Le custom porn

Avoir son porno sur commande et personnalisé, c’est possible. Si la pratique n’est pas nouvelle, elle se développe à grande échelle avec des studios spécialisés dans la réalisation des fantasmes sur mesure. LVDX lève le voile sur cette nouvelle niche qui cache parfois des histoires dramatiques.

Fringues, bagnoles, vidéos de mariage… Existe-t-il encore un domaine qui ne soit pas modifiable suivant les goûts et les couleurs ? On peut chercher, on ne trouve pas. Pour certains, même la femme à côté de laquelle ils sont allongés a été gonflée, liposucée, retirée… À la remorque des modes, le X a lui aussi fait sa mue. Les films calibrés à la chaîne sur le porno du samedi soir sont morts dans les années 90. En ouvrant les vannes des tubes, la maison-mère de Brazzers et Pornhub a liquidé le gonzo et règne sur un désert de cendres. Plus personne ne paye pour de la saynète standardisée et chiée à la corde.

Du fantasme du couple à celui du client

Car le spectateur est devenu exigeant. Alors que le porno s’est toujours développé sur la même base - une nana ou un couple, un fantasme à réaliser au choix parmi une liste qui fait office de cahier des charges : une grosse dans le cul, plusieurs mecs, une autre nana, un grand black… La plupart du temps, poser un caméscope devant le couple qui copule fait l’affaire : il doit désormais raisonner de manière contraire et répondre non plus aux exigences de ceux qui tournent, mais de ceux qui payent pour mater. C’est l’essence du custom porn, aussi appelé Bespoke Porn. Et dans ce porno-là, tout est possible pour les fantasmeurs fortunés.

Un exemple vaut mille discours

Depuis que vous êtes petit, vous faites une fixette sur le film Alien. Vous rêvez de voir le monstre mettre une pétée à Sigourney Weaver et lui inséminer un de ses œufs gluants. Vous vous dites, un peu honteux, que vous êtes le seul à penser à des idées aussi saugrenues et que c’est impossible à réaliser. Et bien pas du tout. Des réalisateurs se feront un plaisir de vous mettre la main sur l’Ovipositor, un gode qui pond des œufs maculés de gélatine, un imposant costume de la bébête et une jolie brune au visage de caractère. Sur la base de votre propre script, ils se plieront en quatre pour vous livrer une vidéo qui correspond en tout point à vos desiderata.

Des films perso à 30 000 $ pièce

Nate est un routard du X. Dans le Guardian, ce cadreur qui assiste le réalisateur Mike Quasar explique que le custom porn est devenu la norme. « La majorité des villas de la porn valley sont utilisées pour tourner des films qui ne seront vus que par un seul spectateur. Dernièrement, un mec a voulu que j’achète un van pour que ma femme et un groupe de filles le conduisent pendant une semaine, en fumant des clopes et en urinant dedans. À la fin de la semaine, il a fallu amener le van dans le désert et le faire exploser. Le client nous avait envoyé des photos du type de camion qu’il voulait, je ne sais pas quel souvenir l’y attachait ». Semblant de rien, faire un film aussi barré a coûté un bras à celui qui l’a voulu : entre l’achat de la camionnette, les nanas sur une semaine, le permis pour l’explosion et un marshall pompier loué pour la journée, Nate et sa femme ont réclamé 30 000 $ que le client a payé rubis sur l’ongle. « Ce type de film à la commande est ce que je fais majoritairement désormais » conclut le vétéran-cadreur.

Un porno cathartique…

De leur coté, Dan et Rhiannon sont des pionniers du genre. Lui est ancien photographe de plateau et elle bossait dans un studio d’animation. Ensemble, ils ont créé Anatomik Media aussitôt qu’ils se sont aperçus du potentiel que représente le porno sur mesure. Tandis qu’il filme et monte, elle s’occupe du reste, dont la relation avec les clients aux pseudos évocateurs. « Towels Man nous a commissionnés pour une vidéo où deux femmes sont drapées dans des serviettes éponge. Elles ont des serviettes sur la tête aussi et la manière dont ces dernières tombent au bout d’un certain temps est très importante pour lui. Ça doit être accidentel » détaille Rhiannon, avant d'enchaîner sur celui qu’elle considère comme son client le plus bizarre : « Il se fait appeler Stamp Man et il vient de Norvège. Il a passé plus de 40 ans de sa vie à collectionner les timbres les plus rares et les plus chers. Il nous a envoyé ses albums et nous a demandé de filmer trois femmes en train de les détruire à coups de talon, puis de les brûler. Les filles étaient mal d’avoir à faire ça. Je devais vraiment les rassurer en leur disant que le client était très heureux de voir la vidéo d’elles en train de les détruire. C’était son plaisir. Ces timbres étaient toute sa vie, mais à un moment, il s’est rendu compte à quel point c’était devenu has been et que la communauté des philatélistes n’existait plus. Les brûler était une libération, mais il se sentait incapable de le faire lui-même ».

… et parfois sordide

Kym Jane est une autre productrice qui n’hésite pas, contrairement à Dan et Rhiannon, à se mettre en scène dans ses vidéos. Entre deux mouches qu’on lui a demandé  de chasser avec une tapette, elle explose des Bibles pour les besoins de ses clients. Autre différence notable avec le couple d’Anatomik Media : elle ne veut surtout pas savoir à qui ces vidéos sont destinées. Et pour cause : on a retrouvé ses photos blasphématrices sur l’ordinateur d’un prêtre italien, le père Gratien Alabi, qui venait d’assassiner une paroissienne avec laquelle il entretenait une relation. L’affaire remonte au 1er mai 2014. « C’est pourquoi que je ne veux pas savoir qui sont mes commanditaires » explique Kym au journaliste Jon Ronson venu l’interviewer. « Je ne veux pas savoir si ça leur fait du mal ou du bien. J’essaie de m’en foutre, mais cette histoire sordide me hante ». Écroué pour meurtre, le curé a pris 27 ans en 2016…

Ces cas de conscience, tous les producteurs de Bespoke y sont confrontés. Quand elle évoque le cas de Altus, Rhiannon, elle a les larmes aux yeux. « Il voulait qu’on filme une actrice assise les jambes croisées sur le sol qui explique face à une caméra que le suicide n’est pas une solution aux problèmes. Nous l’avons fait et lui avons envoyé la vidéo ». Depuis, elle caresse l’espoir de recevoir une réponse.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.