Parité : quand le porno mouche Hollywood

Alors que se profilent les Xbiz et les AVN Awards, le porn business montre la voie niveau parité avec une moitié de femmes dans les listes des nommés au titre de « Meilleur Réalisateur ». Hollywood est à la remorque. Depuis le temps qu’on dit que le porno est un féminisme, on finira peut-être par être cru.

Respectivement l’équivalent porno des Golden Globes et des Oscars, les Xbiz et AVN Awards ont pour tradition d’ouvrir la nouvelle année autant que de clôturer la précédente. Les éditions 2019 de ces deux évènements qui se dérouleront le mois prochain ont toujours vocation à faire plaiz à tout le monde avec une armada de catégories à récompenser – dont la plupart des lauréats s’égrainent à la vitesse d’un générique de sitcom en toute fin de cérémonie tandis que la salle se vide. Sauf que cette année, les femmes sont à l’honneur. Certes, ce n’est pas une nouveauté pour des cérémonies récompensant des actrices de cul. Là où c’est plus nouveau, surtout dans ces proportions, c’est que les catégories où elles apparaissent au moins à parité avec les hommes sont celles apparentées à « Meilleur Réalisateur ». Ainsi, aux Xbiz Awards, elles seront huit à se tirer la bourre pour le titre de Best Director sur quinze nommés, tandis qu’AVN affichent un taux similaire de 50 % de femmes dans la liste des candidats au titre de meilleurs réalisateurs de feature, la catégorie la plus « noble » du palmarès. Cette année constitue donc une première. Du jamais vu depuis le palmarès de la cérémonie 2007.

Les précurseur.e.s

Cette année-là fut celle de Tristan Taormino. Auteure du Ultimate Guide to Anal Sex for Women, un best seller en librairie et qu’elle adapta en vidéo pour Evil Angel en 1997, elle remit le couvert dix ans plus tard avec Chemistry produit par Vivid. Taormino était une pornocrate qui ne l’assumait pas totalement – elle se prévalait du titre d’éducatrice sexuelle, ce qui ne veut absolument rien dire – mais l’audience des AVN Awards eut l’impression de redécouvrir Byzance devant son film, pourtant ni plus ni moins qu’une série de saynètes sous un vernis didactique. Avec son Chemistry, elle remporta la statuette de Meilleur Réalisateur de gonzo au nez et à la barbe des cadors de Jules Jordan et Evil Angel. Si on met de côté la présocratique de la réalisation hard qu’est Candida Royalle, Taormino est la première femme à avoir récolté une breloque pour son travail de réalisatrice à la grand-messe du porn.

L’année suivante, Stormy Daniels, célèbre pour avoir épongé Trump – qui se prend pour Cesar comme jadis Felix Faure mais n’est pas mort « pompé », lui –, enfonça le clou avec une statuette pour son Operation Desert Stormy, hommage personnel aux marines qui ratissaient Fallujah.

Le sens de l’histoire

Dix ans plus tard, rien n’a vraiment bougé. En moyenne, pour ce qui est de la réalisation, les femmes ne représentent que 20 % des nommés à ces cérémonies dont sont très friands les Américains. C’est toujours bien mieux qu’à Hollywood où l’Académie des Oscars n’a jamais nommé que cinq femmes pour le titre de Meilleur Réalisateur pour une seule lauréate : Kathryn Bigelow pour Démineurs en 2010. Toutefois, la liste des nommés dévoilée pour janvier reflète une tendance nette qui vient épouser un mouvement de fond initié par la société civile et que le #metoo a accéléré : aucun domaine ne semble plus être la chasse gardée des hommes. Si le schéma classique de la réalisatrice est d’avoir d’abord performé face caméra comme Kayden Kross, Dana Vespoli ou Joanna Angel, d’autres ont des backgrounds dans l’écriture et le storytelling comme Jacky Saint James, Bree Mills et Kay Brandt. Globalement, les parcours des réalisatrices sont de moins en moins porno. Angie Rowntree, MimeFreak et Samantha Mountain n’ont jamais montré un bout de sein publiquement.

Des femmes oui, mais est-ce que c’est mieux au moins ?

On peut sauter sur sa chaise comme un cabri et crier « les femmes, les femmes », le produit final est-il meilleur pour autant ? Pas si sûr. Pour le vétéran-réal Mike Quasar, nommé lui aussi pour remporter un trophée, elles peuvent en tout cas montrer des choses que lui ne pourrait pas : « (…) aussi naze que cela puisse être parfois, ce que fait Bree Mills pour Pure Taboo l’est infiniment moins que si c’était fait par un homme. Elle peut s’autoriser une perversité qui ne passerait pas avec un mec ». Par les temps qui courent et aux yeux de ce que fait Mills, Quasar lève un lièvre… Parfaite ambassadrice de sa came, Kayden Kross explique le succès des réalisatrices par une volonté de diversifier les fantasmes et les stéréotypes. « Nous devons faire face au challenge de produire des films qui plaisent à tous les genres et à toutes les orientations sexuelles. Les réalisateurs mâles hétéros ne sont guidés que par leur sensibilité de mâle hétéro. Et puis je trouvais que les histoires étaient débiles et que les angles étaient invariablement des gros-plans ou des plans larges sans intérêt ».

Elle est si jolie…

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.