Croate et anale acrobate

Incontournable, Draghixa a laissé une empreinte indélébile sur le porno des années quatre-vingt-dix. Durant sa courte carrière de deux ans, elle aura suivi le modèle de ses aînées, tout en les revisitant et en les surpassant.

Toujours tourner sept fois sa langue dans la bouche des autres.

1973, une année qui nous a encore bien réussi. Rappelez-vous ! Déjà, premier choc pétrolier et hop ! Les prix aux pompes s’envolent. Salvator Allende et les deux Pablo [Neruda et Picasso] disparaissent. Comme quoi, la loi des séries n’épargne ni les politiques, ni l’art ou la littérature. Mais au milieu de tout ce bazar, enfin une bonne nouvelle, car voici qu’à Split, jolie petite bourgade de Croatie, naît Dragica Jovanović, plus connue par chez nous en tant que Draghixa Laurent ou plus sobrement Draghixa.

Professionnellement, elle souhaite s’orienter vers une formation de coiffeuse. Mais heureusement pour nous, ça la mène directement droit dans un mur et, c’est à partir de ce moment-là, au vu de la gaule qu’elle est capable de déclencher chez tous les mâles sur une portée de cent mètres aux alentours, elle décide, sur les conseils de l’acteur Éric Weiss, de se lancer dans l’industrie pour adultes.

À force de faire ses courses chez Bois & Chiffons, on finit chez Cuirs & Latex !

Elle va donc rencontrer un réalisateur très présent sur la scène française, depuis les années soixante-dix : Michel Ricaud. On doit quand même à ce Monsieur X quelques très bons films tels que Du boudoir au trottoir, filles de passes ou le beaucoup moins connu La star déchue, un bon petit film sadomaso bien hardcore, tourné dans un pavillon de banlieue où la soumise qui déguste est interprétée par Carolle Trédille, accessoirement, Miss France 1985.

Le petit trou s’éclate en Allemagne !

Le brave homme va donc lui donner sa chance dans Offertes à tout no 3 où, aux côtés de Béatrice Valle et Christopher Clark et déguisée en soubrette, elle fera pour la première fois la démonstration qu’elle est aussi douée à l’oral qu’en vaginal. Le film remportera d’ailleurs un certain succès.

Cours de cuisine premier niveau, toujours bien dégorger les poireaux.

Dès lors, les portes des studios vont s’ouvrir à elle. Draghixa, elle, va s’ouvrir à tout le monde et de partout. Oui, car l’Europe est son royaume et la jeune princesse fonce, tête baissée, tourner en Italie et en Allemagne. Elle y rencontrera Mario Salieri, Luca Damiano ou Harry S. Morgan. Tant de grands noms réunis sur son CV, que c’est beau. Rien ne l’arrête, la petite croate se déchaîne sur les tournages, enchaînant les rôles, de la teenager comme dans Teeny Exzesse 28 – Zarte Schlüpfer : Junge Teenys geben Gas, aux scènes hardcore avec de la vieille et de la vraie comme aux côtés d’Olga et de ses énormes mamelles, dans Old Ladies Extreme : Omi ist die schärfste. Films d’une poésie pure, où fist se conjugue au plus-que-parfait.

Un chibre, une vulve, un fion, trois raisons de s’envoyer en l’air.

Un aller-retour de quelques temps aux États-Unis et pas pour briguer un rôle de starlette dans une sitcom aux rires préenregistrés. Non. Directement dans le dur, le vrai, le gonzo, comme dans Shane’s Ultimate Fantasy, où elle découvre les joies du bondage et du light SM. Retour en France, un bon film sinon rien : Le parfum de Mathilde et hop ! Un hot d’Or de la meilleure actrice européenne ! Comme quoi… Cocorico !

Une bonne double, sinon rien.

Incursion en sol mineur

Mais, malheureusement pour nous, toutes les bonnes choses ont une fin. Le développement des rapports non protégés dans les tournages et une peur bleue des maladies sexuellement transmissibles [notamment du Sida] donne envie à la belle croate de mettre fin à sa carrière. Elle s’éloigne ainsi du monde du X et prend une retraite plus qu’anticipée à l’âge de 22 ans.

Enculée ! Dilatée ! Ne vous retirez plus jamais !

Mais ce n’est pas pour autant qu’elle quitte définitivement les sunlights car elle se tourne vers le monde musical. Elle apparaîtra dans quelques clips vidéos dont le censuré Cours vite de Silmarils [mélange de rock et de rap] où elle accompagne Julia Channel et Zabou, ou dans You are my high de Demon vs Heartbreaker [groupe de house music] où elle roule une pelle endiablée, en un plan plus que rapproché, pendant plus de deux minutes.

Quand on se couche avec le cul qui gratte… [Vieux dicton chinois].

Elle s’essaiera, elle aussi, à la musique en chantant sur Did You Test de Lapsus [groupe de rock alternatif] et sortira en 1996, sous son nom d’actrice, un 45 tours [ah, le doux craquement du vinyle, toute ma jeunesse] : Dream, sous-titré : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » ce à quoi, en matant la pochette, je répondrais que niveau pénétration : « Oui… moi aussi. »

Cécile Saint Laurent

À propos de Cécile Saint Laurent

Ancienne actrice de X des années 80, reconvertie dans le journalisme et éditrice de sites Internet X. Sous pseudonyme dans un souci de discrétion, mais toujours bien informée des dessous du milieu.