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Le Son du Désir : dis-moi « ouïe »…

Clint B

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Les hommes sont visuels, amateurs de défilés de lingerie, de playmate sur papier glacé et de porno hardcore ; les femmes sont sensorielles, attirées par la poésie, le verbe, les murmures et l’érotisme sensuel.  Ce vilain cliché rétrograde a toutefois tendance à se vérifier par la fréquentation des sites porno, encore majoritairement masculine. Cette courte majorité suffit tout juste à ce que le survivaliste du dimanche, en pleine carence due à son nouveau régime « paléo », justifie de cette légère prévalence par la nécessaire acuité visuelle du mâle chasseur-cueilleur préhistorique partant en goguette pendant que Madame Magnon torchait les chiards en bouquinant le Marquis de Sadosaurus. Plus prosaïquement, on pourrait accuser la société moderne de cette dichotomie, sur-valorisant la beauté féminine par la mode et la cosmétique pour réduire le désir masculin à une érection sponsorisée par Photoshop. On pourrait surtout constater que les sites de cul ont pris le pli de s’adresser exclusivement à leur public masculin, et seulement comme à des gros beaufs primaires, et que c’est une sorte de petit miracle qu’il y ait tout de même des femmes pour y trouver un quelconque fantasme. Toujours est-il qu’en marge du porno phallocentré, il se développe un média sexy spécifiquement adressé aux femmes : le podcast érotique ; et qu’il y a de fort belles choses à découvrir dedans, quel que soit son sexe.

Le plaisir féminin. De Voxxx à CTRL X en passant par feu Chuchote-moi, c’est invariablement en contradiction avec le ton très macho des tubes porno que ce sont établies les grandes plateformes françaises de nouvelles érotiques audio, promouvant sans détour une représentation respectueuse de la femme et de son désir. La malheureuse fermeture du site chuchote-moi.fr, le 24 février dernier, est d’ailleurs due en partie à la difficulté d’imposer économiquement un média érotique alternatif féminin au côté des mastodontes du divertissement adulte numérique. Ainsi, ses fondateurs, en quête d’annonceurs pour viabiliser le business-model de leur portail, ont vu les portes se fermer les unes après les autres, à une exception prêt, celle des vendeurs de viagras et autres élongateurs de pénis ayant pignon sur rue du côté du streaming. Pas franchement l’esprit de la maison. N’en reste pas moins que le genre se développe et que, s’il se conçoit en contre-point de la misogynie latente du porno mainstream, les propriétaires de quéquettes n’en sont pas pour autant chassés à coup de labrys. Ils en sont même, souvent, les friandises de choix.

Man-candy auditif

Eh oui, qui dit susurrations salaces à l’oreille vicieuse de madame, dit bien souvent douce voix grave de bellâtre musclé et viril, ou de nabot ventru et velu, ça n’a aucune forme d’importance. Tout ce qui compte, c’est la fiction, l’imaginaire, la justesse et la perversion du concept développé à travers ces quelques minutes de plaisir exclusivement sonore. C’est d’ailleurs le concept qui est au centre du nouveau podcast érotique le Son du Désir, encore une fois tout spécifiquement dédié à ces dames. « Ici, pas de récit », comme nous dit son créateur, un certain Alexis. Sans fioritures, l’aventure sexuelle prend la forme d’un message laissé sur le répondeur fictif de l’auditrice par monsieur, « son amant virtuel », éternel amoureux au ton suave, à la prose perverse et à l’imagination débordante. Le séducteur transi raconte alors son fantasme du jour à la reine de ses nuits, qu’il ne peut étreindre faute d’emploi du temps compatible. Qu’à cela ne tienne, la fiction se jouera dans leurs têtes, lui détaillant intentions et positions, elle se laissant gagner par l’ivresse et l’excitation, allongée sur son lit, les yeux fermés, comme le préconise la note d’intention laissée par l’auteur.

Suggestion de présentation

L’on reproche souvent à cet érotisme pour dames, pourtant méconnu, sa mièvrerie indécrottable, sa sexualité cucul faite de saillies chastes et de prudes copulation. Déjà, c’est une idée reçue ; et il suffit lire de trois pages de littérature féminine olé-olé pour se redécouvrir une virginité. Ensuite, le Son du Désir fait montre d’un réalisme cru assez rafraîchissant, d’abord imposé par son dispositif, le message téléphonique, qui concrétise le fantasme dans un possible terre-à-terre et pourtant si sensuel. Surtout, le Son du Désir ne s’embarrasse pas d’euphémisme. Il appelle un chat un chat, un cul un cul. Sans pour autant verser dans la surenchère ou le dirty talk, qui est un exercice à part entière, le podcast érotique retranscrit, dans toute son excitante crudité, le parler du sexe, agrémenté de soupirs, d’exclamations contenues, de gémissements à bout de souffle. Enfin, les fantasmes les plus divers et les plus coquins sont évidemment de la partie. Sodomie, menottes, sextoys, triolisme, l’audio est osé, et l’on n’en demande pas moins.

#anal, #threesome, #dildo, #tiedup… Mais attendez, ne serait-ce pas là des références canoniques de la dialectique porno ? Voudriez-vous dire que le très graphique « fantasme masculin » et le très subtil « fantasme féminin » partageraient quelques territoires ? Evidemment, le podcast érotique en général, et celui-ci en particulier, est tout à fait susceptible de plaire aux hommes, aux mâles, aux velus, aux couillus en quête de sensations un petit peu plus abstraites que l’excitation mécanique du porno. Après tout, rien n’empêche de s’identifier non pas à la destinataire du message cochon, mais à son expéditeur, un type viril et décomplexé qui expose sans détour ses désirs de sexe hard à sa douce, transie d’excitation humide. On regrettera peut-être, à cette fin, l’absence de vocalise féminine dans l’enregistrement ; mais pas de quoi bouder son plaisir. Hommes, femmes et tou(te)s les indécis(es), réconcilions-nous autour du podcast érotique, autour du son du désir universel…

Écoutez gratuitement la saison 1 du podcast le Son du Désir sur toutes les bonnes plateformes audio (Spotify, Soundcloud, Anchor, Apple Podcast, Google Podcast, Podcast Addict…).

Elle sera prochainement disponible en livre numérique et livre audio.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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