Le Poppers : faut-il en avoir peur ?

Simple à utiliser, pas cher et légal, le poppers présente tous les avantages de l’aphrodisiaque idéal. Ses effets sont fugaces mais efficaces : ce liquide magique désinhibe presque instantanément, procure une euphorie et détend les muscles. Mais est-il vraiment sans danger ?

Le poppers, qu’est-ce c’est ?

Cet aphrodisiaque bon marché (7 à 12 euros le flacon) s’achète en sex shops et sur Internet. Conditionné dans de petits flacons de 10 à 24 ml, ces préparations liquides dont on inhale les vapeurs se composent de nitrites d’alkyle aliphatiques ou cycliques (amyle, butyle, propyle, pentyle). L’usage officiellement recommandé est le suivant : on ouvre la petite fiole, et on laisse le produit s’évaporer. Ça, c’est ce qui est mentionné sur l’étiquette. En réalité, le liquide jaunâtre à l’odeur d’acétone se sniffe directement au goulot, pour en optimiser les effets ! Et là, attention, c’est la montée flash éclair vers les sommets de l’excitation… pour une durée ne dépassant pas deux minutes !

On l’achète où ?

En sex-shops, et sur de nombreux sites spécialisés. Les petites fioles colorées se trouvent sous de très nombreuses déclinaisons : Rush, Jungle Juice, Liquid Burning, Spunk, Man Scent, Sexline…

Origine du poppers

Dans la deuxième moitié du 19e siècle, des préparations médicamenteuses à base de nitrite d’amyle, destinées aux cardiaques, traitaient l’angine de poitrine. Elles se présentaient sous la forme d’ampoules qui s’ouvraient en faisant un « pop » caractéristique, qui donna son nom au produit.

Le nitrite d’amyle sera utilisé en médecine jusqu’aux années 1950, pour les patients souffrant de spasmes coronariens. Vinrent ensuite les nitrites de butyle, d’isobutyle et de propyle. Tous ces nitrites possèdent des effets vasodilatateurs, qui augmentent la pression dans la boîte crânienne. C’est ce qui procure cette sensation euphorique de « montée» fulgurante ! Puis ces nitrites sont remplacés, en cardiologie, par la trinitrine. Dans les années 1970, on constate les premiers détournements « récréatifs » du produit. Les laboratoires écoulent leurs stocks en fournissant en poppers les soldats américains partis combattre au Vietnam. Les petites fioles brunes, encore en usage aujourd’hui, remplacent alors les ampoules.

De la cardio… au sexe

55a0006e718c8_poppers 1La FDA (Food and Drugs Administration) américaine en autorise la mise sur le marché et la vente libre. Le poppers devient la substance populaire que l’on connaît, qui vous fait « décoller » jusqu’à lever toutes vos inhibitions. Le poppers est utilisé dans un contexte festif pour la simple sensation d’euphorie qu’il procure. Il peut provoquer un rire irrépressible. Certains jeunes ne se privent pas d’en abuser, dans les raves parties par exemple.

Voilà donc plus de trente ans que le poppers se vend. Chez les 18-25 ans, le poppers est la substance la plus expérimentée : 11,7 % d’entre eux en ont fait usage au moins une fois (source : Beck F., Richard J.-B., Guignard R., Le Nézet O. et Spilka S., Les niveaux d’usage des drogues en France en 2014, exploitation des données du Baromètre santé 2014).

Mais l’usage le plus intéressant du produit concerne son association avec le sexe. Le milieu homosexuel a rapidement découvert les effets du produit. En plus d’être vasodilatateur et relaxant, le poppers lève tous les interdits, décuple les sensations orgasmiques et jouit même d’une solide réputation de dilatateur anal ! Justifiée ? On pourrait le croire, puisque les gays l’utilisent fréquemment pour une sodo ou un fist. Mais pour être relaxant, il n’est pas myorelaxant pour autant ! Vous me direz que quand on a déjà très envie d’offrir à son partenaire une plongée dans ses profondeurs, c’est d’autant plus facile si toutes les résistances psychiques ont cédé, et donc que l’on se détend… Certains gays avouent d’ailleurs que le poppers constitue souvent le troisième partenaire d’un plan cul. Mais ils sont loin d’être les seuls. Aujourd’hui, l’usage de la fiole concerne toutes les sexualités. Vos voisins aux airs coincés l’utilisent aussi. Et même votre meilleure copine, votre cousine de Bourg en Bresse, et vos plus proches collègues de boulot. Certaines femmes ne conçoivent pas de se faire sodomiser sans poppers… Mais il est bien difficile de s’en rendre compte. Contrairement à beaucoup d’autres substances, l’usage du poppers est indétectable. Pas de pupilles dilatées ou de perte de poids, pas de paranoïa ni de teint blafard. Si l’effet est fulgurant, il ne laisse aucune trace dans l’organisme.

 

Pierre Des Esseintes

À propos de Pierre Des Esseintes

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.