Mécanophilie, « car crushing », « pedal-revving » : plongée fascinée dans le petit monde des fétichismes automobiles

S’il est quelques bienfaits à accorder aux tubes pornographiques, c’est d’avoir démocratisé tout un tas de fétichismes alternatifs, faisant ainsi naître des communautés entières, jusque-là clandestines, dont les membres, en dépit de leurs origines géographiques, sociales et culturelles, peuvent enfin partager leurs fantasmes les plus secrets, les plus intimes et les plus particuliers. Et parmi ces fantasmes, il en est un qui occupe une place de choix : la mécanophilie et ses variantes. 

Il serait malhonnête de cataloguer directement les amateurs de ce genre de pratiques dans la catégorie des barjos aux délires déviants, comme il est réducteur et hypocrite de dépeindre n’importe quelle paraphilie en pathologie mentale (il n’y a pas de déviance, il n’y a que des préférences). D’autant que notre société, elle-même, est fétichiste de la bagnole. N’avons-nous pas un rapport ambigu à notre moyen de locomotion ? N’admirons-nous pas les voitures comme nous admirons les corps, comparant leurs lignes et leurs courbes ? Ne faisons-nous pas l’éloge du plaisir de conduire, ce « sentiment d’évasion », cette sensation de ne faire qu’un avec l’engin, la douceur du cuir du volant sous ses doigts, la chaude vibration fébrile du moteur qui n’attend que de s’exciter, sa complainte rauque qui se change en gémissement, puis en cri, lorsque la cadence s’emballe ? Mais je m’égare…

Les mécanophiles ne diffèrent finalement des amateurs d’automobiles lambda que dans la dimension sciemment sexuelle des rapports qu’ils entretiennent avec leurs égéries mécaniques. Mais outre les rêveurs qui se masturbent sur les carrosseries rutilantes de grosses allemandes et les ambitieux qui s’introduisent dans le pot d’échappement de leurs dulcinées d’acier, là où la mécanophilie fascine, c’est dans ses variantes, en ce qu’elles tendent à agréger d’autres paraphilies plus communes, pour des résultats souvent inattendus.

Edward Smith, un célèbre mécanophile.

C’est le cas du « pedal-pumping », « pedal-revving », ou plus simplement « revving », à la croisée entre le fétichisme des pieds et le fantasme pour les grosses cylindrées. Le postulat de départ est invariable : une jolie jeune femme, pieds nus ou chaussée de tout accessoire à même de mettre en valeur ses délicats arpions (tongs, sandales, escarpins à talon), monte en voiture. Ensuite, qu’elle aille acheter du pain, qu’elle tombe en panne ou, plus cochon encore, qu’elle s’embourbe, l’essentiel de la séquence se focalisera sur le va-et-vient de son pied sur la pédale, et le vrombissement du moteur en souffrance.

L’excitation réside alors dans la transposition : les allers et retours du pied évoquent un mouvement masturbatoire contre une allégorie phallique, la pédale de l’accélérateur. Par la magie du montage, et un sens du bricolage tout à fait rafraîchissant, certains réalisateurs vont même jusqu’à la transposition littérale, le pied massant directement un sexe jusqu’à la rupture du moteur, jusqu’à l’éjaculation. Quand je disais que le vrombissement avait quelque chose d’orgasmique…

Autre variante, plus extrême encore, le « car crushing », qui, par ambiguïté syntaxique, représente, en réalité, deux pratiques à ne pas confondre. D’abord, le « crushing » de petites voitures. Comme toutes les disciplines de « crushing », il s’agit d’une paraphilie entre macrophilie (l’excitation sexuelle envers les personnes géantes) et fétichisme des pieds (encore lui), où l’on prend plaisir à observer un individu, généralement une jolie femme, écraser sous ses pieds différents objets, selon les préférences particulières des spectateurs : des miniatures souvent, des parties génitales pour les masochistes, et malheureusement des animaux pour certains sadiques.

L’autre « car crushing », vous l’aurez compris, consiste à éprouver du plaisir en voyant, cette fois-ci, une voiture écraser des trucs, voire à ressentir de l’excitation sexuelle à l’idée de se faire rouler dessus. Ce jeu sexuel est alors très proche des mises en scène BDSM, la voiture devenant l’accessoire de domination absolue, symbole de dureté, de lourdeur et de puissance. 

Si les plus frileux se complaisent dans le simple plaisir de voir, les amateurs les plus hardcores franchissent le pas pour se glisser volontairement, mais non sans précaution, sous les pneus de la toute-puissante auto. À demi-enterré, les jambes sous une plaque rigide, pour que jamais les deux roues de la voiture ne lui pèsent dessus simultanément, le candidat à cette séance de soumission extrême se fera en outre rouler dessus à plusieurs reprises, en marche avant comme en marche arrière. Il pourra aussi se retrouver coincé sous la voiture, pendant que sa maîtresse l’humiliera en le piétinant pour tester sa résistance.

Si vous étiez tentés par ce genre d’expériences, nous ne saurions trop vous conseiller de prendre, vous-même, d’immenses précautions, tant les risques sont élevés. Il serait fort dommage d’augmenter les statistiques de la mortalité routière, la bite à l’air, sous les pneus d’un camion de chantier (gourmand, va !). 40 millions d’automobilistes serait bien embêté.

Bien que marginal, le succès des fétichismes automobiles n’est, pour autant, pas anecdotique au regard du nombre de vidéos sur le sujet et du nombre de vues qu’elles génèrent, tant sur les tubes pornos que sur les plateformes tout public. Car oui, comme tous les fétichismes, ces derniers ne s’expriment pas nécessairement à travers des représentations pornographiques.

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.