Suivez-nous

Actu/News

Les fantasmes des hommes et des femmes sont-ils les mêmes ?

Pierre Des Esseintes

Publié

le

Le plan à trois, de préférence en compagnie d’une autre fille : cette combinaison revient souvent comme le fantasme masculin par excellence. Qu’est-ce qui caractérise l’univers fantasmatique des hommes ? Diffère-t-il tellement de celui de femmes ? 

Le plan à trois : fantasme masculin numéro 1

Nous avons tous des fantasmes sexuels qui mettent en scène nos désirs. Mais sont-ils différents selon notre sexe ? Une étude réalisée en 2014 à l’Université de Montréal, et publiée dans le Journal of Sexual Medicine, révèle que les hommes ont plus de fantasmes que les femmes, et les rapportent avec une plus grande intensité. Le fantasme masculin numéro un est sans conteste le plan à trois, de préférence avec une autre femme. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que la combinaison homme/femme/femme apporte au mâle l’occasion de constituer la clé de voûte du triangle, en affirmant sa spécificité sexuelle. Cette situation sera pour lui l’occasion de faire preuve de sa puissance, éventuellement en faisant jouir deux femmes. Selon la sexologue Catherine Blanc, « dans le fantasme masculin, le but de la sexualité est de faire jouir la femme, ou plus exactement de jouir de son pouvoir de la faire jouir. »

En effet, les hommes aiment par-dessus tout voir les femmes jouir. C’est même la principale dimension de la fantasmatique masculine. Seulement, assure le psychiatre Jean-Paul Mialet dans son livre Sex Aequo (Albin Michel, 2011), les hommes « voudraient les faire jouir à la façon dont ils se font jouir, sans comprendre que leur instrument ne sonne pas comme le leur ». Selon lui, la sexualité masculine relèverait du quantitatif : il s’agirait de « multiplier les secousses et d’additionner les spasmes », tout en s’appropriant le plaisir des femmes. Dans un classique de la littérature érotique, Ma Vie Secrète, l’auteur anonyme effectue une compilation de tous les orgasmes féminins qu’il a procuré au cours de sa vie. Dans le même registre, le fantasme de la collection, comme dans l’air du catalogue du Dom Juan de Mozart, correspond parfaitement au mode de jouissance masculin.

Nancy Friday, journaliste américaine, a consacré un livre aux fantasmes masculins, qui offre un panorama assez exhaustif, au moins pour la population masculine américaine. Comme on peut s’y attendre, il y est question de rapports de domination, de plan à trois, de sodomie : autant de pratiques abondamment exploitées par l’industrie du porn. Normal : le cerveau masculin est stimulé par l’imagerie sexuelle. Les fantasmes sexuels masculins, à support visuel, consistent en des mises en scènes, et non en des ambiances affectives.

Les fantasmes, une question de genre ?

Et les femmes, s’imaginent-elles au lit à trois ? Aujourd’hui, plaisir, orgasme, masturbation au féminin sont étudiés par les spécialistes et revendiqués par les femmes. Seulement, si le rythme des parutions de livres consacrés à la sexualité féminine s’accélère depuis quelques années, les catalogues de fantasmes sont rares. Certaines femmes assurent même ne pas en avoir. Pourquoi ? Jean-Paul Mialet a son explication : la sexualité féminine se développe dans l’intimité relationnelle. On a coutume de dire que les deux sexes ne privilégient pas les mêmes sens. Pour les hommes, la vue prendrait la plus grande place, et pour les femmes, l’odorat et le toucher seraient prépondérants. Faut-il en déduire que les fantasmes, scenarii sexuels, intéresseraient moins les femmes, puisqu’ils seraient liés à la visualisation de situations ?

Ce serait nier le rôle fondamental qu’ils tiennent dans la construction de notre psychisme, et de notre sexualité. Dans son livre L’empire des femmes, Nancy Friday a établi un véritable catalogue de fantasmes féminins. Pour la plupart, ceux-ci mettent en jeu des rapports anonymes, des plaisirs entre femmes ou encore des désirs de soumission. La contrainte revient fréquemment : on les oblige à s’exhiber, à se masturber, et le plaisir advient souvent malgré elles. Selon l’enquête Les Françaises et le mommy porn : entre fantasmes et réalité, publiée en 2012 au moment de la sortie du second tome de Cinquante nuances de Grey, près d’une femme sur deux aimerait faire l’amour en étant dominée (44%) ou les yeux bandés (40%). Plus d’une sur quatre aimerait recevoir une fessée (28%) ou faire l’amour en étant ligotée (28%).

Un fantasme féminin très courant également : la prostitution. De nombreuses femmes trouvent la situation excitante, sans pour autant avoir envie de la vivre. Ainsi, certaines peuvent s’amuser à faire payer leur compagnon. Jean-Paul Mialey évoque le cas d’une femme s’étant livrée avec plaisir à un amant avec l’accord de son mari, dans le cadre de la négociation d’un contrat. Le fantasme de prostitution s’inscrit le plus souvent dans le cadre d’une relation avec un homme précis. Le goût pour la soumission peut s’exprimer à travers des livres comme Histoire d’O. Écrit par une femme, l’ouvrage illustre le fantasme féminin par excellence : être soumise à un homme, fut-ce un maître. Le succès phénoménal de Cinquante nuances de Grey s’inscrit dans la même veine : la soumission à un homme particulier, dans le cadre d’une relation qui reste amoureuse.

Les fantasmes sexuels les plus fréquents seraient donc liés à des « rôles » propres à chaque sexe : actifs pour les hommes, passifs pour les femmes.

Partager un fantasme avec un partenaire n’est pas toujours facile, et l’on est bien souvent obligé de s’en priver. Pourtant, le fantasme est toujours là, travaillant et accentuant notre désir, soutenant notre sexualité. N’oublions pas qu’il possède deux particularités : d’abord, appartenant à l’imaginaire, il n’est pas toujours destiné à être réalisé. Ensuite, quel que soit notre sexe, le fantasme évolue, s’enrichit et se transforme, grâce à notre maturation psychologique ou, tout simplement, à la faveur de nouvelles rencontres.

 

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

Populaire

Merci de désactiver votre bloqueur de publicité pour accéder à ce site.

ADBLOCK a cassé ce site en voulant supprimer son contenu publicitaire.
Désactivez ADBLOCK pour consulter nos articles.