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Bio/Milieu du X

Le porn senior

Dimitri Largo

Publié

le

Des scènes de sexe entre des acteurs sexagénaires, septuagénaires, octogénaires, ça vous branche peut-être moyen mais sachez que c’est l’avenir ! En tout cas, c’est ce que pense une partie de la Porn Valley qui se verrait bien faire main basse sur le lucratif marché du porn pour les seniors. Enquête.

Contrairement à une idée largement répandue, le porno n’est pas lancé dans une quête effrénée de la jeunesse. C’est le public qui dicte ses choix et ce dernier n’est pas obnubilé par les jeunes actrices à peine majeures, loin de là. Les niches des Milf et des Gilf cartonnent. Les Gilf pour Granny I’d Like to Fuck sont particulièrement plébiscitées. Vieilles, grosses et moches : vous avez là une mine d’or. Toutefois, cet argument n’est valable que si l’un des protagonistes est bien plus jeune. En effet, le porno mise tout sur l’intergénérationnel : un jeune, une vieille et vice versa. L’Œdipe est un artifice psychanalytique usé jusqu’à la corde et quand il peut être enveloppé dans des histoires de famille, le coup est double. Beau-père, belle-mère et autres histoires illustrent le goût du public pour les relations incestueuses sous le vernis de ce que les américains appellent le fauxcest. Tant qu’il n’y a pas d’ascendance, ça passe crème. Hypocrisie quand tu nous tiens…

Wicked Games

Sorti de ce schéma, que se passe-t-il si les acteurs sont dans la même tranche d’âge avancé ? L’effet tombe-t-il à plat ? Pas si sûr. Avec Guide to Wicked Sex : Senior Sex, Wicked Pictures, le plus vénérable des studios américains (quoiqu’il mériterait qu’on s’intéresse à son cas à travers Brad Armstrong et Stormy Daniels) a décidé de miser une bedoucette sur le porn senior. Co-réalisé par Jessica Drake et Joan Price, auteure de Naked at Our Age, ce porno à vocation éducative ne donne pas à voir une sexualité fantasmée, mais la crudité du sexe entre seniors, avec toutes les vicissitudes liées à l’âge : sécheresse, flaccidité ou rhumatismes. Comme de coutume avec les guides de Wicked, le propos du film se veut pédagogique avec des images salaces au service de tutoriaux narratifs. Pour illustrer l’un d’entre eux, on peut ainsi y observer Bonnie, nurse à la retraite de 70 ans et Joël, physicien d’un an son cadet. Ni l’un ni l’autre n’a jamais été acteur professionnel avant cette expérience et s’ils sont en couple, ce n’est « que » depuis 11 ans. Pour la petite histoire, ils s’aimaient à l’adolescence avant de se perdre de vues des décennies durant et que chacun ne fasse sa vie de son côté. Atteinte de fibromyalgie, Bonnie a le dos douloureux et doit rester corsetée. Joël la manipule comme un vase de porcelaine. Il passe délicatement sa main dans sa crinière argentée, l’entreprend avec un gros sextoy à tête de champignon dont les Ricains raffolent. « Pas trop fort » répète-t-elle en soupirant. L’instant d’après, elle est contente de constater qu’une serviette est à portée de sa main, car madame est fontaine. « J’ai besoin de ta bite en moi » lui dit-elle. « Ça peut s’arranger » lui répond-t-il. S’en suit un bref cowgirl avant que Bonnie ne réclame un peu de gel pour être lubrifiée. La conclusion est des plus classiques pour un porno puisque Bonnie accueille la jouissance de Joël dans sa bouche. Derrière la caméra, Jessica Drake et sa co-réalisatrice n’en perdent pas une miette.

La vieillesse n’est pas (tant) un naufrage

A 75 ans, les souliers noirs lacés et le rouge à lèvre rouge brillant, Joan Price ressemble à une vieille Betty Boop. « On est vieux, fanés, qui voudrait de nous ? Nous avons intériorisé l’idée que les personnes âgées n’ont plus de sexualité explique-t-elle. Beaucoup de seniors renoncent à l’idée d’avoir une sexualité. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que ça peut être, dans beaucoup de cas, meilleur que jamais ». Pour autant, ce « meilleur que jamais » réclame que les seniors acceptent que « le sexe ne ressemble plus à ce qu’il était à l’époque où les hormones étaient en explosion ». La pénétration, par exemple, n’est plus un passage obligé quand d’un côté il y a des difficultés à bander et de l’autre des sécheresses vaginales post-ménopauses. Le confort, à travers des petits détails comme le placement des oreillers, prend de l’importance, tout comme les sextoys qui viennent palier aux dysfonctionnements érectiles et la crème lubrifiante. « Il y a des tas de merveilleuses façons d’explorer la sexualité sans qu’une érection soit requise continue Price. Quand on est jeune, les hormones prennent parfois le dessus et on est amené à mal faire les choses. A nos âges, il n’y aura pas de sexe sans communication, sans savoir comment l’autre appréhende et compense les difficultés physiques ».

Des anciens aux fraises

Paradoxalement, la communication n’a jamais été le point fort de la génération baby boomer et encore moins celui des plus vieux. En Caroline du Nord, d’où ils sont originaires, Bonnie et Joël animent des groupes de discussion dans les maisons de retraite. Eux ne représentent pas l’archétype des seniors. Hippies dans les 70’s, ils ont connu l’amour libre. Désormais, ils se donnent pour mission de répandre la bonne parole et d’éduquer les seniors à la sexualité. « Dans les années 50 et 60, nous n’avions aucune éducation sexuelle. Quand j’ai eu mes premières règles, ma mère m’a tendu un paquet de serviette et m’a dit : lis ça. C’est tout. J’ai rencontré beaucoup de femmes qui ne savaient rien à propos de leur clitoris ». Dans leur groupe de discussion, ils s’amusent à faire dire aux seniors des insanités pour désigner les parties intimes et ainsi les mettre plus à l’aise. « Beaucoup sont incapables de prononcer le mot fuck. Sur la notion de consentement aussi, beaucoup sont perdus. Ce qui était accepté à l’époque est désormais considéré comme du harcèlement ».

Un marché gigantesque

Si la démarche de Wicked et d’autres,  comme les réalisatrices Erika Lust avec Soul Sex et Bree Mils et sa série Age & Beauty a une portée politique et sociale, l’aspect business n’est jamais loin chez l’Oncle Sam. Avec le vieillissement de la population en Occident, le marché potentiel du porno senior est gigantesque. Dans 15 ans, il y aura plus de retraités que d’enfants aux Etats-Unis et au niveau digital, ils sont plus connectés que jamais. Preuve s’il fallait que vieillir n’est pas synonyme d’un pot de chambre dans un EHPAD, les autorités sanitaires américaines ont alerté sur une hausse des infections sexuellement transmissibles parmi les seniors. Le travail éducatif de fond mené par des gens comme Bonnie et Joël n’est donc pas superflu. Auparavant cantonnés à des nanars au titre évocateur comme Mamies Poilues et à destination des jeunes actifs gérontophiles, le marché du porno pour les seniors chemine vers la maturité. De là à penser que le gros des troupes abandonnera les films de beaux-pères et de cougars, il reste du chemin à faire. Et en déambulateur.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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