Le porno gay est-il raciste ?

Si l’on taxe souvent le porno hétéro de misogyne, la grande plaie du porno gay est d’être pour sa part régulièrement qualifié de raciste. Exagération ou triste réalité ? Les producteurs blancs, tous à la tête des gros labels, seraient-ils moins ouverts d’esprit qu’on ne le pense ?

L’absence

N’importe quel consommateur régulier de porno gay le sait : il y a beaucoup moins de modèles blacks ou asiatiques que de modèles blancs. Il suffit de faire le tour de tous les gros studios américains pour constater qu’on compte en général un performer de couleur contre 20 ou 30 minets boys next door. Certains producteurs se cacheront derrière l’odieux prétexte qu’ils ne font pas de porno « inter-racial ». Comme si proposer des scènes plus « métissées » renvoyait systématiquement vers un marché de niche. Chacun est donc invité à rester dans son coin : les petits minets forniquent entre eux ou avec des daddies BCBG et on place les blacks dans des vidéos plus cheap, plus « wild » en labellisant le tout de porn ethnique. Il y a de quoi bondir…

Une question de « préférence » ?

gay asian porn

2 sites américains se sont penchés sur la question, Gay Star News et Vocativ, témoignages à l’appui. On y apprend, de la bouche de grands noms du X gay comme Steve Cruze (directeur de Raging Stallion) et Mr. Pam (réalisatrice culte pour Naked Sword) que la raison principale pour laquelle les acteurs pornos de couleur sont plus rares s’expliquerait tout simplement par le fait qu’un bon nombre de garçons demanderaient à ne pas coucher avec des noirs par exemple ! Plus ils viendraient de bourgades isolées et plus les porno boys  feraient entendre qu’ils ne tiennent pas partager leur scène avec des blacks car ils ne correspondraient pas à « leur type de mec ». Cette excuse est revenue plusieurs fois ces derniers mois et à chaque fois c’est le même refrain : les garçons disent ne pas vouloir faire « de l’inter-racial », qu’ils ne sont pas racistes, qu’il s’agit juste d’une préférence sexuelle. Quand on entend ça de façon brute la première fois, on peut à la rigueur se dire « pourquoi pas après tout ? ». C’est d’ailleurs ce que se disent lâchement 90 % des producteurs et réalisateurs qui décident de se plier aux caprices de leurs modèles, choisissant de ne pas les troubler et de les laisser « s’éclater entre blancs », tranquillement.  Mais quelqu’un qui clame haut et fort ne pas vouloir coucher avec toute une race ou une partie de la population n’a-t-il pas un souci ? Est-ce qu’implicitement cela ne revient pas à dire que tous les blacks ou les asiats sont pareils ? Ne serait-on pas choqués si un black déclarait qu’il ne souhaite baiser avec aucun blanc ?

L’industrie a toujours préféré la politique de l’Autruche et c’est bien dommage. On acquiesce, on fait comme si de rien n’était, on martèle que c’est du porno, que ce n’est pas sérieux, que ce n’est pas sur ce terrain qu’il faut venir parler de ces questions-là… Langue de bois, en somme.

Des fantasmes, des clichés

gay black model

Quand elles déferlent sur nos écrans, les minorités se voient empesées de nombreux clichés. Les blacks sont ainsi dans 80 % des cas mis en scène comme des bêtes de sexe, des sauvageons actifs au sexe « monstrueux ». Le fameux mythe de la grosse teub noire continue de faire vendre et dans la pornosphère, l’amant noir est forcément un étalon actif qui va « exploser » des petits blancs. A l’inverse, les asiatiques doivent composer avec une représentation de minets passifs et soumis. Même refrain chez les rebeus de Citebeur, éternellement actifs, bourrins et dominateurs. Le réalisateur de ce dernier label m’expliquait récemment au détour d’une conversation qu’il n’y avait là rien de volontaire, que ses modèles étaient hétéros et donc qu’ils ne voulaient pas se faire prendre, et que quand l’un des modèles se révélait versatile, les mecs se plaignaient s’il avait le malheur d’être un peu poilu car ils préféraient tourner avec des passifs plus « lisses », plus « féminins ».

Le porno est le territoire du fantasme, là où les vices sont comblés et où les clichés excitent toujours plus que les messages de tolérance ou de diversité. On ne touche pas si facilement aux caricatures, elles sont rassurantes et par extension bandantes… Ainsi les « renois » du label Flava jouent à longueur de vidéos aux « gangstas » et les jeunes arabes sexy de Citebeur « défoncent » des petits français dans des caves. Ce n’est pas réaliste ? Ca empêche de faire avancer les représentations ? Le client semble s’en accoutumer voire, d’après les labels, en redemander.

Quand ça va trop loin…

Le sujet est sensible et dans le X tout le monde n’est pas toujours subtil. Ce qui peut donner lieu à de sérieux débordements. En témoigne le label (qui a « heureusement » cessé de sévir depuis 2012) Thug Hunter dans lequel des mecs blancs accostaient dans la rue des hommes noirs pour les amener à se soumettre à eux et les sucer contre de l’argent (une sorte de version « ethnique » de Czech Hunter avec des commentaires franchement borderline). Régulièrement, les productions pornos jouent aussi de façon peu glorieuse avec les références historiques. Ce fut le cas de la très polémique parodie porno de 12 years a slave mise en chantier par le label Eurocreme : 12 inches a slave… Adeptes du bon goût s’abstenir…

12-inches-slave

Il semblerait que les Etats-Unis n’aient pas tout à fait réglé ces questions et cela transparaît dans leur production porno, où la thématique de la domination-soumission est abordée de façon maladroite. Peut-on jouer du fantasme « maître-esclave » de la même façon entre deux modèles blancs ou un duo black et blanc ? La question reste épineuse, les plaies d’un passé pas si lointain ne sont pas encore bien cicatrisées.

Un gros coup de pied au cul est nécessaire !

Pour en finir avec le malaise, les clichés et les débordements, il serait temps que chacun y mette un peu du sien. Aller pour une fois à l’encontre de ce que le public attend, bousculer les codes. Plus de modèles blacks et asiatiques dans les productions mainstream, versatiles idéalement. Plus de jeu tout simplement et moins de premier degré. Des représentations moins figées feraient du bien à tout le monde mais hélas ce n’est sans doute pas pour tout de suite : le porno gay, et le porno tout court d’ailleurs, n’est pas connu pour chercher à être un exemple, pour innover. Il a au contraire plus tendance à suivre les modes et se reposer sur ses acquis. Tant qu’un label n’aura pas fait fortune en cassant les standards, prouvant alors que le public est moins prévisible qu’il n’en a l’air, chacun restera dans sa case, ne sera qu’un « trip », une « niche » à défaut d’être un partenaire banal comme peuvent désormais se revendiquer être les minets, daddies et autres butchs.

Mickael Cock

À propos de Mickael Cock

Michael Cock est journaliste et archiviste : il suit l'actualité et l'évolution de la communauté gay depuis plus de 20 ans. Militant de santé sexuelle, les nombreuses confidences qu'il a recueillies lui permettent de relativiser sur les sexualités. De formation scientifique et théâtrale, il décrypte avec humour et logique l'inconscient sexuel de tous les sujets trop sérieux. Il contribue régulièrement pour Garçon Magazine.