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Mylena Johnson : « Pour moi, le porno est par nature féministe ! »

Pierre Des Esseintes

Publié

le

Étonnamment mature pour ses 23 ans, Mylena Johnson croque la vie à pleines dents et assume tout : ses formes généreuses, sa passion pour le porno, son amour des femmes… Très active sur les réseaux, elle tient à rester proche de ses fans. Rencontre avec une personnalité forte et attachante du X français.

Depuis combien de temps travailles-tu dans le porno ?

Depuis mars 2015. J’ai commencé avec Jacquie et Michel.

Tu as tourné combien de scènes pour J&M ?

Je dirais sept, peut-être huit, je ne sais plus. J’ai aussi participé à des scènes dans lesquelles je ne suis pas l’actrice principale.

Comment es-tu arrivée dans le porno ? Tu t’es dit : voilà, j’aime le cul, je vais en faire mon métier ?

Pas du tout. Quand j’ai commencé, je ne connaissais même pas Jacquie et Michel. J’avais déjà vu passer le gimmick « merci Jacquie et Michel !» sur Internet, mais je ne savais pas à quoi ça renvoyait ! En fait, un an avant de commencer le porno, je suis devenue libertine, avec mon copain de l’époque. Lors de nos sorties, nous avons rencontré un couple dont la femme était gogo danseuse sur les salons de l’érotisme. Ils nous ont invités à venir sur un salon, et c’est là que j’ai rencontré Antonio Bandetarace. J’étais hyper chaude à l’époque. Avec mon copain, on participait, on montait sur scène. J’essayais de rabattre les visiteurs pour qu’ils assistent à un show en cabine avec ma pote ! Le courant est bien passé avec Antonio. Un soir, nous sommes sortis en boîte. J’avais un ou deux verres dans le nez, et tout à coup je me suis écriée : « bon alors, quand est-ce qu’on tourne ? ». Ça m’émoustillait à l’époque, car je ne connaissais rien de ce milieu, je n’étais même pas consommatrice. Cette idée de tourner, ce n’était même pas très sérieux, car je ne pensais pas du tout correspondre aux critères physiques pour faire du X. Pour moi, une fille du porno devait être siliconée et s’habiller en 36 ! Mais finalement, une semaine après, je tournais, avec mon copain. J’ai kiffé, et j’ai continué !

L’essentiel de ton activité aujourd’hui, ce sont les tournages, ou la webcam ?

J’aurais tendance à dire la cam, car j’en fait plus régulièrement que du porno. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin du porno pour vivre. Je refuse que ma vie se résume au porno. En plus, ce n’est pas un job très sécurisant. Il y a beaucoup de concurrence, on n’est pas appelé sur tous les tournages. Il n’y a pas énormément de travail. C’est vrai que je pourrais travailler plus, mais je veux contrôler mon image, et ne pas faire tout et n’importe quoi pour un billet, ça ne m’intéresse pas. J’accepte un tournage quand je bosse avec un réalisateur avec lequel je m’entends bien, quand je sais qu’il y aura une bonne ambiance, une bonne équipe, si je sais que le rendu sera joli et que ça va me mettre en valeur. C’est pour ça que j’aime bien tourner pour les Canal Plus, quand il y a un peu de comédie, et pas seulement du sexe. Le sexe, c’est vrai que j’aime ça, mais je veux aussi prouver mon talent d’actrice.

Deux réalisateurs m’ont parlé de toi en des termes très positifs : John B. Root et Kris Bakelit…

Je choisis toujours les réalisateurs avec qui je travaille. J’ai la certitude que certains réals ne sont là que pour m’utiliser. Dans le porno, on est quand même dans le domaine de l’humain, de l’intime. Ce n’est pas comme si j’étais caissière chez Leclerc. Des gens vont me filmer, d’autres vont me baiser, alors si c’est pour me sentir humiliée et utilisée, je n’ai pas envie. Je ne veux pas me mettre dans des situations indélicates. J’ai une bonne réputation dans le milieu, que je me suis construite depuis cinq ans, je n’ai pas envie de la gâcher. Dans ce milieu, beaucoup de gens se critiquent, je n’ai pas envie de rentrer là-dedans, c’est mon travail, je n’ai pas que ça à foutre ! J’ai ma vie perso pour me prendre la tête, ça me suffit ! C’est pour ça que je n’ai pas envie de tourner avec certaines personnes. Je sais que je n’ai pas grand-chose à y gagner ! Je ne suis pas non plus à la recherche de la célébrité. Je veux juste faire mon travail, m’amuser et faire rêver mes fans.

Tu vas toujours privilégier les propositions de films scénarisés ?

Oui, je préfère, c’est ce que j’aime. Quand j’étais plus jeune, j’ai fait un peu de théâtre, j’aime jouer la comédie, me mettre dans un rôle. Combiner sexe et comédie, pour moi, c’est ce qu’il y a de plus excitant.

Ton dernier film, c’est La Revanche des rondes, de Kris Bakelit. C’est un acte militant pour toi, de tourner dans une production comme celle-là ?

Évidemment ! Je ne suis pas là pour critiquer les filles qui font du 36, de toute façon, pour moi, personne n’est parfait. Mais c’est vrai que les filles pulpeuses sont rares dans le X. La plupart sont hyper gaulées ! Je me sens à part dans ma catégorie. C’est une fierté. En tout cas, autour de moi, beaucoup de mecs me disent qu’ils ont envie de voir des filles rondes, celles qu’on voit dans la rue, sur lesquelles on peut projeter ses fantasmes. Moi, au tout début, j’avais un peu de mal à accepter mes formes. Quand tu vis dans une société ou l’on te montre tous les jours des pubs pour les régimes minceur, quand tu ne rentres pas dans les critères en vigueur, tu as tendance à te dire que tu es moche. Mais en fait, je suis juste belle à ma façon, et ça plaît à beaucoup de gens. Avec La revanche des rondes, c’est la première fois que j’ai autant de retour sur un film. Des gens viennent me voir et me disent : « je t’ai vue dans La revanche des rondes, c’était super, merci beaucoup, tu véhicules un super message ! » Ça me fait vraiment chaud au cœur. Je me dis que je ne travaille pas pour rien. Ce qui me fait aussi très plaisir, c’est quand des hommes me disent qu’ils ont regardé le film avec leur femme. Un jour, un homme m’a dit : « ma femme est ronde, et elle a adoré le film. Nous l’avons regardé ensemble. Elle s’est sentie belle, valorisée ! » Moi-même, si je ne regardais pas beaucoup de porno, c’est parce que je n’arrivais pas à me projeter.

Je m’étais exclue du porno dès le départ, parce que je ne correspondais pas aux normes, et je me dis que beaucoup de filles doivent faire la même chose. Pourtant, chacun est beau à sa façon. Si certains n’aiment pas ma cellulite, qu’ils ne la regardent pas ! Moi, je commence à l’accepter. Si je tombe, je rebondis (rires) !

Cette marginalisation des rondes, c’est typiquement français, selon toi ?

Oui, je suis persuadée qu’aux États-Unis, mes formes seraient beaucoup plus appréciées !

Les gros seins et les gros culs, ils aiment ça ! Et ils aiment aussi les filles qui ont du tempérament. Et ça, je n’en manque pas !

Tu sembles fière de ce que tu fais…

Quand j’ai commencé le porno, j’ai tout de suite adoré, puis comme beaucoup de filles dans ce milieu, j’ai eu des soucis avec mes proches. Un père, ça ne lui fera jamais plaisir de savoir que sa fille fait du porno. Toutes les connaissances que j’avais dans mon ancienne région m’ont vue comme une pute du jour au lendemain. Moi, je ne vois pas les choses comme ça. Quand j’ai vu la réaction des gens, au lieu de me dire « merde, ce que je fais, ce n’est pas bien, j’ai juste dit : fuck ! Je vais vous donner encore plus de raisons de me détester ! Je vais réussir, et vous, vous allez avoir le seum ! Et je vais gagner beaucoup plus que vous ! » Après tout, c’est un métier féministe, car c’est le seul où les femmes gagnent plus que les hommes !

Tu as appris beaucoup de choses sur toi-même, dans ce métier ?

Oui. On se découvre, on apprend plein de choses sur son corps. On vit des choses extrêmes, on se pousse dans ses retranchements. Moi, j’ai découvert beaucoup de choses sur ma sexualité, et ça s’est ressenti sur ma vie personnelle. Je ne dis pas que je fais des choses dans le porno que je ne fais pas dans ma vie, mais le porno m’a appris des pratiques auxquelles je n’avais pas forcément pensé. Tout ça pour dire que le porno m’a apporté beaucoup, et je n’arrêterai pas tant que je ne serai pas allée aux États-Unis. C’est mon objectif, j’ai envie d’y arriver. Quand j’aurai fait ma petite tournée là-bas, je pourrai m’arrêter et fonder une famille, et poursuivre d’autres rêves.

Quelle est la scène que tu as préférée tourner ?

J’en ai plusieurs, c’est difficile de choisir ! Je dirais que celles que j’ai préféré tourner, c’était pour les films de Kris Bakelit et de John B. Root. Ce sont des réalisateurs qui écoutent les désirs des actrices. Ce que j’aime, c’est quand le réalisateur me donne un fil conducteur avant de tourner, et qu’une fois la caméra allumée, je puisse faire ce que je veux. Là, je vais vraiment me donner à fond. J’aime quand on me fait confiance. Si je dois quand même choisir une scène, c’est celle que j’ai faite dans La revanche des rondes, avec Sofia Lee, une petite nana solaire, curvy comme moi, et un hardeur. J’ai vraiment adoré, même si j’étais vraiment davantage sur la fille que sur le mec. Dans ce film, j’ai aussi fait une scène avec Laetitia Lacourt. Ça faisait très longtemps que j’avais envie d’une scène 100 % lesbienne, sans bite au milieu ! Je voulais montrer ma passion pour les filles. Kris a réalisé mes fantasmes sur ce film. Je lui dis encore merci !

Tu as besoin de faire l’amour souvent ?

Oui, tous les jours, surtout si je suis amoureuse. Ça peut paraître un peu relou, mais si on ne me fait pas l’amour un soir, je suis capable de faire la gueule ! Je ne me sens jamais autant aimée que quand je fais l’amour. Il y a tellement de choses qui se passent. Faire l’amour, c’est un langage en soi. Tout est dans le regard, la chaleur des corps, les odeurs des peaux…

Tu te masturbes combien de fois par jour ?

Au moins une fois, mais ça peut aller jusqu’à cinq fois. Je suis satisfaite par mon chéri, mais j’ai quand même besoin de mon moment à moi, où je me fais du bien toute seule, où je peux fantasmer aux choses les plus folles. C’est très sain de se masturber, ça entretient le désir. Et puis, plus on se connaît, plus on est capable de montrer ce qu’on sait faire au lit.

Tu as des fantasmes que tu aimerais réaliser devant la caméra ?

Il y a beaucoup de choses que j’ai données dans ma vie privée que je ne donnerai jamais au porno, parce que ce n’est pas l’image que je veux renvoyer de moi.

Tu peux en parler ?

J’ai un tempérament dominant. D’abord, parce que j’ai du mal à faire confiance aux gens, j’ai du mal à me lâcher, et je suis un peu une maniaque du contrôle. A côté de ça, j’ai un désir de me faire dominer. Mais ce ne sera jamais par quelqu’un d’autre que l’homme que j’aime. Je ne peux pas offrir ça à la caméra. C’est du domaine de l’intime.

Ta scène idéale dans le porno ?

Une orgie féminine.

Tu aimerais réaliser ?

J’adorerais ça . Sans prétention, j’ai vraiment des prédispositions. J’ai l’œil pour les vidéos. Je vois tout de suite si c’est bien filmé ou pas. J’aimerais bien imposer ma vision , et montrer des choses différentes.

Tu as des modèles dans le métier ?

Erika Lust, Ovidie, Anoushka. Dans leurs films, on voit du frisson, des respirations, des choses ultra excitantes…

Tu te sens féministe ?

Oui et non. Pour beaucoup, le mot féministe est devenu une insulte, et ça me dérange. Le vrai mouvement féministe a été galvaudé par les « féminazies » et les « femellistes ». Moi, je ne suis pas pour imposer une supériorité féminine, je suis pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas en allant manifester les seins à l’air que ça va changer quelque chose, au contraire, c’est contre-productif ! Ça donne des arguments aux machos pour mépriser encore plus les femmes.

Le porno féministe, ça te parle ?

Non, je n’ai pas envie de faire du porno féministe. Pour moi, le porno est par nature féministe ! J’aimerais faire un porno pour les gens qui ont une sensibilité. Les gens comme moi. Beaucoup de choses me touchent, je passe facilement du rire aux larmes. Si je regarde un porno ou la fille se fait laminer, ça ne va pas m’exciter. Ce qui va être émoustillant pour moi, c’est un petit cri, un coup de vent dans la frange, le moment où la fille enlève sa culotte… Voir une fille se faire défoncer le cul, ça ne va pas me faire grand-chose ! Si je réalise, je voudrais toucher les gens qui ont envie de voir de l’amour, de l’érotisme. J’ai aussi envie de mettre les hommes en valeur. Trop souvent, ils en sont réduits à être des bites sur pattes.

Tu as des modèles dans la vie ?

Dita Von Teese. C’est le comble de la féminité, du glamour. Je dirais aussi Marilyn Monroe, Audrey Hepburn, Simone Veil, Marion Cotillard, Adèle Exarchopoulos. Des femmes fortes, qui veulent faire bouger les choses.

Comme toi ?

Oui, j’ai envie de faire passer un message de tolérance, de liberté. Je ne vois pas pourquoi je vaudrais moins qu’une autre parce que je fais du porno !

Twitter : @MylenaJohnson

Instagram : www.instagram.com/mylenajohnson/

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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