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Kris Bakelit : « Faire jouer du Shakespeare à des acteurs porno, c’est un vrai défi ! »

Pierre Des Esseintes

Publié

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Avec La bergère et les ramoneurs, Kris Bakelit poursuit son parcours atypique dans le X, en affirmant un style très personnel faisant la part belle à la comédie. Cette fois, il met en scène une troupe de théâtre érotique qui monte une pièce de Shakespeare. Rencontre.

Pour ton film La bergère et les ramoneurs, tu t’es inspiré du conte (presque éponyme) d’Andersen ?

Oui, en effet, ça vient de là ! J’avais ce projet pour Canal Plus, et je voulais un titre marrant, entre Feydeau et Max Pécas. La bergère et les ramoneurs, je trouvais ça drôle, et Canal Plus a adoré ! C’est un titre qui rappelle l’âge d’or du porno des années 80.

Quelle a été ton idée directrice pour ce projet ?

Je voulais faire un film sur les acteurs et les actrices. Le meilleur moyen de mettre cette idée en abyme, c’était de parler d’une troupe de théâtre. Mais pas n’importe laquelle. J’ai choisi de mettre en scène une compagnie de théâtre érotique qui ne fait plus recette, et qui se retrouve obligé de cesser toute activité. J’ai un personnage principal assez sympa, joué par Joss Lescaf. C’est son premier vrai grand rôle dans un Canal Plus. Il joue le chef de la troupe, et a des velléités de dramaturge. Par hasard – ou presque ! – il se retrouve engagé pour jouer un Shakespeare. Pour lui, c’est un rêve absolu qui se réalise. Mais le problème, c’est qu’il n’a plus personne pour travailler avec lui. Alors, il va tenter de retrouver des membres de son ancienne troupe. Il engage également un acteur homosexuel, qui tourne dans des pubs pour des yaourts, et une vieille dramaturge qui fait des passes pour survivre.

Quelle pièce de Shakespeare as-tu choisi ?

Le Songe d’une nuit d’été, que je connais très bien. Le plus difficile, c’était de choisir le bon casting. J’ai engagé des gens qui savent jouer la comédie, ou qui, tout au moins, en ont envie !

Pourquoi avoir choisi Joss Lescaf pour le rôle principal ?

Parce que c’est un mec comme je les aime, un mec bien. Je l’ai mis en danger, et je lui en ai fait vraiment baver ! Il m’a maudit, je pense ! Mais à la fin, il m’a quand même avoué que j’avais eu raison.

Et pour la partie féminine du casting ?

J’ai choisi Julie Holly, qui est extraordinaire en comédie. J’ai aussi pris Sophia Laure, qui aime jouer, et qui se révèle plutôt douée. Il y a beaucoup de comédie, comme dans tous les films Canal Plus.

Tu as pu trouver un théâtre pour tourner ?

Oui, un théâtre associatif, dans le Sud, qui a bien voulu qu’on tourne chez eux. Ça s’est très bien passé, sur sept jours.

Comment s’est passé le tournage de la comédie ?

J’ai engagé une coach qui les a entrainés. Il fallait qu’ils sortent leur texte d’une façon naturelle. Cette coach fait une apparition dans le film. C’est une actrice de théâtre traditionnel. Ça les a beaucoup aidés. Il y avait une véritable ambiance de troupe. Ils sont devenus leurs personnages.

Le tournage a duré sept jours, c’est exceptionnellement long pour un film X…

Oui, ça nous a grevé notre budget bouffe, mais ça , ce n’est pas très grave (rires) ! On a pu tourner des scènes supplémentaires. Notamment une partouze avec neuf personnes, tournée avec trois caméras, dont un drone. J’en suis plutôt content ! Quand on a des comédiens qui, pendant une semaine, apprécient de jouer la comédie ensemble, la scène de baise finale est forcément intense ! Je n’ai quasiment rien dirigé. Ça n’a été possible que parce que nous avons insufflé un esprit de troupe. Je voulais leur offrir un film dont ils puissent être fiers. Et je pense qu’ils vont être contents.

Il y a beaucoup de situations comiques, je suppose ?

Oui, par exemple, quand Joss contacte l’ancienne dramaturge, elle n’est pas du tout au courant que ce sont des acteurs porno, ce qui entraîne pas mal de quiproquos. Mais ils arrivent quand même à monter quelque chose, pour présenter leur projet au jury d’un festival. Et la dramaturge, une ancienne alcoolique, se remet à boire sous l’effet du stress, car la représentation est une catastrophe ! Un deus ex machina arrive à ce moment, et tout va s’arranger ! C’est un moment très drôle, et en même temps des choses vraies sont dites. Il y a notamment un monologue de Julie Holly qui est très très fort ! Elle nous a impressionnés. En tout cas, faire jouer du Shakespeare à des acteurs porno, c’est un vrai défi !

A partir de quelle traduction as-tu travaillé ?

J’ai moi-même traduit les scènes que j’ai fait travailler aux acteurs. J’ai donc vraiment pu leur expliquer ce que signifiaient les mots, les expressions… Pour certains, ce n’était pas facile. En plus, j’ai retardé au maximum le tournage des scènes de cul. Ils étaient à cran, et à part jouer la comédie, ils n’avaient rien d’autre à faire ! L’effet de groupe était très intéressant. Ils s’entraînaient les uns les autres. Vince [Karter] a été génial, toujours à contre-emploi. Au final, cette troupe de théâtre à la ramasse, on y croit ! C’est un film qui a de l’ampleur.

Parle-nous de la musique du film…

Toutes les musiques du film sont originales. Des chansons ont aussi été composées pour le film, par Olivier Rocabois, un de mes amis. Ça apporte beaucoup, et ça correspond très bien à l’esprit de mon label, Popeex.

Tu fais travailler tes comédiens avec la musique ?

Oui, pour la grande scène de partouze finale, par exemple, je ne savais pas encore quelle musique utiliser, mais je savais quel rythme je voulais. Je me suis inspiré d’un morceau de Pink Floyd, Echoes. A un moment, il y a un rythme vraiment cool de basse-batterie. Je leur ai demandé, avant la scène de cul, de se mettre ce rythme en tête. Cela a donné une sorte de lenteur, et d’intensité croissante. Quand nous avons mis une autre musique sur la scène, ça a très bien fonctionné. J’avais peur de cette scène à cause de sa longueur. La version Canal Plus dure dix minutes, et pour la version Jacquie et Michel, on n’est pas loin du quart d’heure. Cela prouve que si on travaille bien en amont, et si on fait participer les gens, on arrive à s’approcher vraiment de ce que l’on veut obtenir.

La bergère et les ramoneurs, de Kris Bakelit. Avec : Doryann Marguet, Joss Lescaf, Sophia Laure, Vince Carter, Julie Holly… Prochaine diffusion : vendredi 27 Septembre 2019 à 00h30 sur Canal plus. Prochainement sur www.jacquieetmichelelite.com.

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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