Cryptoporno : pschitt ou encore ?

Le porn a toujours fait le pari des innovations technologiques, en a retiré grands bénéfices, de la VHS au net, mais a parfois payé les pots cassés de celles qui ont foiré comme la 3D. Vendue comme la révolution à l’aube de la décennie, l’idée d’une cryptomonnaie à la sauce porno a fait flop en 2014 mais renaît de ses cendres depuis quelques mois à la faveur d’un climat propice au business. Enquête.

Des débuts chaotiques

Jusqu’ici réservés aux transactions chelou ou quand toutes les solutions de paiement vous avaient fermé leurs portes, les crypto-monnaies type Bitcoin, Ethereum et des centaines d’autres n’étaient pas spécialement à la mode après le piteux échec du Titcoin, une cryptomonnaie porno tuée dans l’œuf en 2014. Fondateur de VogoV, un cryptostudio porno, le jeune entrepreneur russe Alexei Maetnyi – plus connu sous son nom de hardeur, Markus Dupree – résume dans Forbes la situation jusqu’à l’année dernière : « Le business n’avait pas besoin d’un truc nouveau comme le crypto. Les technologies traditionnelles de paiement fonctionnaient bien et fonctionnent toujours. Les compagnies ont reconnu que très peu de consommateurs utilisaient de la cryptomonnaie pour payer leur porn. A peine 500 studios dans le monde acceptent la cryptomonnaie. C’est très peu à l’échelle du nombre de sites ». Toutefois, si Alexeï « Topaze » Dupree a monté son business de crypto-porno, c’est que les perspectives ont évolué.

Un business qui se réorganise

En effet, depuis le milieu de l’année dernière, des mastodontes comme Xhamster et Naughty America ont finalement accepté le Bitcoin comme moyen de paiement, tandis que les sites de la galaxie Pornhub nouaient un partenariat avec les cryptomonnaies Horizen, Tron et Verge et que VRPorn acceptait le Litecoin. Derrière ce mouvement de fond : une convergence d’intérêts entre les grands networks et les milliardaires asiatiques à l’origine de la plupart des cryptomonnaies. A titre d’exemple, Justin Sun, créateur de la monnaie Verge est aussi le nouveau proprio du logiciel de partage BitTorrent, et il n’est, dans les faits, rien d’autre qu’un receleur de contenus volés. Mais chut, ne nous égarons pas.

En parallèle, des pornocrates se sont mis en tête de créer des cryptomonnaies dédiées uniquement au porno, comme justement notre petit Ruskof, Markus Dupree, avec son OGO Coin. Ses concurrents se nomment Booty Token, Vice Industry Token ou Wankcoin. Tous caressent la même ambition : devenir le moyen de paiement référence dans l’industrie, celui qui unifiera le système et sera capable de doter un secteur d’activité qui pèsent 13 milliards de $ de sa propre monnaie. A partir de là, une île artificielle, un drapeau, une armée et le porn sera indépendant. Sans rire.

Les banques ou l’arroseur arrosé

Si à ce stade, vous ne comprenez rien, c’est normal. Derrière ce charabia ne se cache rien d’autre que des tentatives pour enculer les banques. Faut dire que les organismes bancaires, les compagnies de carte de crédit et celles qui offrent des solutions de paiement, mènent la vie dure à l’industrie porno. Les banquiers n’aiment pas les pornocrates, considèrent que c’est un secteur à risque et leur font payer un max de commissions, que VogoV estime entre 13 et 19% du coût d’une vidéo. Pour Najva Sol, de la communauté Spankchain, se débarrasser des infrastructures bancaires et des frais de transactions réduiraient radicalement le prix des vidéos et garantiraient le traçage et la sécurité des transactions via la blockchain. Concrètement : fini les cartes bleues re-créditées abusivement et les comptes frauduleux. Néanmoins, le succès de ces initiatives repose entièrement sur l’adhésion des consommateurs. Et là, ce n’est vraiment pas gagné tant le monde des crypto est comparable à celui de Red Dead Redemption : total Far West. Pour inciter un grand public complètement aux fraises, donc frileux et méfiant, les promoteurs de ces nouvelles monnaies insistent sur l’anonymat total garanti pour chaque transaction, de quoi rassurer les hommes mariés et amateurs de trans cambodgiens mais pas assez pour qu’ils s’engagent dans le périlleux processus d’acquisition de la fameuse cryptomonnaie. Alex Hawkins, Vice-Président de Xhamster en est parfaitement conscient : « un système composé de barrières, de validations, de transactions et de commissions opaques et de création de nouveaux comptes est mort à l’arrivée. »

En effet, si les acteurs de ce marché émergent frétillent comme des gardons, tous savent qu’il y aura des morts. « La plupart des projets de Token vont mourir et il est probable que ce soit une monnaie dominante mainstream comme le Bitcoin qui rafle la mise » remarque Dupree. Après un pic à 16 724 € en décembre dernier, le Bitcoin s’est stabilisé aujourd’hui autour des 5700 €. Qu’il ait perdu les deux tiers de sa valeur en moins d’un an n’est pas d’augure rassurant. Ceci dit, il apparaît que ces monnaies dématérialisées et décentralisées vont inéluctablement dans le sens de l’histoire. La seule question qui vaille est le temps que cela prendra.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.