Nacho : Grandeur et décadence

Ça lui pendait au nez et le couperet est tombé pour Nacho Vidal. Début février, il lui a été signifié qu’il était séropositif plongeant tout le business européen dans l’anxiété et le chômage technique. Retour sur la carrière du plus fou des performeurs.

L’ironie de l’histoire est cruelle. Le 13 février, veille de Saint-Valentin, la newsfeed de Nacho Vidal affiche un tweet épinglé où on le voit sur une affiche sortir une capote de sa poche arrière avec un petit sourire aguicheur. Un Joyeuse Saint Valentin est sobrement souhaitée à côté.  

L’être humain adore déboulonner les idoles. Considéré comme l’alter ego de Rocco Siffredi de l’autre côté des Pyrénées, Nacho Vidal est désormais voué aux gémonies par sa propre corporation. Un test positif au VIH réalisé la première semaine de février par la meilleure clinique privée de Barcelone a, sans aucun doute, mis fin à la carrière d’acteur du Catalan de 45 ans. Où et comment Nacho a-t-il chopé le VIH ? Seul celui ou celle qui lui a refourgué le sait, d’autant que l’Espagnol n’a encore jamais communiqué officiellement sur la question. A un reporter du journal catalan En Nacional’s En Blau qui l’a contacté, il s’est contenté de lâcher : « Je ne sais pas où vous avez eu cette info, mais elle est d’un très mauvais goût. Je ne ferai aucun commentaire. Merci ». Sur son compte Twitter, il s’est fendu d’un laconique « Pura Vida », inscrit au fronton d’une photo où on le voit barboter dans un lac dans la jungle colombienne. Un fuck autant qu’un aveu. Le même quotidien catalan s’est procuré une liste de ses dernières partenaires, par le biais de la sécurité sociale espagnole à qui il incombe de contacter les personnes ayant eu des relations avec les dépistés positifs. Toutes avaient tourné avec lui sans préservatif mais au niveau du timing, une seule était en danger. Heureusement, son double-test s’est avéré négatif. D’ailleurs, évoquer les dernières partenaires de Nacho exclusivement au féminin est probablement une erreur dans la mesure où c’est un des grands manitous de la niche transsexuelle. En gros, il adore baiser des femmes à bite et il n’en fallait pas plus pour que le business pointe du doigt l’origine de sa contamination. Ajoutez à cela que l’Espagne est un bordel à ciel ouvert, que le porn ibérique est complètement à la ramasse avec des « actrices » qui tournent pour 150 balles entre deux massages prostatiques à la Gata Encantada et vous obtenez un terrain propice aux infections sexuellement transmissibles.

Nacho et les trans : les liaisons dangereuses

Quand Hot Vidéo part faire un reportage sur cet Espagnol d’un mètre 80, large d’épaule et aux yeux clairs, c’est sa mère, qui parle français, qui traduit les interviews pour son fils. Nous sommes en 1998. Après un an de films amat’ espagnols, Nacho vient d’être débusqué par Rocco himself qui l’a engagé pour son légendaire Rocco ne Meurt Jamais. Le natif de Mataro est présenté à John Stagliano qui lui confie sa première réalisation pour Evil Angel en 2001, Nacho : Latin Psycho. Le titre résume déjà le caractère du personnage. Il se lie surtout d’amitié avec Joey Silvera qui sera même le premier à le diriger pour Evil Angel. Silvera, c’est aussi le père des Rogue Adventures, la plus emblématique des séries transsexuelles. Nacho et lui partagent ce goût pour les trans et en 2003, il réalise son premier film dédié au troisième genre : She Male Domination Nation. S’en suivront une flopée au gré de ses pérégrinations entre Barcelone, Bogota et Rio, ses terrains de chasse. Dans la mesure où pour bon nombre de transsexuels le rapport anal est la règle, les risques de contamination par les IST est plus élevé car l’anus et le gland sont des muqueuses où la peau devient très fine et risque les micro-coupures. Et puis il ne faut pas se leurrer : Nacho est tellement perché par les drogues que l’on a du mal à croire qu’il check les tests de chaque individu qu’il baise.

Nacho et la drogue : les liaisons vachement dangereuses

L’anecdote m’a été rapportée l’année dernière par un ami commun qui vit en Catalogne. Ce dernier était au bout du rouleau et connaissait beaucoup de galères. Il confia ses misères à Nacho qui lui conseilla un remède miraculeux que lui-même avait testé : El Sapo. Dans la conversation, Nacho lui précisa de l’appeler lorsqu’il se sentirait prêt et que c’est lui-même qui l’initierait à El Sapo. Il accompagna sa proposition de commandements précis : pas de café, de coca, ni de médicament ou tout autre substance active au moins 48 heures avant El Sapo. Intrigué par ce truc dont Nacho disait qu’il lui avait changé la vie, notre ami commun fit sa petite recherche pour découvrir qu’El Sapo est un crapaud. Un crapaud dont les shamans en Amazonie lèchent le dos pour tomber en état de transe. Le kif est si puissant que celui qui le teste peut rester bloqué pour le restant de ses jours. A côté, la Datura, c’est du popo. Le coup du crapaud révèle qui est Nacho Vidal : un colosse, un quasi-surhomme capable de s’envoyer des charges de drogue complètement hallucinantes. Ses yeux plein phare, j’en fus témoin sur des tournages tout comme un paquet de collègues. Keta, ecsta, coco, héro, caillou… le Catalan a toujours tapé à tout mais n’a jamais défailli. Jamais sa queue épaisse ne s’est dégonflée. A l’instar de certains de ses confrères, il a une résistance surhumaine, mais à trop danser avec le diable, il a fini, d’une certaine manière, par passer à la caisse.

Et maintenant ?

La situation de Nacho Vidal ne présente qu’un seul avantage : une sélection naturelle entre les vrais et les faux amis. Ce n’est que maintenant qu’il va savoir sur qui il peut vraiment compter. Parce que lui aussi séropositif et passé par ce calvaire, il y a peu de chance que John Stagliano le laisse tomber pour ce qui est de la distribution de ses films par Evil Angel. Le problème risque plutôt de résider dans la conception des scènes en elles-mêmes. Nacho filmait et baisait en même temps avec une forte intensité. Il va lui être difficile de diriger à plein temps d’autres performers aussi doués que lui, même s’il l’a déjà fait par le passé. La relève espagnole tarde et ce n’est pas un Pab-lol Ferrari qui va le faire oublier.

Mais peut-être que le salut de Vidal viendra de la cause même de ses tourments. En effet, son rapport à la transsexualité est en train de dépasser les frontières du porn en Espagne. Dans le retentissant documentaire Me llamo Violetta, il raconte comment son fils, qu’il a prénommé Nacho comme lui a voulu devenir une fille à partir de l’âge de 6 ans. Désormais, c’est une ado qui se prénomme Violetta. Un docu filmé sur les trois dernières années et présenté au Festival de Malaga la semaine dernière.

Définitivement, ce n’est pas un test HIV qui va terrasser un type pareil.

Dimitri Largo

À propos de Dimitri Largo

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.