jamais, se faisant appeler juste « Ron ». Il est le totem, la figure branchouille comme peut l’être Rocco de ce côté-ci de l’océan.

Après 2013, l’année d’Asa ?

asa-akira-ne-laura-surement-pas-dans-le-culBeaucoup moins de certitudes au niveau des actrices qui souffrent de n’avoir aucune tête de gondole comme jadis Tori Black pour mettre toutes les autres d’accord. Certes un peloton d’actrices populaires se démarque en tête duquel Riley Reid, mais est-elle assez charnue pour représenter une potentielle successeur à Jenna comme on la présente ? Déjà sacrée aux AVN Awards l’année dernière et dans les catégories annexes les années d’avant, elle est toujours en lice pour le statut de « Meilleure Performeuse ». Toutefois, son statut de co-présentatrice de cérémonie devrait favoriser sa succession ; Anikka Albrite pourrait récupérer son bien, mais on mettra plutôt un billet entre les gros seins d’une lauréate inédite comme Keisha Grey ou Abella Danger.

keisha-grey-une-des-favorites-chez-les-performeusesPour le titre de « Meilleure Actrice », Penny Pax pourrait remettre ça, forte de la sortie du dernier volet de la trilogie « The Submission of Emma Marx », mais les prestations convaincantes de Carter Cruise dans « Supergirl XXX » et Kleio Valentine en Harley Quinn dans Suicide Squad font de ces dernières les véritables challengers d’Asa Akira. A moins qu’Abigail Mac, terriblement « bonne » dans la série parodique de True Detective ne coiffe tout le monde sur le poteau.

Mélange des genres

riley-reid-grande-gagnante-de-la-derniere-editionCette année, AVN a innové avec la création de la catégorie « Mainstream Star of the Year », regroupant indifféremment hommes et femmes, acteurs et réalisateurs. On y retrouve, par exemple, Manu Ferrara, nommé avec sa femme Kayden Kross, Keiran Lee aux cotés de Christy Mack ou la réalisatrice Jacky Saint James. Tous ont la particularité d’avoir dépassé les pures frontières du porno. Devenue une star du jeu vidéo sur le réseau Twitch, le grand Manu lève des fonds pour l’hôpital de son quartier en jouant à League of Legends. Brazzers a rendu l’acteur anglais Keiran Lee plus populaire que n’importe quelle actrice. La réalisatrice Jacky Saint James est invitée par les universités pour débattre de sexualité et de féminisme. Bref, sortir le porno du ghetto : une démarche à récompenser pour l’Officiel du porno ricain.

Les nouvelles têtes

kimmy-granger-parmi-les-favorites-pour-le-titre-de-meilleure-nouvelle-starletteSi les remises de trophées viennent conforter les acteurs et productions les plus installés, elles n’en sont pas moins l’occasion de mettre en avant les nouveaux visages et produits que l’on peut croiser en arpentant les allées des salons. C’est le cas de Steve Jones et de son nouveau studio Elite X Films, qui a accouché du très bon « The Marine ». Sera-ce suffisant pour aller taper les gros ? Probablement pas, mais on est curieux de voir la suite. Même constat pour Bree Mills et l’énigmatique Stills by Allan, tous deux à l’origine de « Missing : A Lesbian Crime Story » (Girlfriends Films). De leur coté, les nouvelles starlettes ne manquent pas à l’appel. Elsa Jean et Jojo Kiss ont cette fraîcheur dans le visage qui les distinguent des autres nouvelles venues, mais Holly Hendrix, Kira Noir et Kimmy Granger ont turbiné plus que quiconque en 2016 et sont nommées au titre de « Meilleure Nouvelle Starlette » dans chacune des remises de prix. Un signe qui ne trompe pas.

Éternelle French Touch 

que-seraient-les-awards-sans-manu-_La France a toujours été très bien représentée dans l’un et l’autre des salons et la cuvée 2017 devrait rester millésimée. Partenaire de longue date du salon AVN et distribué aux Etats-Unis par Wicked, Marc Dorcel se taille la part du lion et place plusieurs de ses films dans toutes les catégories dévolues aux étrangers. Nul doute que « Le parfum de Manon » de Hervé Bodilis remportera le prix du « Meilleur Film Etranger ». Chez les actrices, pas de surprise non plus avec pêle-mêle Ana Polina, Anissa Kate, Jessie Volt, Nikita Bellucci, Lea Guerlain, Claire Castel et Tiffany Doll en lice pour une récompense. Cette dernière mériterait d’ailleurs quelque chose. Sublimée sur le site Colette.com (qui se voit lui aussi bien pourvu en nominations), Tiffany la Cherbourgeoise affiche une longévité et une constance remarquable dans ses performances.

Chez les mecs, la tradition du hardeur-réalisateur hexagonal ne se défait pas et on retrouve les survivants de la légion hongroise : David Perry et Christophe Clark. En outre, les habitués Mike Angelo et Yanick Shaft se sont vus rejoindre par Joss Lescaf dans la compétition du « Male Foreign Performer of Year ». A noter que, considéré comme américain à part entière, Manu Ferrara concoure depuis longtemps dans les catégories réservées aux autochtones.

L’ombre de Trump

strass-et-paillettes-sur-sceneTout ça étant dit, les deux événements de janvier prendront une connotation particulière puisqu’ils chevaucheront l’intronisation à la Maison-Blanche de Donald J. Trump et personne n’est en mesure de dire à quelle sauce le porno va être mangé. Toutefois, à l’échelle américaine, la mauvaise nouvelle proviendrait plutôt de la victoire des Républicains aux élections locales. Sénateurs, gouverneurs, maires, shérifs et autres postes-clés sont désormais aux mains des conservateurs, pour ne pas dire réactionnaires. Les chicayas ont déjà commencé. Le 15 décembre dernier, le gouverneur de l’Utah a ainsi alloué 50 000 dollars sur les impôts des contribuables pour financer la Coalition Against Pornography. Pourtant, ce 8 novembre 2016 a aussi vu le porno US remporter une grande victoire avec la défaite de la proposition 60, déposée par l’Etat de Californie et qui visait à l’obligation du port de la capote sur les tournages. 53,67 % des électeurs californiens ont préféré continuer à voir un max de bites sans capuchon. Les mêmes qui se presseront aux Fans Entrance entre les 9 et 23 janvier prochain. Trump ou pas : Business as usual. Le manège ne doit jamais s’arrêter.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.