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Et vous, c’est quoi votre fétiche ?

Pierre Des Esseintes

Publié

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Le fétichisme, qu’est-ce que c’est ? Comment les adorateurs des pieds, du latex ou du cuir vivent-ils leur sexualité ? D’où viennent ces étranges obsessions ? Zoom sur des pratiques de plus en plus assumées.

A l’origine, un traumatisme ?

Le fétichisme, c’est d’abord l’adoration d’un fétiche. Celui-ci peut être un objet, une matière, une partie du corps. Ces éléments ne sont pas forcément érotiques en eux-mêmes. Parfois, le « fétiche » se détache totalement du but sexuel, on peut même parler de surévaluation d’éléments parfois peu utiles à la sexualité : morceaux de vêtements, couleurs de cheveux… Issu du portugais feitiço signifiant à la fois « artificiel » et « sortilège », le terme « fétichisme » a été utilisé, pour la première fois dans un sens sexologique, par le psychologue français Alfred Binet, en 1887. Celui-ci s’appuie sur des remarques du docteur Charcot, concernant un sujet ayant vécu ses premiers émois sexuels en regardant sa mère coiffée d’un bonnet de nuit à l’âge de cinq ans. Il soutient alors que le fétichisme se fixe dans la sexualité infantile. Sa théorie se résume en une phrase : « on revient toujours à ses premières amours ». A la suite de Binet, Freud parle de fétichisme chez un sujet dès lors qu’un objet, ou une partie du corps, remplace les zones proprement sexuelles du partenaire. Le père de la psychanalyse approfondit la thèse de Binet sur les impressions infantiles, et la rattache à l’angoisse de castration. Quand le petit garçon prend conscience que les personnes de sexe féminin n’ont pas de pénis, il fera d’un objet un substitut à ce pénis absent. Il investira ce substitut pour en faire une condition nécessaire à la satisfaction sexuelle. « L’ersatz pour l’objet sexuel, écrit Freud dans Trois essais sur la théorie sexuelle, est une partie du corps en général très peu appropriée aux buts sexuels (pieds, cheveux) ou un objet inanimé qui se trouve en une relation assignable avec la personne sexuelle, de préférence avec la sexualité de celle-ci (pièces de vêtements, linge de corps) ».

Uniformes et matières

Que désigne-t-on sous le terme « fétichiste » aujourd’hui ? Pour peu que l’on soit collectionneur de lingerie ou de chaussures, ou de tout accessoire susceptible d’être en contact rapproché avec le corps, on peut être qualifié de fétichiste. Dès lors, il est impossible de recenser tous les types de fétichisme tant ils sont nombreux. Même si le terme de fétiche renvoie d’abord à l’univers SM, avec ses harnachements de cuir et ses combinaisons de latex, aussi nombreux sont les fétichistes des pieds féminins, des talons hauts, des aisselles ou des poils pubiens, des bas, des couches, de la lingerie, des cheveux, des cigarettes…

Michel Larue, dans son récent Dictionnaire du BDSM (éd. La Musardine), considère que « le fétichisme est l’allié des pratiques sadomasochistes en ce qu’il met la nudité à distance et crée des codes vestimentaires. La plupart des fétichismes sont aujourd’hui mis en scène dans des jeux de rôle, des simulacres et des attitudes influencés par les dress-code des soirées. De nouveaux fétichismes comme celui
de la basket pullulent sur les réseaux sociaux. »

Très appréciés dans l’univers fétichiste, les uniformes sont, eux aussi, fréquemment utilisés comme thèmes de soirées ou comme prétextes à des mises en scènes ludiques. On peut citer, parmi les uniformes les plus présents dans cet univers :

  • Les uniformes médicaux : le fétichisme de la blouse blanche est très répandu, et explique sans doute le succès des séries télé mettant en scène des médecins et des infirmières. Dans le porno, le rapport médecin / patient(e) est prétexte à de nombreuses mises en situation, impliquant des matières et des accessoires très inspirantes pour les fétichistes : gants de latex, spéculum de métal, poires à lavement en caoutchouc… Qui, lors d’une consultation, n’a jamais fantasmé sur une auscultation un peu… poussée ?
  • Les uniformes policiers : l’aspect très seyant des uniformes se lie à une incarnation de l’autorité qui peut suggérer de nombreux jeux SM. Là encore, les accessoires pouvant pimenter les jeux sont nombreux : menottes, matraques, armes à feu…
  • Les uniformes d’écolière : très populaires au Japon, ils suggèrent des rôles dominant/dominé qui peuvent être plaisants, surtout s’ils sont régulièrement inversés.
  • Les uniformes religieux : l’excitation fétichiste à la vue et au contact de l’uniforme religieux met en jeu l’interdit social.
  • L’uniforme de soubrette : fétichisme exploité à outrance dans le porno des années 80. Certaines productions en ont fait leur marque de fabrique, même si les soubrettes ont disparu depuis bien longtemps…

Les grandes figures

Le fétichisme s’exprime également en tant que mouvement artistique aux Etats-Unis, dans l’entre deux guerres. John Willie et ses bandes dessinées Adventures of Sweet Gwendoline en est une figure majeure. On peut également citer Stanton, Eeng et Jim. Dans les années 50, le mouvement est porté par Betty Page, puis par Helmut Newton dans les années 70-80. On peut également mentionner les superbes travaux de Richard Kern, et, en France, ceux de Christophe Mourthé, qui s’apparentent au fashion fetish.

Dans les années 80, des modèles spécialisés dans la photographie fetish, comme Dita Von Teese, ex-épouse du chanteur Marilyn Manson, deviennent célèbres bien au-delà des milieux underground. A partir des années 2000, les milieux et les imaginaires fetish et SM se rapprochent et se confondent, avec des artistes comme Ludovic Goubet, Eric Martin ou Nath Sakura. L’influence du mouvement fetish se fait sentir jusque dans les milieux de la haute couture. On peut citer la collection automne-hiver de la maison Dior, qui fit appel à l’anglais House of Harlots. Ce dernier introduisit dans le défilé de nombreux éléments en latex.

Le fétichisme : une attitude

La soumission au désir de l’autre peut être compris, également, comme une forme de fétichisme. Une femme peut prendre plaisir à se sentir sans défense face à la véhémence du désir masculin. Le fétichisme tel qu’il s’exprime dans le roman 50 Shades of Grey ne concerne pas tant un attirail ou une imagerie SM que l’attitude d’un homme imposant son désir de manière contraignante. A l’inverse, l’homme pourra aussi rechercher chez une femme une attitude hautaine, méprisante, voire carrément dominante. Le fétichisme consiste alors en un jeu de rôles, impliquant des rapports de pouvoir. Il s’agit de transformer l’autre en objet, de l’instrumentaliser, afin d’assouvir son désir, mais aussi celui de la « victime », car c’est elle qui, finalement, détient toujours les clés du jeu. Loin de faire l’apologie de la violence (malgré les apparences), les pratiques SM et fétichistes reproduisent sur le mode du jeu la violence de la civilisation, l’obsession du pouvoir, le harcèlement social, moral… Le porno mêle souvent SM et fétichisme, dans des scènes ou les hommes sont humiliés par les femmes. Ils sont soumis, travestis, fessés, godés : on peut y voir, évidemment, une transgression par rapport aux modèles qui prévalent toujours aujourd’hui.

Le fétichisme apparaît comme une manière de se libérer des normes sociales, mais aussi de la génitalité, et des zones considérées d’ordinaire comme érogènes, pour aborder d’autres horizons, plus cérébraux, de la sexualité.

Les grands événements fétichistes

La plus grande fête des fétichistes du cuir est sans doute la Folsom Street Fair (www.folsomstreetevents.org) qui se déroule chaque année le dernier dimanche de septembre à San Francisco et qui réunit différentes orientations sexuelles. Une édition se tient également à Berlin. Les grandes soirées fétichistes, Rubber Ball (www.rubberballusa.com) aux USA,  Torture Garden (www.torturegarden.com) en Grande-Bretagne, EuroPerve (www.europerve.org) et Wasteland (www.wasteland.nl) aux Pays-Bas, Fetish Project (www.fetish-project.be) en Belgique, Nuit élastique (www.nuitelastique.com), Nuit Dèmonia (www.nuitdemonia.com) ou Zinella (www.zinella.com) en France, Kitkatclub en Allemagne (www.kitkatclub.org), ravissent depuis longtemps les fétichistes du cuir, du latex, du lycra… et des sexualités « alternatives » ! Si vous êtes tentés par l’expérience, renseignez-vous sur les prochaines dates.

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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