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Actrices

Karmen Karma : alcool, coke et rédemption

Dimitri Largo

Publié

le

Karmen Karma sort un bouquin, chose rare pour une pornstar en activité, dans lequel elle témoigne de son retour de l’enfer des drogues et de l’alcool. Elle sait que le fléau est à l’œuvre dans l’industrie et veut répandre la bonne parole : pour perdurer dans le porn aux States, vaut mieux éviter de se défoncer la gueule. Sera-t-elle entendue par les starlettes qui finissent en Kush et en Haze ? 

Plus que jamais, la société américaine est rongée par la drogue. Le porno ne fait pas exception. Domaine d’activité par définition border et marginalisé, le porno est composé d’individus dont la santé mentale est soumise à rude épreuve. Pour preuve, depuis trois ans, une série de décès non naturels a marqué le business : August Ames, Natacha Vega, Amber Rayne, Shyla Stylez, Yurizan Beltran, Olivia Nova, Violet Rain… La liste est vertigineuse. Ayant attenté à ses jours en 2012, l’actrice Karmen Karma s’est sentie investie d’une mission : briser l’omerta autour de la détresse psychologique qui frappent les acteurs et actrices et les aider à combattre leur mal-être. Dans cette optique, elle a sorti un livre : « Overcome : A Memoir of Abuse, Addiction, Sex Work and Recovery » (traduisible par « Vaincre »), disponible sur Amazon et chez le réputé libraire américain Barnes & Noble.

The show must go on, à tout prix

Comme souvent sur de telles problématiques, ce livre se veut un témoignage dans son objectif et fut une thérapie dans sa rédaction. Flashback. Nous sommes en 2013, Karmen Karma vient d’essayer de se foutre en l’air l’année précédente et à 22 ans, elle se lance dans le porno, armée de l’esprit no future. A l’époque, elle picole tout le temps et se poudre le nez comme un millefeuille. Ses idées sur le X sont préconçues. Elle pense qu’il sera plus facile pour elle d’assumer sa défonce au milieu de gens qui font pareil. Erreur : « …les uns contre les autres, au bout du compte, on est toujours tout seul au monde ». Fabienne Thibeault. Starmania. 78. « Le travail d’une performeuse est d’être un objet sexuel, le fantasme parfait explique Karma au magazine Xbiz. Parler ouvertement du fait que l’on puisse être en dépression, ça brise l’illusion. C’est pourquoi beaucoup gardent le silence sur leur lutte au quotidien. Ce n’est pas lié au fait que la maladie mentale ne soit pas sexy. Nous sommes dans un business où il faut être tellement compétitif qu’il est difficile de ne pas s’inquiéter d’être jugée. Les filles se disent : si les réalisateurs pensent que je suis folle, ils arrêteront de me booker et je serai blacklistée. Plus personne ne va m’employer. Je serai brisée » A ses débuts, Karmen Karma va crescendo dans l’alcool et la coke. Complètement instable, malheureuse, elle se défonce de plus en plus pour oublier ses problèmes et faire bonne figure. « La pression est indéniable, reprend-elle. On livre notre corps au monde entier pour être jugé et on a le sentiment de retourner constamment à l’école tant le jugement des autres performers peut être acerbe et moqueur ». Particulièrement attachées aux symboles et aux récompenses, Karmen Karma explique que les pornstars américaines sont particulièrement stressées à l’approche de janvier, la saison des Awards. « Si vous n’êtes pas nommé, c’est déprimant. Vous ne vous sentez bon à rien, pas apprécié, même pas remarqué. Et si vous êtes nommé mais que vous ne gagnez pas, cela revient au même. Il faut avoir la peau dure pour tenir le coup ».

Le déséquilibre n’est-il pas inhérent au X ?

L’idée que personne ne ferait du porn en étant équilibré et sain d’esprit a la peau dure. Des camés, des paumés, des marginaux, voilà de quoi est composé le business aux yeux d’une bonne partie de la population. Karmen ne réfute pas forcément ce raccourci, mais défend le X d’être à l’origine des maux : « je veux être très claire : le porn n’est pas à l’origine des problèmes de santé mentale, mais ce dont je suis sûre, c’est qu’il a indéniablement des répercussions sur quelqu’un qui est déjà fragile ». En effet, il est facile de se perdre dans le milieu. « Je me souviens que même au Starbucks, je ne m’appelais plus Amber. Je demandais au serveur d’inscrire mon pseudo sur le gobelet. Je suis restée des années sans entendre mon vrai nom. J’avais presque oublié que tout le monde ne me connaissait pas sous le nom de Karmen. C’est difficile de sortir de l’excitation et de l’attention que le porn vous apporte, mais c’est fondamental de se souvenir qui vous êtes en dehors. Quand j’ai été en mesure de compartimenter mes deux vies, j’ai commencé à trouver la paix ». Avoir des activités hors du milieu et des amis qui vous aiment pour qui vous êtes réellement, séparer les comptes pro et perso sur les réseaux sociaux sont des pistes pour mener une vie « normale ».

Ce n’est qu’au terme d’une longue catharsis par l’écriture que Karmen Karma a brisé ses chaînes avec l’espoir que son expérience puisse servir à d’autres. « Je n’ai jamais su écrire, je n’étais même pas bonne à l’école. Ma plus grande peur était : est-ce que quelqu’un va prendre au sérieux une actrice porno qui écrit ? Mais j’ai continué, parce que ça me faisait du bien, en me disant que si jamais j’étais éditée, ce serait du bonus. Quand Rare Bird a décidé de publier mes mémoires, j’étais extatique. Quand on est confronté à la dépression, ça fait du bien de lire les histoires des autres et de savoir que l’on n’est pas seul. Ca donne de l’espoir et une raison d’avancer ». Amber alias Karmen était foncedée depuis cinq quand elle a un jour dit : assez. Le déclic. Elle venait de se réveiller avec la pire descente qu’elle ait jamais connue. D’elle-même, elle s’est inscrite en thérapie et le fait d’éliminer la drogue et l’alcool a soulagé ses souffrances psychologiques. Une belle leçon de vie.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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