Adopte un sans-abri !

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La crise. Une période dure où il est difficile de trouver un emploi ou un appart quand on est jeune et qu’on n’a pas toujours – ou plus – ses parents derrière soi. La galère commence alors. Plein de jeunes se retrouvent à la rue et doivent mendier ou voler pour subsister… ou juste pour se faire arrêter et envoyer en maison de correction, où l’État leur fournit alors le gîte et le couvert… tout en essayant de les réinsérer – ou insérer pour la première fois – du mieux possible dans la société.

Un fantasme à la mode ?

Un sujet déjà exploité par le porno hétéro, mais avec le plus chez les gays : le fantasme de se faire quelqu’un qui n’est pas forcément gay, mais qui accepte à certains moments où savoir débarquer : excité et alcoolisé, besoin d’argent, etc. Un fantasme largement partagé par nos copines hétéros pour qui « rien n’est plus excitant que deux mecs qui se sucent ». Après le gay for pay, ce beau gosse en couple hétéro capable de se faire sauter pour de l’argent et dont le métier ne dérange pas sa copine, voici le Gay for food, le SDF prêt à tout pour survivre, quitte à se faire envoyer en maison de correction pour être nourri et au chaud… quitte à y subir tous les mauvais traitements qui vont avec.

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Avec la crise, le sans-abri gay ou convertible est en essor. Après tout, on fantasme d’abord sur les gens que l’on croise dans notre vie et dont on ne connaît rien et dans la catégorie « métier », il y a aussi les « sans-métier ». Pompiers, sportifs, boulangers, profs, postiers, et si tout ce beau monde se retrouvait au chômage, endetté, expulsé… ? Certains sont des vrais caïds à punir, des bad boys à maîtriser pour leur montrer qui sont les maîtres. D’autres sont juste comme des jeunes chiots sauvages qui ne demandent qu’à être domestiqués et à trouver un toit, des câlins, de l’amour et une utilité dans la vie. Qu’on leur donne enfin une seconde chance.

LVDX - GAY - Adopte un sans-abri - Visuel (6) - Boys Halfway HomeOuverte en 2012, Boy Halfway House est à la fois une maison de correction et un refuge temporaire pour les jeunes sans-abris, les résidents. Géré par des house managers, censés accueillir et faire régner l’ordre parmi ces jeunes délinquants… qui ont défié la loi, comme Jean Valjean en volant un morceau de pain. Bien sûr, plus les délits sont nombreux, plus les coups et les peines… ils sont durs. Plus de 87 résidents ont déjà été hébergés en cinq ans. Pour cause de mauvais traitements, certains s’enfuient, mais sont rattrapés et corrigés et certains managers trop violents sont parfois licenciés. C’est pourquoi il reste encore des chambres de libres et des postes à pourvoir régulièrement dans cette maison.

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Apprendre la discipline

Offrir le gîte et le couvert à un jeune sans-abri qui aurait pu mourir de froid : quelle belle preuve d’altruisme, non ? Ces jeunes redécouvrent le confort de prendre un bain et d’avoir leur chambre. Pas de parents. Mais des gérants de maison. Qui, comme dans certains internats de Cadinot, peuvent débarquer dans les dortoirs pour initier des viols correctifs. Et puis, s’ils doivent retourner dans la vraie vie un jour, il faut apprendre à suivre les règles et obéir aux ordres. Vu qu’on a aboli le service militaire obligatoire dans certains pays, il faut bien remplacer ce service d’éducation – et le fantasme associé – par l’endroit où finissent nos jeunes quand ils ne sont plus éduqués.

Les résidents : des jeunes souvent affamés et prêts à tout

Un peu perdus, sans aucun repère… à initier. Chaque résident possède sa fiche. Atticus est un orphelin baladé d’une famille d’accueil à l’autre, quand il ne doit pas dormir sur un banc public. Là où s’assoient parfois les amoureux de Brassens. Un jeune marqué par les cicatrices dues à toutes les corrections qu’il a dû subir. Mishka est un immigré russe. Gideon a tellement faim qu’il est prêt à sucer tout ce qui bouge pour avoir une plus grosse ration. Chacun de ces orphelins n’a plus de modèles parentaux : ce sont de pauvres agneaux qui attendent des bergers pour les guider avec leurs bâtons – vous savez, ceux où il n’y a pas d’heure pour s’en manger…

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Du porno trash intellectualisé

N’ayant pas ni métier, ni réputation à protéger et devant survivre dans cette jungle urbaine, ils se laissent faire, soumis par instinct de survie. Se laissant filmer et doser, prenant des baffes sans rechigner… ces garçons sont loin d’être tous des tops modèles, mais the boy next door : jeunes rebelles ou gendres idéaux, un accident de vie dans leur parcours les a menés hors du droit chemin. Ces halfway house (comprendre « à mi-chemin de la maison ») peuvent aussi être des maisons de convalescence pour handicapés, drogués ou retraités…  Des lieux loin de toute famille où ceux qu’on y abandonne sont aux soins plus ou moins délicats et attentionnés de leurs infirmiers. Mais là, ce sont d’autres fantasmes et ça, c’est une autre histoire.

Même si les musiques dans les trailers laissent vraiment à désirer – surtout celles qui font comédie musicale – ce concept d’un scénario et d’un fantasme par marque semble être la nouvelle mode. Un jeu de rôles avec ses noms de code : résidents, maîtres de maison et toute la sémantique excitatoire qui va avec : les corrections, les périodes d’essais, la liberté conditionnelle… Avec un jeu du film en mode téléphone portable amateur où seuls les dominés sont exposés et où les maîtres du jeu restent dans l’anonymat… Certaines princesses y sont de vraies têtes à claques, mais après tout, on n’est pas là pour voir un film d’amour. Et vous, que seriez-vous prêts à faire si vous étiez dans la misère ?

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Mickael Cock

À propos de Mickael Cock

Michael Cock est journaliste et archiviste : il suit l'actualité et l'évolution de la communauté gay depuis plus de 20 ans. Militant de santé sexuelle, les nombreuses confidences qu'il a recueillies lui permettent de relativiser sur les sexualités. De formation scientifique et théâtrale, il décrypte avec humour et logique l'inconscient sexuel de tous les sujets trop sérieux. Il contribue régulièrement pour Garçon Magazine.