Les business parallèles des pornstars

Villa de rêve à Palm Springs, fiesta à Las Vegas, vacances sur la Riviera, voyage autour du monde, Paris, Prague, Los Angeles, les pornstars mènent la grande vie. C’est en tout cas ce que prétendent les milliers de publications que les icônes du X-business partagent sur leurs différents réseaux sociaux. La réalité est toutefois moins glamour, car derrière chaque vol pour une destination paradisiaque se cache généralement un billet low-cost, derrière chaque apparition publique en salon, un petit co-voiturage entre collègues, derrière chaque décor prestigieux, un arrangement à l’amiable avec un propriétaire polisson. Le porno est passé maître dans l’art de faire passer des vessies pour des lanternes, du Château-la-Pompe pour du Dom Perignon. Ne la jouons pas Oliver Twist non plus, les pornstars s’en sortent bien, notamment grâce à tout un tas de petits business réduisant la dichotomie entre leur mode de vie présumé et leur situation réelle.

Il faut dire que si le X-business est lucratif (le taux horaire en vigueur est quand même largement supérieur à celui pratiqué dans d’autres secteurs d’activités beaucoup moins sexy), il n’en est pas moins contraignant. Sur-exposition médiatique, impossibilité de contrôler son image à cause du piratage et des canaux de diffusions mondialisés, dépendance aux studios de production et lassitude du public, le marché du simple film porno est un panier dans lequel il est risqué de mettre tous ses œufs. Pour mettre du beurre dans les épinards et s’affranchir du bon-vouloir des producteurs, les hardeurs et les hardeuses appliquent alors une stratégie économique ancestrale, connue sous le nom de commerce direct ; en gros, du cul directement de l’artisan au consommateur. Ils sont en effet tout à la fois les artisans essentiels et la matière première du cinéma pornographique. En tant que tels, et grâce aux moyens de création, de diffusion et de communication modernes, ils sont aujourd’hui en mesure de monnayer nombre de biens et de services par eux-mêmes.

Le plus évident de ces services, mais aussi le plus semblable à leur activité principale est bien entendu le webcaming et ses variantes. Nécessitant peu de moyens techniques et financiers, au pire une caméra et un micro de qualité, accessibles à tout heure du jour et de la nuit, les sites de liveshow érotique constituent une option de choix pour tout acteur et toute actrice qui souhaite capitaliser sur son image à moindre frais. Une petite annonce promotionnelle sur Twitter, et hop ! C’est parti pour quelques heures de live devant une foule de fans prompts à lâcher du tips. Le petit à-côté idéal entre deux tournages. Le concept, très populaire auprès des consommateurs comme des modèles, commence d’ailleurs à se décliner avec des plateformes telles qu’OnlyFans. Son principe est simple. En souscrivant à un abonnement mensuel au tarif déterminé par la star, le fan se voit ouvrir l’accès à toutes les petites pastilles coquines tournées à la sauvette par cette dernière : clins d’œil coquins entre deux scènes, séance solo dans la chambre d’hôtel, moments intimes à la maison… Outre l’exclusivité du contenu, l’abonné jouit d’un tout autre rapport avec son idole, certes toujours mis en scène mais plus intimiste, presque privé. Côté créateur, la modèle Jenna Love résume très bien les avantages de la plateforme : « Lorsque les personnes qui apparaissent dans le porno sont celles qui en sont aux commandes et celles qui en profitent, c’est positif. »

Toujours dans la création de contenu vidéo, un autre service a le vent en poupe dans le X : la réalisation de vidéos personnalisées sur commande. Qui n’a jamais rêvé de voir son fantasme sexuel le plus pervers couché sur pellicule, avec, dans le rôle titre, sa pornstar préférée ? Tout ça, c’est dorénavant possible ! De nombreuses vedettes du X proposent dorénavant cette option, via leurs sites dédiés : l’Américaine Casey Calvert et les français Emma et James Klein avec leur studio Gants de Satin, pour ne citer qu’eux. Evidemment, le prix d’une telle fantaisie est plus conséquent ; entre le cachet des acteurs et l’amortissement du matériel, il faudra généralement débourser plusieurs centaines d’euros pour voir l’actrice de ses rêves se livrer aux pires déviances qu’on puisse imaginer. Mais le résultat est là, et rien qu’à soi. Cette exclusivité, inestimable plus-value pour le commanditaire, constitue, à l’autre bout de la chaîne, une garantie pour le prestataire, celle de ne jamais voir ses créations dilapidées sur les tubes pirates au nom de la libre circulation des données. Bien que rémunératrice, cette activité parallèle ne s’adresse toutefois pas à tous les auto-entrepreneurs du cul. Il faut non seulement avoir deux-trois notion de création audiovisuelle, mais aussi savoir se montrer plutôt ouvert d’esprit. Car qui dit « commande sexuelle privée » dit inévitablement « fétichisme ». Et se couper des fétichistes, c’est renoncer à un marché aussi vaste que lucratif, car, fantasme marginal oblige, personne plus qu’eux n’est prêt à débourser des sommes folles pour de la pornographie personnalisée.

Le fétichiste est d’ailleurs la clientèle essentielle d’un autre genre de rente pour nos amis les pornostars, la revente des tenues et accessoires de plateau. Il s’agit sans doute de l’une des plus pures démonstrations pragmatiques de la Magie du Cinéma : transformer une culotte fendue à 10 balles en objet de culte à plusieurs dizaines voire centaines d’euros. Par les temps qui courent dans le porno, tous les moyens sont bons pour ramener un peu de brouzouf. Aussi, il serait bête de brader ses strings, ses soutifs et ses collants sur un stand de brocante alors qu’un inconnu à l’autre bout du monde est prêt à casser sa tirelire pour posséder un effet personnel de son actrice porno favorite, si possible pas lavé. C’est tout bénef’, on économise même la lessive !

A contrario, les admirateurs des pornstars peuvent à l’occasion s’improviser mécènes de leurs idoles, via le concept de wishlist, ou « liste de souhaits » pour les allergiques à la langue de Shakespeare. C’est un peu comme une liste de Noël, mais toute l’année et avec des millions de pères Noël potentiels partout dans le monde. Etablie sur un site de vente en ligne quelconque, cette pieuse commande est généralement mise en tête des profils Twitter, de sorte à ce que chaque bon samaritain qui passerait par là puisse y aller de son aumône. Il y en a pour tous les goûts, et tous les prix, du lot de strings vendus par six à la fucking-machine exorbitante, du livre de feng shui au robot de cuisine multi-fonction. Parce qu’après tout, il n’y a rien de moralement condamnable à spéculer sur la générosité des gens…

Il est maintenant temps d’aborder la question de l’éléphant dans la pièce. Oui. Bien entendu. Evidemment… Il y a enfin « l’escorting », ou la prostitution haut de gamme. Mais attention : sujet glissant ! Le concept est extrêmement clivant au sein même de la profession, notamment à cause de législations nationales très diverses en ce qui concerne la vente directe de services sexuels. Il va sans dire que dans les pays où la prostitution est sévèrement condamnée, comme en France, le sujet est tabou. Le X-business, qui peine déjà à faire valoir sa légitimité professionnelle, n’a pas franchement envie d’être en plus assimilé au cliché du trafiquant de chair fraîche. Dans les pays où il est envisageable d’évoquer la question, il y a généralement quatre profils chez les acteurs et les actrices : celles et ceux qui n’en font pas et réfutent jusqu’à l’idée même que ces professions, regroupées généralement sous l’appellation TDS (travail du sexe), soit parentes ; celles et ceux qui reconnaissent cette porosité professionnelle mais ne s’y adonne pas, par peur des stigmates précédemment évoqués ; celles et ceux qui pratiquent l’escorting sans en faire état publiquement ; enfin celles et ceux qui capitalisent ouvertement sur leur image pornographique pour vendre l’invraisemblable package « une nuit d’amour avec ton fantasme sexuel absolu ». Inutile de préciser que, dans les deux derniers cas, les émoluments sont généralement faramineux (un service d’escorting standard n’étant déjà pas donné), au point de devenir comparables voire supérieurs aux revenus de leur activité principale d’acteur ou d’actrice porno.

L’activité de hardeur ou de hardeuse est donc aujourd’hui beaucoup plus vaste et diverse qu’elle ne l’était à l’époque où l’argent coulait à flot dans le X et permettait d’acquérir un niveau de vie élevé par le simple fait d’apparaître dans des films cochons. Sans être secondaire pour autant, la performance pornographique en elle même n’est plus l’unique source de revenu des travailleurs de ce milieu, mais elle en est la vitrine privilégiée, la dimension promotionnelle essentielle. Ainsi, plus un acteur ou un actrice est célèbre dans le porn-game, plus ces services annexes se monnaient cher.

La fame, plus que jamais moteur du business !
Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.