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Ondinisme : le sexe en eaux troubles

Pierre Des Esseintes

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L’ondinisme, que l’on désigne aussi sous les termes urophilie et urolagnie, consiste en une attirance sexuelle particulière pour l’urine, et recouvre une multiplicité de pratiques, plus répandues qu’on ne le pense. Perversion ou simple jeu sexuel ? LVDX fait le point sur ce sujet en or !

Le pipi sort de sa niche

L’ondinisme : ce joli mot évoquant les génies féminins des eaux de la mythologie germanique, désigne, en termes sexologiques, une érotisation de la fonction urinaire. Ainsi, on peut être sexuellement stimulé par la vision d’une personne en train d’uriner, on peut aussi être excité par la miction elle-même, par l’odeur, par la dégustation du liquide ou par son ruissellement sur la peau.

L’extraordinaire foisonnement du porno sur Internet a démocratisé des pratiques que l’on pensait marginales. Certes, l’uro constitue toujours une spécialité (dans le porno, on dit : une niche) et les amateurs de plaisirs liquides peuvent se repaître sur les tubes de scènes hard qui placent l’urine au cœur de l’action. Certaines productions ont même fait de l’uro leur marque de fabrique, comme les allemands de GGG, ou encore la série française Fist Uro chez Concorde, dans les années 90. Mais de plus en plus, le pissing et les golden showers ne se cantonnent plus aux productions de niche (dans lesquelles l’uro était souvent associé au SM, au fist et au scato), et se retrouvent dans le porno mainstream, au détour d’une scène hétéro lambda, de façon parfois anecdotique, en guise de conclusion après l’éjaculation, par exemple (dans les scènes de Jacquie et Michel TV, les scènes qui contiennent de l’uro sont nombreuses. Citons par exemple les récentes mémorables scènes : Barbara, incroyablement extrême, ou encore : Aucune Limite, avec la plantureuse et très cochonne Clarisse…

Quand le pissgate éclabousse Trump

Comment consacrer un dossier à l’ondinisme sans évoquer Donald Trump qui a contribué, bien malgré lui, à populariser l’expression golden shower ? Souvenez-vous, en 2013, le site d’information Buzzfeed a publié un document (non vérifié), selon lequel les services secrets russes détiendraient un enregistrement du président américain dans une chambre d’hôtel, s’adonnant à des jeux uro avec des prostituées dans une suite du Ritz Carlton de Moscou. 

Évidemment, Trump a prétendu que tout était faux. Mais tout comme beaucoup de gens se sont renseignés sur Internet pour savoir ce qu’est un plug anal, au moment de l’érection du fameux sapin vert de la place Vendôme, l’épisode a contribué à faire connaître au grand public la pratique consistant à se faire pisser dessus ! A l’époque de cette affaire, #goldenshower est devenu le hashtag le plus recherché sur Twitter, les jeux uro se sont invités dans les débats politiques télévisés, et dans les articles de la presse grand public. Ainsi, une pratique sexuelle considérée comme marginale devint du jour au lendemain mondialement célèbre, par le seul retentissement d’informations invérifiables, dont la portée a été encore démultipliée par les démentis du principal intéressé ! 

Mais les jeux uro n’ont pas attendu le porno, ni les rumeurs autour du président américain, pour gagner leurs lettres de noblesse. De grands peintres comme Renoir, Gauguin ou Foujita ont pris plaisir, du moins on le suppose, à représenter des femmes accroupies en train d’uriner. Les écrivains sont nombreux à avoir mis à l’honneur le pipi sous toutes ses formes :  le marquis de Sade, Pierre Louÿs ou encore Sacher Masoch. Plus proche de nous, on peut aussi évoquer Louis-Ferdinand Céline, qui, dans Mort à Crédit, évoque les soupeurs, ces hommes dont l’étrange passion consiste à déposer des morceaux de pain dans les pissotières, pour les ramasser ensuite le soir, et se repaître de leur récolte. Henry Miller n’a jamais hésité à mêler l’urine aux jeux érotiques, comme dans son roman Opus Pistorum, dans lequel il évoque un lavement à l’urine effectué dans la continuité d’une sodomie. Quand à Florence Dugas, elle décrit avec bonheur sa passion pour l’ondinisme lesbien dans son récit Dolorosa soror :

« je suis assise sur le bord du lit, Nathalie est à genoux entre mes cuisses ouvertes. Je me penche, je la prends par les cheveux, à pleines mains, pour relever son visage, je l’embrasse avec passion, et je lui dis que je l’aime. Et, mes yeux dans les siens, je lui pisse sur les seins. Le jet rebondit sur mes genoux et mes mollets, se répand sur le carrelage, cerne mes pieds. L’odeur forte de l’urine monte vers nous. Elle dégage son visage de mes mains, se penche et vient boire les dernière gouttes à la source ».

Une approche psychanalytique

Le plaisir sexuel lié à l’urine procède de différents ressorts psychologiques. Freud, qui considérait les formes de sexualité non coïtales comme des « perversions », reconnaissait néanmoins « que la toute-puissance de l’amour ne se manifeste jamais plus fortement que dans ces égarements. Ce qu’il y a de plus élevé et ce qu’il y a de plus bas, dans la sexualité, montrent partout les plus intimes rapports » (Trois essais sur la théorie de la sexualité). Le terme d’égarement montre bien à quel point le vocabulaire du génial viennois était encore imprégné de connotations morales ! Néanmoins, Freud reste l’un des premiers à s’être intéressé aux fixations possibles sur la jouissance liée à la fonction urinaire. Havelock Ellis, l’un des inventeurs de la sexologie, a étudié les cas de plusieurs patientes dont les voluptés urinaires constituaient l’essentiel de leur vie sexuelle. Et le bon docteur Ellis se serait lui-même découvert la capacité d’avoir une érection rien qu’en regardant une femme uriner !

Ferenczi, l’une des grandes figures de la psychanalyse freudienne, établit une analogie entre éjaculation et miction : « La phase finale du coït, l’éjaculation du sperme, est indiscutablement un processus urétral ; non seulement le canal d’écoulement est commun avec l’urine, mais dans les deux cas c’est une forte pression qui provoque l’expulsion du liquide ». Ce liquide, qu’il soit sperme, eau, ou urine, est porteur d’une charge symbolique. L’attrait pour les liquides serait l’expression d’une pulsion primordiale de retour à l’élément aquatique, c’est-à-dire, selon Ferenczi, au corps maternel…

Du jeu innocent au porno trash

L’ondinisme peut-il être considéré comme une pratique sexuelle comme une autre ? Sans doute, car même si les chiffres manquent, on peut supposer que les couples s’essayant aux plaisirs humides, de manière anecdotique ou régulière, sont nombreux. 

Les pratiques liées à l’urine sont nombreuses. On peut la boire, se laisser aller dans ses vêtements, en imbiber des couches, en recouvrir ses partenaires sexuels, ou encore s’amuser à s’arroser d’urine, en couple, dans la douche ou la baignoire. Dans ce dernier cas, il s’agit plus d’un jeu régressif que d’une pratique sexuelle à part entière. Il peut être amusant pour un couple de transgresser, dans l’intimité, les règles de bienséance qui exigent que l’on se cache pour s’exonérer de ses besoins naturels. Une de nos lectrices, Sandrine, normande de 32 ans, nous a confié que, pour elle, surprendre son homme en train d’uriner lui procure la même émotion que lorsqu’elle le voit éjaculer. Elle avoue également ne pas bouder son plaisir lorsque, dans la douche, il pisse sur ses seins, son sexe ou ses fesses : « dans ces moments-là je me sens chienne, avoue-t-elle, impudique, sans tabou… ».

Si l’on s’aventure dans l’univers du SM ou du libertinage, on remarque que l’ondinisme est fréquemment associé à des jeux de domination. Pisser sur une personne revient alors à la dominer, voire à la mépriser. Dans certains porno trash, la domination de l’homme sur la femme, s’exprimant par une éjaculation faciale, se trouve parachevée si elle est suivie d’un « nettoyage » à l’urine. A l’inverse, celui ou celle qui « se pisse dessus » se trouve dans la posture du soumis, celui qui ne se contrôle plus. La honte éprouvée par une personne qui s’abandonne dans ses sous-vêtements peut susciter une excitation masochiste. Dans le cadre d’un jeu de domination/soumission, le maitre peut prendre plaisir à forcer le(a) soumis(e) à se souiller. 

L’ondinisme est-il dangereux pour la santé ?

Voilà une question que se posent souvent ceux qui sont tentés par les pratiques uro et qui se demandent s’ils peuvent sans danger se faire arroser le corps, ou même avaler, un peu, voire beaucoup d’urine… Rappelons que l’urine est un liquide produit par la filtration du sang dans les reins. Elle est composé d’eau, à 95 %, et de la plus grande part des déchets liquides de l’organisme. Il peut paraître paradoxal d’ingurgiter un liquide que le corps cherche naturellement à éliminer. Néanmoins, en l’absence d’infection virale ou microbienne, l’urine est stérile, donc sans danger. Évitez néanmoins de recevoir de l’urine sur la peau si celle-ci est blessée ou écorchée. Si vous buvez de l’urine, faites-le « à la source », car les bactéries s’y développent rapidement. Attention au contact avec les muqueuses, comme le vagin ou l’anus, si vous n’êtes pas sûr de votre partenaire : le transmission de l’hépatite B ou du VIH est possible si l’urine contient du sang ou du sperme. Évitez donc de vous faire asperger d’urine quand votre partenaire vient d’éjaculer ! Si vous prenez toutes ces précautions, vous pouvez succomber sans risque à votre goût pour le champagne… Allez, ça s’arrose ! 

Conseils pratiques pour les jeux uro

Quelques règles de base avant d’ouvrir le champagne :

  • Buvez beaucoup d’eau, régulièrement, afin de produire un jet abondant, inodore et sans saveur particulière. Sachez qu’un verre d’eau, chez une personne en bonne santé, s’élimine au bout de vingt minutes.
  • Avant une soirée uro, évitez de consommer des asperges, qui donnent à l’urine une odeur d’œuf pourri.
  • La baignoire est le lieu privilégié pour les jeux uro. Allongez-vous dans la baignoire et contemplez votre partenaire qui, un pied sur chaque bord, prendra plaisir à vous arroser et à vous offrir une superbe perspective sur son sexe. 
  • Si vous préférez le lit, investissez dans une alèse en plastique à placer sous le drap, un couvre-lit en vinyle ou en PVC, ou encore un drap-housse en polyuréthane. 
  • Il existe également des matelas-piscine en PVC avec côtés gonflables.

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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