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Le sperme dans tous ses états

Pierre Des Esseintes

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Le sperme rayonne depuis toujours d’une forte charge symbolique. Associé à l’orgasme masculin, valorisé à l’excès dans le porno, on projette sur le liquide séminal toutes sortes de fantasmes, et il donne lieu à des pratiques parfois insolites. Petit tour d’horizon…

Un liquide précieux

Les anciens attribuaient au sperme des vertus cosmétiques et curatives. C’est du moins ce que l’on raconte, bien que les sources historiques fiables à ce sujet soient plutôt rares. Ainsi, parmi les nombreuses légendes qui entourent la figure de l’impératrice Messaline, on trouve celle selon laquelle elle se faisait recouvrir du sperme de jeunes adolescents, qui se masturbaient pour elle. En Égypte, la reine Cléopâtre passait pour une fellatrice hors pair, se délectant du sperme de ses soldats (elle en aurait ainsi pompé jusqu’à une centaine en une seule nuit !). Le sperme a longtemps été considéré comme riche et stimulant. Selon la légende, c’est celui des pendus qui donnait naissance, au pied des gibets, à la mandragore, plante aux vertus magiques. Dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, édité à Paris en 1825, on peut lire que « le sperme masculin imprègne l’organisation de la femme, avive ses fonctions, et les réchauffe ». C’est dire à quel point ce liquide, pourtant simple mélange de sécrétions prostatiques, vésicales, et de spermatozoïdes, a été valorisé !

Dans le rapport sexuel, même si l’on distingue éjaculation et orgasme (ce dernier n’est pas un réflexe neurologique comme l’éjaculation, mais un pic d’émotions et de sensations positives, qui se produit dans le cortex cérébral), le sperme est souvent perçu comme la matérialisation de la jouissance masculine. Son émission signe la fin du rapport. Certaines femmes affirment que leur orgasme dépend de la jouissance de leur partenaire, allant jusqu’à soutenir qu’elles ressentent le jet de sperme au fond de leur vagin. Ce qui est strictement impossible. Mais il se peut qu’elles soient rassurées, ou excités, de savoir que leur homme vient d’éjaculer en elle.

Dans une enquête ACSF (Analyse des comportements sexuels en France) de 1993, on trouve les statistiques suivantes : 44 % des femmes trouvent agréable le contact avec le sperme de leur dernier partenaire (23 % trouvent cela désagréable). L’odeur et le goût du sperme varient en fonction des individus : plus ou moins salé, plus ou moins amer. On raconte que la nourriture pourrait en modifier le goût, ce qui semble totalement absurde. En tout cas, il n’existe à ce jour aucune étude scientifique sur le sujet.

Les jeux sexuels avec le sperme

La fellation

Parmi les différentes manières d’apprécier le sperme, la fellation figure en bonne place.  Après l’éjaculation, la semence peut être avalée, ou encore recrachée sur le pénis. Cette dernière possibilité a été largement exploitée par le porno en raison de son indiscutable photogénie !

La douche de sperme

L’éjaculation peut se pratiquer hors des orifices. Ainsi, la douche de sperme consiste à « arroser » son partenaire de sa semence, sur ses seins, son visage, ses fesses… On peut voir dans ce type de jeu sexuel une forme de domination, voire d’avilissement (le plus souvent consenti, heureusement !) de la femme. Certaines femmes aiment voir leur partenaire éjaculer, et le côté spectaculaire du jet de sperme explique sans doute la systématicité de l’éjaculation externe dans les films X. On peut d’ailleurs se demander si une pratique comme la douche de sperme ne s’est pas répandue grâce au porno.

Le felching (ou cum swapping)

Pratique évoquée crûment par Eminem dans sa chanson Insane :

Don’t you know what felch means?

Well then tell me, would you rather get felched or do the felching?

Fuck ’em in the ass suck the cum out while you’re belching

Burp belch and go back for a second helping

(Est-ce que tu sais ce que « Felch » signifie ?

Bon alors dis-moi, tu préfères le faire ou qu’on te le fasse ?

Encule-les et aspire le sperme avec la bouche en rotant.

Rote, rote, et va te servir une seconde fois.)

Cette pratique consiste donc à recueillir, avec la bouche, le sperme s’écoulant du vagin ou de l’anus d’un partenaire. Il s’agit soit de son propre sperme, soit de celui d’un autre. L’éjaculat peut ensuite être recraché dans la bouche du partenaire.

Le snowballing

Jeu sexuel parfois mis en scène dans le porno, difficile à réaliser dans « la vraie vie » : un homme éjacule dans la bouche d’une femme, qui recrache le sperme dans la bouche d’une autre, etc. Le volume de sperme mêlé de salive augmentera donc de bouche en bouche, à la faveur d’un effet « boule de neige ». Le côté très visuel de la pratique a été largement exploité par le porno.

Le bukkake

Du japonais bukkakeru, qui peut se traduire par « splash ». Le mot bukkake, au Japon, désigne un plat où l’accompagnement est versé sur des nouilles. Il évoque donc l’éclaboussure. La pratique nommée bukkake consiste pour une femme à se faire recouvrir de sperme par plusieurs hommes. Le sperme n’est pas avalé comme dans le gokkun (voir ce mot). L’imaginaire érotique japonais a depuis longtemps développé une fascination pour la souillure. La femme qui subit cette humiliation exprime des émotions comme le dégoût, la peur ou la douleur. Or, l’expressivité du visage reste, au Japon, un tabou indépassable. Les principaux réalisateurs spécialisés dans le bukkake sont issus de la société californienne JM productions, qui compte le précurseur et prolifique Jeff Mike (avec sa série American bukkake), Brandon Iron (sa série A good source of iron ne vous sera jamais recommandée par un médecin nutritionniste), ou encore Jim Powers (également inventeur, soit dit en passant, du bukkake féminin, dans lequel les « femmes fontaines » remplacent les éjaculateurs, mais c’est un autre sujet…). On peut citer également les studios berlinois de GGG (German Goo Girls), la société de John Thompson, figure incontournable du bukkake.

Le creampie

Terme venu du porno, désignant l’expulsion du sperme du vagin ou de l’anus, après un rapport sexuel… Ce spectacle est d’une rare poésie, mais il y a encore mieux : le cumfarting. Variante raffinée du creampie, il s’agit de l’expulsion du sperme grâce au gaz des pets (oui, vous avez bien lu).

Le gokkun

A l’origine, ce mot est une onomatopée japonaise désignant le bruit que l’on fait en avalant (l’équivalent du « gloups ! »). Le gokkun désigne une variante du bukkake, où la pauvre (mais néanmoins volontaire) fille doit avaler le sperme de ses compagnons de jeu… Les hommes éjaculent parfois dans de grandes coupes dont les filles avalent le contenu (après quelques gargarismes), ou dans un entonnoir directement fixé sur la bouche de la malheureuse (mais néanmoins bien payée, espérons-le).

Soupeur

Ce terme désigne, en premier lieu, un amateur d’urine, qui dépose des morceaux de pain dans les vespasiennes pour les récupérer par la suite et les consommer. Bon appétit, bien sûr ! Mais le terme recouvre une autre pratique : à l’époque des maisons closes, le soupeur était celui qui, moyennant finances, effectuait la « toilette des dames » après le départ de leurs clients. Le soupeur recueillait alors le sperme sur la peau ou au sortir des orifices de la prostituée. On pouvait aussi parler de « faire dinette ». Autre pratique de bordel, la « giclée de grenouille » consistait pour la prostituée à récupérer dans un flacon la semence recrachée après une fellation, pour la revendre à un spermophile.

La spermatophobie

Le sperme ne compte pas que des amateurs. A tel point que certain(e)s souffrent d’une véritable phobie du sperme, même si cette peur ne relève, par sa rareté, que de la curiosité médicale. Il s’agit d’une peur anormale, persistante et irrationnelle du sperme. Ses symptômes ? Une angoisse accompagnée d’une augmentation des rythmes cardiaques et respiratoires, de sudations… Évidemment, cette phobie empêche tout rapport sexuel avec des partenaire masculins. Les causes de cette phobie peuvent être : des conceptions négatives de la sexualité, une peur de tomber enceinte, ou encore d’autres phobies (des maladies, des germes, de la saleté…). Le porno peut parfois traumatiser les adolescentes, car l’éjaculation y est présentée comme un acte solennel et violent, symboliquement (surtout quand elle se fait sur le visage) et physiquement (quand elle s’accompagne de cris…).

Le sperme et le porno

Dans l’industrie du X, l’orgasme masculin est toujours matérialisé par une éjaculation puissante : plus copieuse est la décharge, plus grande est la jouissance. Du moins le suppose-t-on… Si le hardeur ne parvient pas à fournir une éjaculation conséquente, la production peut avoir recours à du faux sperme, composé de lait concentré sucré et de blanc d’œuf.

La femme, elle, se doit d’apprécier le sperme qu’elle reçoit. Dans les vidéos pornos, les actrices s’en délectent, l’étalent sur leur corps, l’avalent… Même si ce plaisir est sans doute largement mis en scène, il répond à certains fantasmes masculins : le sperme est une offrande, une liqueur d’autant plus précieuse qu’elle matérialise un plaisir attendu, et en même temps, la marque d’une souillure qui excite d’autant plus qu’elle est voulue par la femme !

L’éjaculation faciale concrétise un fantasme de soumission de la femme. Lorsque le visage est touché, l’éjaculation peut faire penser au crachat, ou à la gifle. Même si les féministes s’offusquent de la systématicité de cette pratique dans le porno, l’ « éjac faciale » peut être consentie par les deux partenaires, et s’effectuer dans une complicité de couple. Pour certains hommes, le fait de voir son propre sperme peut être une source d’excitation : le liquide, potentiellement fécondant, est symbole de puissance.

L’éjaculation faciale s’est, semble-t-il, démocratisée. On peut y voir une conséquence de la consommation exponentielle de porno sur les tubes. Selon le sondage Génération Youporn, mythe ou réalité ? réalisé en octobre 2013 par l’Ifop sur un panel de 1000 adolescents de 15 à 24 ans, on découvre avec étonnement que 24% des sondés affirment avoir déjà terminé un rapport par une éjaculation faciale. Dans son documentaire A quoi rêvent les jeunes filles ?, la réalisatrice Ovidie souligne que pour la génération qui a grandi avec le numérique (les digital natives), l’éjaculation faciale fait partie des pratiques courantes.

Comme quoi, le porno sur Internet contribuerait à banaliser certaines pratiques. Mais les femmes les reproduisent-elles par plaisir ou par conformisme ? La démocratisation des pratiques venues du porno n’améliore certainement pas les connaissances sur la sexualité. Ainsi, nombre de femmes ne font pas la différence entre orgasme et éjaculation chez l’homme. Or, l’expulsion du sperme ne constitue pas la garantie que l’homme a éprouvé un orgasme. A l’inverse, l’homme peut apprendre à maîtriser son éjaculation, et obtenir un orgasme sans éjaculer. Mais ça, ça ne s’apprend pas sur les tubes porno !

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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