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Pegging : le plaisir « chevillé » au corps

Pierre Des Esseintes

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Les fidèles lecteurs de La Voix du X connaissent depuis longtemps les plaisirs associés à la zone anale, qu’elle soit masculine ou féminine. Une pratique semble cependant sortir du lot, ces derniers temps : le pegging [ou « chevillage »]. Loin d’être nouvelle, elle désigne la sodomie d’un homme par une femme harnachée d’un gode-ceinture. Cet engouement va-t-il dans le sens d’une redéfinition des rôles sexuels ? Décryptage.

Casser les codes

Si, sur les moteurs de recherche pornos, le mot-clé strap-on [gode ceinture] vous est familier, si vous avez regardé cet épisode de la série Broad City, dans lequel le petit ami d’Abbi Jacobson lui demande d’inverser les rôles (https://urlz.fr/b5Nk ), si vous avez vu le film Deadpool, dans lequel la compagne de Wade Wilson lui murmure à l’oreille : « Joyeuse Journée des droits des femmes ! » avant de le pénétrer au gode-ceinture, vous savez déjà de quoi je vais vous parler : le chevillage. Traduction – plutôt énigmatique avouons-le – du terme pegging, le chevillage désigne strictement la sodomie d’un homme par une femme à l’aide d’un gode-ceinture. Strictement, car la précision est de mise dans ce domaine : si une femme en pénètre une autre avec le même accessoire, ce n’est plus du pegging. Tiens, et c’est quoi d’ailleurs ? 

Mais venons-en à l’essentiel. En quoi cette pratique bouleverse-t-elle les codes hétérosexuels, au point que les magazines féminins s’enthousiasment pour ce chevillage qui redéfinit les rôles pénétrant/pénétré ? Tout d’abord, rappelons que nous parlons ici de sexualité anale. Pénétrer l’anus signifie toujours, pour les hommes comme pour les femmes, transgresser un interdit. Freud rapportait tous les processus psychiques de contrôle au stade anal. Érotiser l’anus, éprouver le désir de le pénétrer, revient à bousculer ces processus, à forcer une porte. Pour un homme, accepter une pénétration signifie s’abandonner entièrement à sa partenaire, en adoptant une posture de « receveur ». Mais n’y-a-t-il rien de plus excitant que de casser les codes ?  

Puisque l’on parle de codes, abordons tout de suite la question qui fâche : un homme qui manifeste l’envie de se faire pénétrer ne serait-il pas un peu… homosexuel ? Curieusement, les hommes ne sont pas les seuls à se poser cette question, et certaines femmes refusent que leur partenaire adopte un rôle passif et tiennent dur comme fer à l’image dominante et pénétrante de leur mâle. Alors messieurs, prenez le temps d’une petite conversation avec votre partenaire autour de vos désirs réciproques, avant de vous placer à quatre pattes sur le lit les fesses en l’air. Mais rassurez-vous, messieurs, vous faire pénétrer par un objet phallique ne remettra pas en cause votre sexualité. Et l’attirance pour la zone anale, qu’elle vienne des hommes ou des femmes, n’a strictement aucun rapport avec l’orientation sexuelle. 

Qu’en disent les hommes ?

Christophe, parisien de 46 ans, en couple depuis 7 ans, nous a confié : « j’ai toujours apprécié que ma femme me stimule l’anus avec ses doigts ou un gode, pendant une fellation par exemple. Le pegging, c’était une évolution naturelle, et aussi un approfondissement de notre complicité de couple. Ça n’a provoqué en moi aucun conflit intérieur… Que du plaisir ! En plus, j’ai toujours été excité par les transsexuelles. Pour moi, une femme harnachée d’un gode-ceinture concrétise le fantasme du troisième sexe ! »  

Frédéric, parisien de 51 ans, parle volontiers de la volupté qu’il tire de ce sentiment d’abandon lorsque sa compagne stimule son anus à l’aide d’un gode : « Ce qui est jouissif, c’est de renoncer au contrôle, de se remettre entre les mains de sa partenaire et ne se laisser guider que par ses sensations. Il faut être à l’écoute de son corps. On peut avoir l’impression d’inverser les rôles, mais c’est ce qui est plaisant, justement : inutile de se préoccuper de la qualité de son érection, on se laisse porter. La puissance de l’orgasme est incomparable. »

Romain, fringant cadre nantais de 41 ans, avoue « avoir ressenti une forte douleur au début. J’ai même eu envie de crier : “aïe ! sors de là !” Mais avec beaucoup de patience et une bonne dose de lubrifiant, j’ai fini par me détendre et apprécier particulièrement la caresse de certaines zones par l’extrémité du gode. Je suppose que j’ai vite compris ce qu’était le plaisir prostatique ! »

En quête du Point P

Nous y voilà. Pour les hommes, le pegging, en plus d’exciter les multiples terminaisons nerveuses de la zone anale, éveille le plaisir prostatique. La prostate, cette glande située juste sous la vessie, proche du rectum, est aussi érogène (la zone par laquelle on parvient à la stimuler, dans le rectum, est appelée « point G masculin » ou « point P ») que sous-estimée. En effet, on l’associe davantage aux problèmes urinaires et aux adénomes qu’à la gaudriole. Pourtant, la prostate est extrêmement sensible, à tel point que sa stimulation peut provoquer un orgasme d’une forte intensité, sans commune mesure avec celui qui ne convoque que les parties génitales. Stimulée par les va-et-vient du gode-ceinture, la prostate « gonfle » avec l’excitation, jusqu’à l’explosion finale. 

Les avantages du pegging

Évidemment, au début, une femme s’initiant au pegging devra apprendre à maîtriser des mouvements auxquelles elle n’est pas habituée, et pour cause ! Si le pénis artificiel est imposant, la femme devra veiller à ne pas donner de trop grands coups. Elle essaiera d’enfoncer le gode le plus loin possible, pour voir jusqu’où son partenaire peut « encaisser ». Ensuite, elle commencera tout doucement les va-et-vient, à grand renfort de lubrifiant. Elle pourra aussi l’encourager à se branler. Il arrivera certainement un moment où l’homme débandera. Pas d’inquiétude, ce n’est pas pour cela qu’il ne jouira pas. Au contraire, son orgasme sera très puissant, et sans commune mesure avec celui qui résulte d’une stimulation génitale. L’orgasme prostatique peut s’accompagner d’une éjaculation en continu, et non plus en saccades, ou d’une absence d’éjaculation. Tous les hommes que j’ai interrogés insistent sur l’incroyable intensité de la jouissance prostatique. Car si la stimulation de la glande apporte un plaisir intense, celui-ci est sublimé par l’abandon absolu de l’homme à ses sensations. En effet, les préoccupations qui peuvent parasiter un rapport sexuel (« ne vais-je pas jouir trop vite ? », « vais-je tenir mon érection jusqu’au bout ? » ) n’ont plus lieu d’être. Et quand l’esprit est libéré de toute préoccupation, le plaisir peut advenir sans limites !

Mais les bénéfices du pegging ne s’arrêtent pas au plaisir masculin. Pour les femmes, l’expérience du gode-ceinture se révèle être une incroyable source de plaisir. En effet, pendant tout le rapport, non seulement la stimulation clitoridienne est optimale, mais son rôle dominant l’affranchit de toutes les contraintes liées au simple fait d’être pénétrée : elle est pratiquement aussi assurée de jouir que si elle se masturbait. Si le fait d’inverser les rôles et de dominer son mec est pour elle un fantasme, alors là, c’est l’extase assuré !

A l’attention des femmes : comment commencer la séance ? 

Pour faire monter l’excitation et détendre la zone anale, commencez par caresser avec vos doigts les plis de son anus, par des mouvements circulaires. N’oubliez pas de lubrifier en abondance. Les lubrifiants à base d’eau sont efficaces, mais ils présentent l’inconvénient de sécher rapidement. Testez les lubrifiants à base de silicone, ou à base d’huile minérale, comme l’Elbow Grease, très efficace. Un petit coup de « dedans-dehors » est très agréable : on insère juste le bout du doigt, on le ressort, on le replonge. Testez ainsi la réceptivité anale de votre amant. Alternez les caresses des doigts et celles de la langue. S’il apprécie, vous sentirez vite votre doigt « happé » par l’orifice. Dans tous les cas, le receveur ne doit ressentir aucune gêne. C’est un préjugé encore répandu, qui considère le sexe anal comme d’abord douloureux, puis agréable. Or, il n’y a aucune raison de ressentir la moindre douleur. Pour faciliter la pénétration du gode-ceinture, votre receveur peut pousser comme s’il était aux toilettes. Cela détend les sphincters. Quand le gode est rentré tout entier, laissez-le immobile quelques instants, pour que le receveur s’habitue à sa présence. Enfin, si vous-mêmes appréciez la sodomie, n’hésitez pas à lui prodiguer des conseils tirés de votre propre expérience !

Enfin, n’oubliez pas, les filles, que c’est toujours le receveur qui commande ! Alors, même si votre homme se retrouve dans un rôle apparemment passif, c’est vous qui devrez être plus que jamais à son écoute, et attentive à ses réactions. Offrir son anus à la pénétration est une preuve de confiance absolue de la part d’un homme (et d’une femme aussi, d’ailleurs !). N’allez pas trop vite, prenez le temps de découvrir les possibilités de votre corps, et respectez-vous. La base.

Avec quoi ?

Messieurs, pour vous initier au pegging, rien de tel que de commencer par vous introduire des godes dont vous augmenterez progressivement la taille, ou de porter un plug anal pendant vos ébats. Présenter un anus « vierge » lors d’une première pénétration par un gode-ceinture n’est pas forcément une bonne idée. Côté shopping, la fin des tabous concernant le plaisir anal masculin a provoqué une véritable explosion du marché du gode-ceinture. Aujourd’hui, les harnachements sont nombreux et variés : vibrants, gonflables, plus ou moins ergonomiques, éjaculateurs, ciblés sur la stimulation prostatique, de textures variées… Le dernier cri en la matière est sans doute le Strap On Me®, un gode ceinture « sans ceinture », flexible, comme il en existe déjà beaucoup, mais la particularité de celui-ci réside dans ses trois moteurs télécommandés, qui stimulent à la fois le point G, le clitoris et le point P. Have fun ! 

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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