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Candaulisme : soyez cocu… et content !

Pierre Des Esseintes

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On n’a jamais autant parlé du candaulisme. Ce fantasme, reposant sur toutes les variantes possibles du cocufiage consenti, semble se démocratiser. Nous avons rencontré une véritable experte de cette sexualité, la bien nommée Ève de Candaulie, auteure du guide Osez le candaulisme.

Un terme aux origines antiques

Le mot « candaulisme » puise son origine dans l’Antiquité, plus précisément dans un poème d’Hérodote, racontant comment Candaule, souverain semi-légendaire de Lydie, qui régna vers le VIIIe siècle avant J.C., perdit son royaume. Candaule était marié à une femme somptueuse, dont il ne cessait de vanter les charmes à Gygès, l’un de ses officiers. Un jour, il le convia à mater discrètement son épouse dans la chambre nuptiale, au moment du coucher. Mais la discrétion n’était pas la principale qualité de Gygès. Pris en flag, il fut convoqué le lendemain par la reine, qui lui fit comprendre que la mort serait le prix à payer pour son impudence. Elle lui proposa néanmoins de le gracier, mais à une condition : qu’il tue le roi Candaule et qu’il prenne sa place sur le trône. Gygès accepta, et le souverain mourut assassiné dans son sommeil. L’infortuné Candaule, à l’instar d’Onan, de Sacher Masoch ou de Sade, connaîtra une gloire posthume en donnant son nom à une pratique sexuelle : le candaulisme.

Tendance, le candaulisme ?

Cette pratique, encore inconnue il y a quelques années, s’est démocratisée via les sites de rencontres et les articles sexo de la presse féminine. Ève de Candaulie, romancière et bloggeuse, a consacré un guide à sa pratique préférée (et qui lui inspira son pseudo) : Osez le candaulisme (La Musardine). « J’ai été très surprise, s’amuse-t-elle, de constater à quel point ce mot de candaulisme faisait le buzz dans les médias depuis… 2012, environ. Le magazine Elle y a même consacré un article, titré : Le candaulisme, cette pratique sexuelle dont tout le monde parle ! Avant, ça existait bien sûr, mais on en parlait plutôt sur les sites libertins. » Le principe ? Il s’agit d’encourager son partenaire officiel à faire l’amour avec un(e) autre. A partir de là, de nombreuses combinaisons sont possibles : un mari peut assister aux galipettes de sa femme avec son amant, et éventuellement participer. Il peut aussi être absent et prendre plaisir à écouter le compte rendu des ébats. Précisons, à toutes fins utiles, qu’il s’agit d’une pratique entre adultes complices. Il n’est jamais question d’infidélité dans le candaulisme !

Un fantasme masculin ?

On a tendance à penser que les hommes seraient, plus souvent que les femmes, à l’initiative d’une aventure candauliste. « Il est vrai que les hommes, concède Ève de Candaulie, en parlent davantage que les femmes. Néanmoins, pour mon livre, j’ai rencontré des femmes candaulistes. Je pense à l’une d’elle, notamment, qui a installé un miroir sans tain chez elle pour observer son mec avec d’autres femmes ! » Mais ce fantasme recouvre des réalités très diverses. Un candauliste peut aussi vivre ce cocufiage comme un jeu de domination dans lequel il jouirait de l’humiliation subie (si l’amant est plus endurant, mieux membré, plus musclé…). Un mari peut aussi affirmer sa domination en livrant sa femme à une tierce personne. On peut alors parler d’une volonté de contrôle du plaisir de l’autre.

Le candaulisme, une stratégie de couple ?

Mais précisons que le candaulisme, tout comme le libertinage, dont il constitue l’une des multiples déclinaisons, n’est possible que grâce à une réelle complicité, au sein d’un couple solide. Ne nous leurrons pas : certaines personnes ont testé le candaulisme et l’ont très mal vécu ! Le risque majeur, c’est que l’initiative vienne du mari, et reste centré sur lui-même et son désir. Le candaulisme se doit d’être fluide, et surtout pas à sens unique !

« Il faut trouver un terrain d’entente avec son conjoint, explique Ève de Candaulie. Aller lire des histoires, se rendre sur les forums, en parler, se demander pourquoi c’est excitant. Comme dans toute sexualité, le principal risque réside dans les non-dits. »

Le scénario préféré de notre auteure ?  « Quand je fais l’amour avec mon amant, confie-t-elle, en présence de mon mari, et que celui-ci me pousse à être toujours plus salope. Je trouve ça galvanisant. J’aime bien, aussi, quand il participe. Un trio, ça peut être très chaud, d’autant plus que dans le candaulisme, les mecs sont assez intimes entre eux. Un autre trip que j’aime bien : laisser mon amant (de confiance) gicler en moi. Mon mari me baise juste après et gicle aussi. Ça nous met en transe ! Parfois, mon mari goûte le sperme de mon amant… C’est très fort aussi ! »

Soulignons la nécessité pour un couple de bien s’entendre sur les modalités de la réalisation de ce fantasme. Le choix d’une tierce personne doit se faire en bonne intelligence. L’amant (ou la maîtresse) doit-il nécessairement être informé de la démarche du couple ? Entretenir une complicité avec l’un des membres du couple avant de passer à l’acte ? Poursuivre une relation régulière ou ne rester qu’un « coup d’un soir » ? Pour répondre à ces questions, le livre d’Ève de Candaulie se sert de nombreux témoignages, comme celui d’un couple de quadras, Méli et Mélo, particulièrement intéressant, car ils considèrent tous deux qu’il est plus facile d’ouvrir des perspectives dans sa sexualité à partir du candaulisme, c’est-à-dire en se focalisant sur l’un des deux partenaires. Pour aller plus loin par la suite ? Vers l’échangisme, par exemple ? « Pour moi, l’échangisme c’est bien, explique Ève de Candaulie, mais on reste toujours dans la réciprocité. J’ai envie de dire : fuck off la réciprocité ! Et si je veux trouver un partenaire qui va me faire tripper, en l’absence de mon mari ? Lui-même, s’il trouve une amante qui lui correspond, je trouve ça génial, il n’a pas besoin de moi ! Et si l’on veut s’investir un peu plus dans une relation hors du couple, le candaulisme peut même mener au polyamour… »

Et si, finalement, le candaulisme, c’était simplement vouloir le bonheur de l’autre, au-delà de la jalousie, de l’exclusivité, de tout ce qui peut, finalement, pourrir une relation de couple ? « Moi qui étais jalouse, précise notre auteure, le candaulisme m’a libérée, dans ma vie de femme et d’épouse. Quant à mon mari, c’est encore différent : lui, la jalousie, ça l’excite ! »

Comment s’y prendre ?

Si l’on est tenté, comment faire ? Est-il simple de rencontrer d’autres personnes attirées par cette combinaison sexuelle ?  « Oui, assure Ève de Candaulie, grâce aux sites libertins. Les gens y sont au courant de ce que sont les différentes pratiques libertines. Certes, il y a toujours un moment où les gens vont poser des questions… C’est pour cela que j’ai écrit ce livre ! Je rappelle que dans le candaulisme, il y a trois rôles : le mari, la femme, et l’amant(e). Chaque rôle doit être respecté. A aucun moment, l’un des trois ne doit prendre tout le plaisir pour lui. » Oui, le candaulisme n’est possible qu’avec du savoir vivre ! « Il est important, poursuit-elle, de discuter avec les amants. Il faut qu’ils sachent dans quoi ils s’engagent, comprendre pourquoi ça les excite. Dans le cas de mon couple, il y a souvent un dialogue préalable qui s’engage entre l’amant et mon mari. D’ailleurs, je me rends compte souvent qu’une grande partie de la relation se passe sans moi (rires) ! »

Et si le candaulisme correspondait finalement à nos modes de vie, où les relations exclusives durent de moins en moins longtemps, et où l’incertitude face à l’avenir nous pousse vers de nouvelles formes d’hédonisme ? « Avec le candaulisme, conclut notre auteure, on arrive à être satisfait de sa sexualité, à vivre intensément les choses, pour le peu de temps que ça dure, juste pour un moment, et ça, je trouve ça beau ! »

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.

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