Quels risques pour quelles pratiques ?

Le sexe fait partie des activités bénéfiques pour la santé, pour autant qu’il se pratique entre partenaires sains. Mais, comme on
ne sait pas toujours à qui l’on a affaire, autant savoir exactement à quoi l’on s’expose. Nous avons dressé pour vous toutes les pratiques les plus « courantes », et leurs dangers potentiels – transmission du VIH, IST – selon l’état actuel des connaissances. Suivez le guide, et
surtout, sortez couverts !

LÉCHER, EMBRASSER, LA PEAU OU LES LÈVRES DE QUELQU’UN

Risque zéro !

EMBRASSER PROFONDÉMENT, CRACHER DANS LA BOUCHE

En ce qui concerne le VIH: aucun risque. En cas de lésions buccales, on peut mentionner un risque de transmission des hépatites A et B. Les infections virales, transmissibles plus facilement par la salive, sont les suivantes: méningite, mononucléose infectieuse, grippe, rougeole, rubéole, oreillons. Et bien sûr: rhinites, pharyngites, angines, infections pulmonaires.

SUCER

Selon une étude américaine déjà ancienne, puisqu’elle date de 2000, il existe un « faible » risque de transmission par le VIH si l’on suce un homme séropositif. Cette transmission s’effectue par le liquide préséminal ou le sperme, qui entre en contact avec la muqueuse buccale. Le risque est accru en cas de problèmes buccaux [gingivite, plaie récente…] ou d’IST localisées dans la bouche [syphilis, blennorragie]. Ce risque est plus ou moins grand selon la charge virale contenue dans le liquide préséminal ou le sperme du partenaire. Attention: la fellation constitue un mode de contamination pour d’autres Infections sexuellement transmissibles [comme l’hépatite B, la syphilis ou l’urétrite]. La fellation [comme le cunnilingus] peut aussi transmettre le papillomavirus, qui multiplie par 32 le risque de contracter un cancer de la gorge. La seule manière de rendre la pratique inoffensive est d’utiliser un préservatif. Certes, ce n’est pas très agréable, alors si l’idée de sucer un morceau de latex vous rebute totalement, essayez de limiter les risques au maximum : ne vous brossez pas les dents avant une fellation [la brosse peut provoquer saignements et microcoupures] et évitez l’éjaculation dans la bouche.

SE FAIRE SUCER

Le risque est très faible, pour ne pas dire inexistant, à moins que le suceur souffre d’une importante plaie buccale et que sa salive, chargée de sang, ne devienne contaminante.

AVALER DU SPERME

La pratique est potentiellement dangereuse si l’on a une plaie dans la bouche, si l’on souffre de lésions dans l’œsophage ou d’un ulcère de l’estomac.

SUCER SUCCESSIVEMENT PLUSIEURS PERSONNES

Idéalement, pour limiter au maximum les risques, il faudrait utiliser un nouveau préservatif à chaque fois que l’on change de partenaire.

LÉCHER UN ANUS

Comme pour le cunnilingus, aucun risque de contamination par le VIH. En revanche, cette pratique favorise la transmission de bactéries, de germes ou d’IST [syphilis, blennorragie, hépatite A]. Veillez à ce que l’anus à lécher soit propre !

PRATIQUER UN CUNNILINGUS

En ce qui concerne le VIH, il est difficile de prouver que cette pratique présente un risque de contamination, mais si la bouche du lécheur comporte des lésions ou si la femme a ses règles, il convient de se protéger! D’autant que d’autres IST peuvent se contracter ainsi [papillomavirus, hépatites B et C, herpès, syphilis…]. La seule manière de se protéger est d’utiliser un morceau de latex [aussi appelé « digue dentaire »] entre la langue et le sexe. Un préservatif coupé en deux peut faire l’affaire. Un film plastique de cellophane, pour la conservation des aliments, convient aussi.

SE FAIRE LÉCHER L’ANUS

Le VIH est présent dans la salive, mais en trop faible quantité pour être contaminant. Il existe en revanche un risque potentiel d’être contaminé par d’autres IST. Quand une femme se fait lécher, son partenaire doit veiller à ne pas passer de l’anus au sexe. Les bactéries intestinales, de type Escherichia coli, sont présentes dans la région anale, et peuvent provoquer une infection urinaire, ainsi qu’une inflammation de l’urètre. Attention, une infection urinaire mal soignée peut se trans- former en pyélonéphrite [inflammation du rein due à une remontée des bactéries depuis la vessie].

SE FAIRE LÉCHER

Même si le VIH est présent dans la salive, sa faible concentration rend impossible une contamination. La salive ne transmet pas le VIH, donc une femme a qui l’on fait un cunnilingus ne peut pas être contaminée par ce virus. Mais une contamination par d’autres IST reste possible.

LÉCHER PLUSIEURS PERSONNES

Si, au cours d’une soirée particulièrement conviviale, différentes chattes et anus passent à portée de votre bouche, il est évidemment tentant d’y goûter. Mais tout changement de partenaire implique une multiplication des risques de contamination aux IST, pour les lécheurs comme pour les léchés. Là encore, même si l’on perd en saveur, le carré de latex est « théoriquement » de rigueur.

PÉNÉTRER

Dès qu’il y a pénétration, les muqueuses [gland, vagin, anus] sont en contact avec les sécrétions sexuelles [liquide préséminal, sécrétions vaginales], et une contamination est possible. Avant de pénétrer le vagin et/ou l’anus de vos partenaires occasionnels, utilisez systématiquement un préservatif associé à un gel lubrifiant à base d’eau. Évitez les lubrifiants gras comme la vaseline qui peuvent endommager le préservatif. Pour la personne pénétrée, l’éjaculation dans le vagin ou l’anus, sans préservatif, est très risquée. Les parois du vagin, le col de l’utérus, l’utérus, et le rectum sont des portes d’entrée pour le VIH, qui peut y pénétrer par simple contact, en l’absence de toute lésion. Pour l’homme qui pénètre, le sang menstruel et, dans une moindre mesure, les sécrétions vaginales, sont contaminants. Le gland, l’urètre [le conduit urinaire], la pénétration anale présentent des risques accrus en raison de la fragilité de la muqueuse. Les fissures anales et les hémorroïdes augmentent le risque de saignement, et donc de contamination, par le VIH et les autres IST. Il est important d’utiliser un préservatif différent pour chaque partenaire, afin de ne pas faire voyager des IST potentielles d’une personne à l’autre !

MASTURBER, ET ÊTRE MASTURBÉ

Sauf en cas de coupures, ou de blessures à la main, la per- sonne qui branle et qui doigte ne risque rien. Attention cependant à ne pas transmettre des fluides contaminants d’une personne à une autre. Le risque de transmettre des infections, notamment à chlamydiae, est très élevé. Ne passez pas d’un sexe ou d’un anus à d’autres, sans vous être lavé soigneusement les mains! Veillez à ce que vos ongles soient toujours soignés, afin d’éviter toute blessure, ou toute déchirure du latex du préservatif.

DOIGTER L’ANUS ET LE VAGIN D’UNE MÊME PERSONNE

Aucun risque si vos doigts sont propres et vos ongles courts. Attention, passez du vagin à l’anus, et jamais l’inverse! La transmission de germes est quasi inévitable.

ÉCHANGER DES SEX-TOYS

Pratiquez une stérilisation entre chaque utilisation par des personnes différentes [utilisez, par exemple, le liquide de stérilisation Milton]. Éventuellement, recouvrez l’objet d’un préservatif différend pour chaque personne.

PÉNÉTRER UN ANUS, PUIS UN VAGIN…

N’utilisez jamais le même préservatif quand vous passez de l’anus au vagin, car les germes de l’intestin, comme Escherichia coli, peuvent provoquer des infections vaginales ou urinaires.

RECEVOIR DES COUPS DE FOUET

Attention au sperme sur une peau fouettée, griffée ou lacérée !

SE FAIRE PISSER DESSUS

L’urine est stérile et non contaminante. Il n’est pas dangereux de boire, mais uniquement « à la source », car l’urine est rapidement contaminée. Aucun risque donc, mais il faut éviter d’uriner juste après une éjaculation dans la bouche de son partenaire, ou sur ses muqueuses anales ou vaginales. En effet, le premier jet d’urine peut contenir du sperme.

ET LE CACA ?

Comme pour les jeux uro, il n’y a aucun risque lors du contact avec la peau. Seule l’ingestion peut être contaminante. En effet, le risque de transmission de l’hépatite A est très élevé, surtout en cas de lésion, même minime, de la muqueuse rectale du donneur.

SE FAIRE ÉJACULER SUR LE CORPS

Aucun risque, tant que le sperme n’entre pas en contact avec une muqueuse.

SI JE VEUX FAIRE UN DÉPISTAGE ?

Vous pouvez faire un test HIV dans un Centre de dépis- tage anonyme et gratuit [CDAG]. Vous n’avez pas besoin d’ordonnance médicale. Les CDAG sont aussi des Centres d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles [CIDDIST], qui permettent de dépister d’autres IST plus spécifiques. Vous pouvez également faire un test dans un laboratoire d’analyses médicales, public ou privé: en général, la demande doit être faite auprès d’un médecin qui vous établira une ordonnance. Renseignez-vous auprès de votre médecin traitant ou appelez Sida Info Service au 0 800 840 800.

À QUEL MOMENT DOIS-JE FAIRE UN TEST DE DÉPISTAGE DU HIV ?

Pour savoir où vous en êtes, vous pouvez bien sûr effec- tuer ce test à tout moment. Faites un premier test dans les quinze à trente jours qui suivent une prise de risque potentielle. Si le résultat s’avère positif, la contamination est certaine et un traitement doit être envisagé. Si le résultat est négatif, effectuez quand même un test trois mois après la prise de risque, pour établir de façon absolue la non-contamination.

SI J’AI UN RAPPORT SEXUEL NON PROTÉGÉ AVEC UN(E) PARTENAIRE PORTEUR(SE) DU VIRUS VIH ?

Ce genre de rapport est considéré comme « à risque », mais la contamination n’est pas systématique. On peut être contaminé par le virus dès le premier rapport, ou au bout du vingtième. En effet, pour qu’il y ait contamination, de nombreux facteurs entrent en jeu: la durée du rapport, les saignements éventuels pendant celui-ci, et la charge virale [quantité de virus présente dans l’organisme]. Le risque de transmission du VIH peut être considérablement réduit par la prise d’un traitement antirétroviral [trithérapie]. Si la charge virale est indétectable depuis plus de six mois, le risque de transmission est nul.

SI JE PENSE AVOIR PRIS UN RISQUE ?

N’attendez pas, car chaque minute compte! Contactez un service hospitalier dans les 48 heures [au maximum] qui suivent la prise de risque. Un traitement d’urgence vous sera administré pour tenter d’éviter la contamination. Si vous avez reçu du sperme dans l’anus ou le vagin, ne vous précipitez pas pour effectuer un lavement avec un désinfectant, cela risque d’irriter la muqueuse et d’aggraver la situation! Pratiquez un lavement à l’eau tiède. Si du sperme est entré en contact avec une plaie, rincer à l’eau tiède, désinfecter avec de la Bétadine, de l’Hexomédine ou du Dakin Cooper stabilisé.

Nous avons tenté d’établir un inventaire des pratiques sexuelles les plus « courantes », et des risques qui y sont liés. Néanmoins, l’imagination humaine ne connaissant aucune limite, si ce chapitre ne vous paraît pas assez complet, n’hésitez pas à contacter www.info-ist.fr ou www.sida-info-service.org. Vous pouvez aussi appeler le numéro vert de Sida Info Service: 0800840800.

Pierre Des Esseintes

À propos de Pierre Des Esseintes

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.