Les préjugés sur le porno…

Tout le monde mate du porno ! Si, si ! Même ceux qui se cachent là-bas, au fond, en prenant des airs de vierges effarouchées. Plus précisément, toutes les catégories de population en consomment. Hommes, femmes, jeunes, vieux, riches ou pauvres, croyants ou non-croyants, il n’est pas de critères sociologiques, ethniques ou religieux pertinents pour distinguer ceux qui se rincent l’œil de temps à autre devant un petit boulard des quelques-uns qui n’en regardent pas du tout. Malgré son statut d’objet culturel universel, le travail pornographique reste très méconnu et sujet à une foule d’idées reçues pas toujours très inspirées. Et si nous en interrogions quelques-unes, histoire de rabattre le caquet des empêcheurs de se branler en rond ?

Il n’y a pas de scénario.

Depuis l’apparition du gonzo, ce genre pornographique qui va droit au but, le scénario est devenu la marotte de tous les détracteurs du X moderne, esthètes auto-proclamés de la baise. Selon eux, le sexe ne devrait être introduit que par de profonds dialogues philosophiques, de longues séquences propices à la montée du désir et d’incroyables retournements de situation ; qualités dont serait dépourvu le tout-venant du boulard contemporain. Le storytelling y reste pourtant essentiel, même dans les scènes les plus bâclées. Il est simplement réduit à l’essentiel, à savoir installer une situation salace : faux castings, chantage en backroom, relation amoureuse en POV, recrutement sauvage d’amatrice dans la rue… Y a-t-il un profond intérêt masturbatoire à regarder un gougnafier secouer maladroitement son caméscope DV au dessus du boule de la jeune « passante » qu’il tringle entre deux bagnoles, contre mille couronnes tchèques (soit trente-neuf euros et deux centimes TTC) ? Non. Au fond, ce que le spectateur veut voir, c’est le moment précis où la coquine vénale acceptera la partie de jambes en l’air pour quarante balles. Si ça, ce n’est pas raconter une histoire…

Ce n’est pas « érotique ».

Ah, la fameuse nostalgie du film M6 du dimanche soir ; ce fantasme étrange qui consiste à considérer que le comble de l’excitation consiste à voir deux acteurs se frotter mutuellement le pubis, dans un angle de caméra qui cache la chaussette pénienne de monsieur. Erotisme et pornographie seraient donc incompatibles puisque l’un consiste à suggérer quand l’autre ne fait que montrer. Mais cet argument est bancal en ce qu’un porno deviendrait alors subitement érotique à chaque plan où il ne montre pas de pénétration. Le fond du problème est plutôt une question d’attente et de finalité : désir contre jouissance. Souhaite-t-on sentir monter la sauce ou cracher la purée ? L’érotisme relève ainsi de tout ce qui à trait à la monter du désir, la pornographie, de tout ce qui tend à l’orgasme. Et le secret d’un bon film de cul, c’est justement d’accommoder astucieusement l’un et l’autre…

Les acteurs jouent mal.

Celle-là, elle est vacharde, surtout quand on voit la qualité de l’acting dans la plupart des productions télévisuelles françaises. En réalité, le niveau de jeu des hardeurs et des hardeuses est assez moyen, au sens neutre du terme. Le fait est que la capacité à donner la réplique n’est pas leur cœur de métier. Leur job, et la finalité même d’une scène pornographique telle qu’on la conçoit généralement, c’est avant tout de délivrer une performance sexuelle en mesure de provoquer une irrépressible excitation chez le spectateur. Ils se débrouillent ainsi comme n’importe quel quidam sans notions de comédie particulières, à qui on demanderait de déclamer de la prose face à une caméra ; la joie d’être à poil en prime. Certains sont ridicules (Peut-on vraiment les en blâmer ?), tandis que d’autres crèvent l’écran à chaque réplique : Angela White, Vince Carter, Emma Klein, Phil Holliday, Riley Reid, Evan Stone… Pour peu que l’on s’y intéresse sérieusement, on est souvent surpris.

Les actrices simulent tout le temps / jouissent à chaque fois.

Orgasme systématique ou simulation permanente, deux faces d’une même pièce, celle du plaisir des hardeuses sur les plateaux. Cet insondable mystère provient de l’ambiguïté même du statut d’actrice porno, basé sur un double discours. D’une part, les femmes qui exercent cette profession sont systématiquement nommées, décrites et perçues médiatiquement comme leur alter-égo porno. Aussi, la propension au plaisir, à la jouissance, devient un argument marketing : « Je suis une insatiable bête de sexe à fleur de peau ». De l’autre, il y a la nécessité de promouvoir leur art comme un labeur, qui implique sérieux, concentration et abnégation au profit du plaisir du spectateur ; d’où le fameux argument : « Je ne jouis pas, je travaille. »

La réalité est dans cette zone grise, pile entre les deux. Mais retenons ceci, actrice porno est avant tout un métier, un savoir-faire où le premier plaisir que l’on prend est celui du travail bien fait. L’orgasme est un bonus.

Il faut vraiment être obsédé.

Les cuisiniers aiment-ils la bouffe ? En tout cas, on leur souhaite. Les performeurs du X, c’est un peu la même chose : c’est toujours mieux si on aime ça, mais ce n’est pas pour autant qu’on doit verser dans la boulimie. Certains, Rocco Siffredi en tête, n’hésitent pas à qualifier d’addiction leur rapport au sexe, mais, pour la plupart, le cul n’est nécessairement pas leur premier centre d’intérêt. Si d’aventure vous croisez, voire fréquentez, un acteur ou une actrice, rassurez-vous ; vous n’êtes pas tenu de débattre exclusivement de sexe anal et de double pénétration…

Voilà pour les âneries les plus courantes au sujet du X et de ses performeurs. C’est tout pour aujourd’hui, mais restez dans les parages ; on n’a pas encore fini notre petite chasse aux vilains clichés.

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.