Le Royaume pas si désuni

Mais que se passe-t-il chez nos cousins et meilleurs ennemis anglais ? Chantre du libéralisme, les voilà qu’ils veulent bloquer à tout va : les gens, les flux, le cul… Pourtant, l’écosystème porno est plutôt bon en Albion. Analyse.

Le Royaume-Uni a du mal à gérer sa jeunesse. Le gouvernement en a fait le constat avant de légiférer sur le porno. Pays d’Europe qui compte le plus de filles mères célibataires, il semble que les jeunes Anglais ne savent pas utiliser de capotes (ou prendre leurs responsabilités), ni les jeunes filles prendre leurs précautions, ce qui a poussé le gouvernement Tories à prendre un ensemble de mesures notamment sur le porno en ligne dont la plus emblématique est le contrôle de l’âge des utilisateurs de sites X.

2017 : le Digital Economy Act

Comme son nom l’indique, le Digital Economy Act est d’abord un ensemble de mesures économiques votées par le Parlement sur proposition du gouvernement et destinées à soutenir et encadrer l’économie numérique britannique. Toutefois, en instaurant un filtre à l’accès des sites porno basé sur la vérification réelle de l’âge de celui qui se connecte (avec tout le bordel qu’implique les safety checks en ligne), le gouvernement anglais a mis les pieds dans le plat et a agité tout ce que le pays compte de juristes et de défenseurs des libertés. C’est le British Board of Film Classification (BBFC) qui a été chargé de vérifier que les sites X se plient à la nouvelle loi, active depuis le mois de septembre. Impossible pour l’instant de juger de l’efficacité de ce filtre que d’aucuns jugent liberticide, inefficace et inapplicable.  

Des opportunités pour les actrices

Pour autant, quelle que soit son efficacité, une telle mesure ne tuera pas le porno anglais et lui sera peut-être même bénéfique. Originalité britannique, qu’on retrouve dans une moindre mesure en Allemagne, les chaînes de télévisions sexy prospèrent toujours et investissent les antennes à partir de minuit. Le modèle, qui a eu son heure de gloire dans les années 90, perdure et vieillit dans le sillage de ses spectateurs. Paul Chaplin, jadis fondateur du studio Bluebird a en tout cas réinvestit le produit de la vente du studio qu’il avait fondé dans le rachat des publications Paul Raymond et de son réseau de chaînes de charme. Television X, Babestation, Playboy TV occupent toujours une bonne place chez Sky, BT Adult, TalkTalk ou Virgin Media. Ces diverses chaînes permettent de faire vivre un écosystème porno à côté des sites web comme Killergram et Joybear. Dans les faits, c’est plus de prods qui offrent plus de boulot pour plus d’actrices.

Sexshop le phénix

A l’instar de l’Allemagne, le Royaume-Uni a longtemps été jalonné de sexshops, bien plus nombreux qu’en France. Malgré la crise, Nice’n’Naughty a bien résisté avec huit boutiques réparties entre Newcastle et Brighton. Le studio Harmony possède encore un sexshop sur Oxford Street et un autre sur Charring Cross. Des positions stratégiques à l’instar de la J&M store qui vient d’ouvrir à deux pas des « Champs », dans le quartier chic de la Madeleine. Car de ce côté-ci de la Manche, Jacquie et Michel a entamé avec ses J&M stores la reconquête d’un territoire perdu peu à peu depuis les années 70. Fini les cabines glaucasses à côté des gares, place aux lovestores, de vastes open spaces à destination des couples.

Un porn amateur en pleine santé

Le homemade est une grande tradition britannique. Alors qu’en France, le porno amateur a été popularisé par Jacquie et Michel, le porno anglais compte traditionnellement sur un vivier de petites productions, de british babes et de UK milfs. La majorité n’a pas le potentiel pour dépasser les frontières de l’île, mais les actrices anglaises qui parviennent à le faire deviennent de vraies superstars comme Samantha Bentley, Sophie Dee, Jasmine Jae, Stella Cox ou Nikky Jayne. Sans la barrière de la langue, les actrices d’outre-manche s’internationalisent en tout cas bien plus qu’en France, mais toujours moins que les Russes, Hongroises et autres Tchèques.  

De leur côté, de vieux réalisateurs comme Ben Dover ou le Belge expatrié Pascal White cohabitent avec de nouveaux venus aux dents longues et surtout des sites comme Clip4Sales, une plateforme anglaise basée à Exeter qui a largement démocratisé les productions maison et surtout très nichées.

Des spécialités so british

C’est peut-être la particularité la plus notable du Royaume-Uni : le goût qui y est cultivé pour les différences se retrouve aussi dans le porno. Le caning, le bukkake, l’intergénérationnel, et globalement tout le panel des niches BDSM cartonnent au Royaume-Uni. Berceau de l’esthétique kinky, Londres est une place forte pour les mastodontes du web porn, comme Brazzers, qui y installent leur QG européen, autant pour des questions fiscales que pour le vivier d’actrices installées sur place. D’ailleurs, l’abondance d’escorts spécialisés fréquentant les dizaines de milliers d’hommes d’affaires qui affluent à la City n’est peut-être pas étranger à la position de hub prise par la capitale anglaise dans le divertissement pour adulte…  

 

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.