La folie controversée des twinks

Ils sont jeunes, minces, souvent imberbes et frôlent avec ambiguïté la majorité. Les « twinks », proches des « minets », voient leur succès grandir au fil du temps. Populaires il y a quelques années dans les films de Cadinot, voici leur grand retour, teinté cette fois d’une controverse cohérente à notre actualité.

Les réalisateurs le savent, les twinks font parler d’eux. Leur aspect angélique mis en situation dans des salissures sexuelles plaît de plus en plus au public pornographique. Les labels se spécialisant dans cette thématique fleurissent et se portent toujours bien malgré la hausse de la concurrence. Pour les mettre en scène, il y a souvent plusieurs schémas récurrents. Tout d’abord, les deux twinks mis en ensemble, scénario que l’on retrouve chez l’un des labels twink majeur, FrenchTwinks. En effet, celui-ci est l’un des principaux qui met en scène ces jeunes hommes. Le deuxième cas habituel est le twink avec son daddy. Le décalage d’âge est souvent accentué par le cadre de l’histoire. Le père du meilleur ami se tapant le jeune, le professeur et l’élève, il y a toujours un rapport avec l’autorité ou l’image paternelle. Enfin, le dernier cas que l’on trouve souvent est le petit twink souillé par plein de mauvais garçons. On ne vous fait pas un dessin, on y mêle souvent du fetish et du violent. Car le twink, en général, n’est pas discret, mais la définition ne dit pas si c’est un critère obligé.

Attention cependant, ceci n’est pas non plus un phénomène qui a conquis le monde. La route reste longue pour les jeunes éphèbes jouant avec les limites des 18 ans. Leur succès est principalement européen. La catégorie a d’ailleurs été fortement récompensée au Prawler Porn Awards à Londres, le 17 mai dernier. Outre le fait qu’une catégorie ait été créée pour récompenser le meilleurs twink, on observe que la majorité des gagnants en ont le profil. Nous rappellerons au passage la victoire en tant que « meilleur twink européen » de Paul Delay, étoile montante française dans le porno. Mais à côté de ce succès une autre vague de contestations se lève. Beaucoup jugent dérangeant ce fantasme du jeune ayant l’apparence d’un adolescent. Le magazine Vice en a même fait son titre afin de parler de la « souffrance que ce corps archétypal a enduré et toute celle qu’il perpétue ». Cela fait suite au New York Times expliquant que l’on entrait dans « une nouvelle ère du twink ».

Forcément, la première attaque cible la banalisation de la pédophilie, ou tout du moins son encouragement. Évidemment, dans toute production sérieuse, les modèles et acteurs ont obligatoirement la majorité légale. Pour tout ce qui est porno amateur, en revanche, il est difficile d’en attester, d’où la deuxième attaque sur ce manque de contrôle, notamment sur Internet. Autre critique que le magazine met en avant, la catégorisation réductrice des gens sur certaines applications de rencontre. Par exemple, Grindr demande aux utilisateurs s’ils sont plutôt daddy, ou twink. Chose qui passe mal étant donné le caractère simpliste. Tout le monde ne se retrouve d’autant pas dans ces catégories. Du fait que ces jeunes hommes soient imberbes et efféminés, on retrouve sur certains forums, notamment fournis en jeunes, des attaques crues sur l’image des homosexuels dans la société. Un jeune gay ne doit pas forcément être le cliché, mais aussi un homme qui assume ses poils, sa voix grave, a l’attitude masculine. Il faut bien préciser là le problème. Les jeunes ne sont pas ceux qui sont les plus fans de cette catégorie. C’est plutôt un public âgé, voire très âgé, qui va raffoler de ces petits minets.

Ainsi on note un débat grandissant sur cette mode, elle aussi en essor. Rappelons seulement que cette catégorie a toujours existé, dans une certaine mesure. Le réalisateur Jean-Daniel Cadinot était le spécialiste de ces films avec des jeunes, dans des scènes parfois très audacieuses, les faisant régulièrement sous-entendre tout juste majeurs. Mais à l’époque, cela ne gênait visiblement personne. Serait-ce alors une suite cohérente au #balancetonporc, #metoo ? Bientôt un #notwinks ?

Mickael Cock

À propos de Mickael Cock

Michael Cock est journaliste et archiviste : il suit l'actualité et l'évolution de la communauté gay depuis plus de 20 ans. Militant de santé sexuelle, les nombreuses confidences qu'il a recueillies lui permettent de relativiser sur les sexualités. De formation scientifique et théâtrale, il décrypte avec humour et logique l'inconscient sexuel de tous les sujets trop sérieux. Il contribue régulièrement pour Garçon Magazine.