Joss Lescaf : « Chez Blacked, j’ai ma manucure et mes costards sur mesure »

Plus discret que Manu « Twitch » Ferrara, Joss Lescaf n’en est pas moins le dernier performeur français à s’être exporté outre-Atlantique et pas chez n’importe qui : le Blacked du phénomène Greg Lansky. Outre une personnalité et un parcours qui sortent de l’ordinaire. Joss a une teub de 27 cm. Ca penche dans la balance. Entretien avec le casse-cou du porn.

LVDX : T’as un emploi du temps de ministre, t’es dur à joindre…

Joss Lescaf : En ce moment, je suis en pleine session tournage, je n’arrête pas. Je rentre de Budapest et je viens de finir une série de scènes pour Jacquie et Michel avec Mat Hadix et Oliver Sweet au cadre. Quand je rentre en France, c’est pour bosser avec les amis, Mat sur le JMTV et Kris Bakelit pour les films Elite. L’ambiance chez Kris est paisible et Oliver a tout du gonzoman américain tout terrain. C’est pour ça que j’aime bosser avec eux, ça se rapproche le plus de ce que je fais aux Etats-Unis.

Reprenons dans l’ordre. Ton blaze d’acteur est Joss Lescaf car dans le civil, tu es aussi scaphandrier. Ton parcours sort de l’ordinaire, peux-tu revenir dessus ?

J’ai commencé comme stripteaser au tout début des années 2000. Puis je me suis lassé et j’ai voulu me lancer dans le porno. J’ai un bon copain qui connaissait Pascal Giraudeau, le patron du magazine Interconnexion, et ce dernier m’a emmené sur un tournage en me présentant comme le gagnant d’un concours qu’il avait organisé. Il y avait Yasmine et Mike Angelo qui tournaient une scène, j’ai sorti ma queue pour une photo et quand il a vu ça, ça l’a convaincu de m’engager sur un film qu’il tournait au Cap d’Agde. Le film n’a jamais marché, mais genre deux mois après, je reçois un coup de fil d’un réalisateur de Devil’s Films. Je ne sais même pas comment il a appris mon existence ! La première question qu’il m’a posée c’est si j’étais bien noir, voire très noir et dans la foulée, je me suis envolé pour Saint-Petersbourg. Encore maintenant, je ne sais vraiment pas pourquoi ils ont entendu parler de moi. Entretemps, je m’étais engagé dans l’armée. Quand je suis arrivé au Bureau de Réorientation, je leur ai dit que je voulais faire de la soudure pétrolière. J’ai passé mes niveaux de plongée et j’ai enchaîné sur une formation de scaphandrier. Mon premier taf a été un chantier dans les égouts de Paris pour faire passer la fibre optique, après j’ai fait beaucoup d’offshore pétrolier, au Brésil, en Mer du Nord… Je faisais ça toute la semaine, le vendredi soir, j’allais faire du gogo ou du strip et le weekend, une ou deux scènes porno. Maintenant, j’ai une famille. Je continue mon taf de scaphandrier mais à un rythme moins soutenu. Je fais parler les 17 ans de métier.

Depuis quelques temps, c’est la teuf : tu pistonnes les plus belles pornstars du monde pour Blacked.

Greg Lansky, il a tout compris. Il me connaissait mieux que moi-même quand j’ai commencé à tourner pour lui. Il savait qu’elles étaient les positions où je serais le plus à l’aise. Il m’a bien étudié avant de me faire travailler. Quand je vais à Los Angeles, en moyenne, je reste un mois et demi. J’ai ma garde-robe qui m’attend, un chauffeur à l’aéroport. On me fait les ongles, les cheveux, les costards sur mesure. Dans la chambre, ils me servent le genre de bouffe que j’apprécie sans que j’aie à demander. J’ai vu une fille prendre 4500 dollars la scène. Par rapport à l’Europe, on est dans un autre monde. Sur le plateau, l’ambiance est feutrée, les mecs communiquent par oreillette. Il y a de l’adhésif sur les marques et les réglages des caméras pour ne pas qu’on puisse voler leur qualité d’image.

C’est ce souci du détail qui fait la différence ?

Complètement. Tout est calibré, millimétré, c’est extraordinaire.  J’ai été contacté pour bosser chez Dogfart ou Brazzers mais c’est un non-sens d’aller bosser chez eux, je suis déjà chez les meilleurs. Et si on te donne le meilleur, tu fais tout pour le rendre, d’autant qu’ils ne vont pas se contenter d’une scène moyenne. Si le réalisateur voit que ça ne va pas, il stoppe tout. Quand ça sort du scénario ou que ça rigole un peu trop, on se fait reprendre. Il faut accepter d’être téléguidé, c’est pour ça que c’est compliqué. Il faut mettre de l’intensité dans la scène et en même temps rester attentif. Je connais beaucoup de gars qui sont de très bons hardeurs, mais là-bas, ce serait une catastrophe.

Tu parles pour bander ?

Ah non, non, aujourd’hui, avec tous les produits qu’il y a sur le marché… Il y a de moins en moins de tabous. Avant, les mecs se cachaient pour se piquer, désormais, tu vois des seringues traîner… Les gars marchent avec la bite droite alors qu’il n’y a rien qui se passe ! Je ne juge pas, d’autant que j’ai déjà testé, mais il faut juste que certains restent humbles, c’est tout.

Greg Lansky est présent sur chaque tournage ?

Non, ça dépend. Il était à Mykonos pour un shoot de ses équipes en Europe. A ce moment-là, c’est lui qui dirige, détermine les angles et retravaille le script, mais sinon il délègue.

Tu bosses en Europe de l’Est aussi, comment ça se passe ?

Quand je vais à Budapest, par exemple, je prends mon van, mes locations et je leur dis que je suis là. Je ne m’inscris pas en agence, c’est inutile : il essaie de me brancher sur des contacts que j’ai déjà.

Donc c’est facile de bosser à Budapest en contournant le système ?

Complètement. Moi, je suis toujours choqué de voir des filles qui s’inscrivent en agence, alors que ces dernières ne sont pas honnêtes, à mon sens. Ce sont toutes des anguilles. En plus, si une fille ne veut pas faire d’anal, elles vont la mettre sur le carreau en prétextant que c’est la raison pour laquelle elle ne tourne pas. Pour moi, bosser sans agence était une évidence dès que j’ai commencé. Le marché black ne les a jamais intéressées et elles m’ont toujours laissé me démerder pour les billets d’avion et l’hôtel. En plus, avec tout ce qu’il y a comme moyens de communication, une fille peut bosser sans. Avec Anissa Kate par exemple, on se retrouvait à Budapest et on coupait tous les frais en deux en prenant le même appartement. Après, pour les Etats-Unis, c’est différent. Le problème des Françaises est qu’elles ne parlent pas anglais. Moi, j’ai ma propre société, j’y vais comme entrepreneur et pas comme quelqu’un qui va leur prendre du boulot. Quand on me contrôle à la Douane, j’ai un livret maritime, un taf et je suis scaphandrier… En résumé, ce n’est pas à la portée de tout le monde si tu n’es pas appuyé ou au moins renseigné.

Tu as encore cette impression d’être cantonné au « black de service » ?

Plus directement, mais je vois au niveau des nominations aux Xbiz Europe que certains acteurs blacks comme Antonio Black, Tony Roccaforte auraient largement eu leur place. Y a pas énormément de boîtes qui prennent des blacks, c’est l’Europe. Dans les scénarios de Blacked, Greg a cassé certains codes : c’est moi qui ai le pognon et la grosse villa. Après oui, j’ai rarement l’occasion de travailler avec une autre actrice noire par exemple. Un jour on m’a dit : « noir-noire », ça ne se vend pas ». Certaines réalités restent. Faut dire que des actrices noires, il y en a une qui passe tous les cinq ans et on ne lui propose rien d’intéressant : comment donc savoir si ça se vend ?

On entend beaucoup de trucs sur Legal Porn, ce serait trop extrême, sur les sets, on y chopperait des saloperies, comment décris-tu réellement ce studio, toi qui bosses parfois pour eux ?

C’est injuste. Je peux te dire que tous les lundis matins, chaque semaine, c’est « tests pour tout le monde ». C’est la production qui paye et à Prague, ça va vite. Je pense que Legal a dérangé beaucoup de monde car ça a connu un succès rapide et que ça venait un peu de nulle part. Personne ne savait qui était derrière  et comme de nombreux acteurs du web, il a fallu jouer des coudes pour s’imposer. Au début, Brazzers, c’était pareil.

Sur le set, c’est très speed, 30 à 35 minutes d’une seule traite. Dès qu’une fille dit stop, tout s’arrête. Après, il y a plein de filles qui n’arrivent pas à se préparer. Idem quand elle est censée donner ses recommandations, mais qu’elle arrive et ne dit rien. Je n’arrive même pas à comprendre qu’il puisse y avoir des polémiques car c’est super carré.

Et donc toi aussi, il t’arrive de faire la petite commission sur la tête d’une jeune femme…

Je fais de l’uro quand je vais chez eux, ça ne m’ennuie pas. L’important est que ça soit consenti et volontaire. J’appelle ça de la performance qui plaît à un certain public. Et puis il faut voir à quel point c’est dilué : on boit des litres d’eau avant. Non, ce qui est particulier et parfois perturbant, c’est qu’il y a beaucoup de bites autour de moi et dans le champ de la caméra. Elles se touchent, elles se frôlent. Les acteurs sont groupés sur les actrices. J’avoue que ce n’est pas ce que je préfère, mais il y a un vrai boulot d’équipe et techniquement, c’est de haute volée.

On dit souvent que les Américaines ne sont pas très « cul » et ne pensent qu’à la perf et à l’argent, est-ce vrai ?

Je ne trouve pas. Les ricaines sont plus expressives. Elles ont un conditionnement mental. Elles vont discuter de tout avant mais une fois dans la scène, c’est juste enjoy. On pense qu’elles sont en contrôle, que c’est calibré, mais elles savent vraiment se lâcher. Ailleurs, je ne sais pas, mais moi, j’ai eu des tournages mémorables. Elles le font vraiment par plaisir. Les filles de l’Est sont plus dans la performance. On sent qu’elles sont dures au mal, les Russes surtout. Quand j’étais chez Nathan Blake en Belgique, j’ai vu arriver une débutante russe qui avait enchaîné 15 jours en anal. Elle ne prenait pas de plaisir, c’est clair. Et si tu ne leur dis pas de poser les mains sur le gars, elles ne vont pas le faire, c’est certain. Les Américaines sont loin d’avoir un physique aussi pointu que les nouvelles qui arrivent de l’Est, mais il y a une sensualité qui se dégage, ce sont des femmes.

Est-ce que chez Blacked, les filles sont surpayées pour avoir la primeur d’une scène anale par exemple ?

A une époque, peut-être que les filles venaient chez Greg car il les payait très bien pour avoir leur première fois. Aujourd’hui, la fille sait qu’elle va avoir une exposition et une qualité de produit qui est équivalente à glaner un award, ce qui est très important comme reconnaissance aux Etats-Unis.

On dit aussi que chez les ricains, c’est moins hard.

Ils cherchent autre chose. Ils ont dépassé le cap des acrobaties qu’on voit partout en Europe. Ils espèrent voir une fusion aussi réelle que possible entre l’acteur et l’actrice. Il cherche de la passion, de la sensualité, une espèce de communion. Pour moi, avec Brandi Love, ça a été un feeling de fou.

Quelles sont tes actrices favorites ?

C’est une histoire de feeling. J’ai adoré travailler avec Brandi Love, Riley Reid, Gia Paige et Kendra Sutherland. Je suis très lié avec Anissa Kate que je connais depuis dix ans. En France, j’aime bien Emma Klein, Julie Holly et Mya Lorenn, entre autres.

Penses-tu que la plupart des actrices abordent le X de manière pertinente ?

Quand une actrice est sur Facebook ou Instagram, c’est qu’il y a un problème, un manque de cohérence. Je ne peux pas la prendre au sérieux : ce sont les deux supports les moins adaptés au porno avec la nudité qui y est interdite. Il y a tellement à faire en terme de promo, d’auto-business qu’il n’y a presque plus besoin de travailler pour les prods aujourd’hui. Si tu le fais, c’est pour avoir une plus grande visibilité. En tout cas, tout le monde peut faire son business sans avoir à attendre le prochain tournage.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.