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Literotica, la Bibliothèque de Pandore

Clint B

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À l’instar du sport et de la diététique, la lecture est un peu votre running-gag de la bonne résolution annuelle. Chaque réveillon, vous vous promettez pieusement d’ouvrir un bouquin, histoire de divertir vos yeux et votre esprit autrement qu’avec un énième bêtisier animalier sur Youtube. Bon gré, mal gré, l’épidémie de coronavirus pourrait être l’occasion de tenir cette promesse de longue date faite à vous-même… Ce ne serait pas du luxe, vos voisin étant à deux doigts de déposer une main-courante pour protester contre la bande originale essentiellement composée de gang bang teuton qui émane jour et nuit de votre appartement, depuis que vous y êtes confiné avec, pour toute distraction, une paluche volontaire et des kilomètres de papier hygiénique. La littérature érotique s’illustre alors comme la solution idéale, que dis-je, le remède miracle pour vous réconcilier avec les belles lettres, juguler la solitude et soulager votre voisinage un brin germanophobe. Et quelle meilleure introduction à cet art subtil que Literotica, la bibliothèque de textes pornographiques la plus prodigieuse et pléthorique de toute l’histoire ?

Sexononicon

Au fond, la littérature érotique n’est une nouveauté pour personne et l’existence de blogs partageant les aventures sexuelles réelles ou imaginaires d’une poignée de contributeurs n’a rien de réellement surprenant. Literotica est cependant d’une toute autre dimension. Avec son design archaïque et austère hérité de sa création en 1998, on pourrait voir le site comme la relique d’un Web révolu, entièrement assujetti à l’exercice rédactionnel. Pourtant, à l’ère du multimédia et du porno instantané, Literotica n’a rien d’un vaisseau-fantôme. C’est même tout l’inverse. Le domaine est une institution aux proportions absolument monumentales. Tenez-vous bien car les chiffres donnent le tournis.

En 2008, Wikipédia recensait 29 000 publications érotiques sur la plateforme en ligne, pour un forum fort d’un million de membres. On est aujourd’hui très loin du compte. Rien que le portail anglais agrège un corpus de plus de 450 000 œuvres toutes plus salaces les unes que les autres, tandis que son forum a joyeusement franchi le seuil des 2,4 millions d’inscrits. Bien moins fourni, le portail français comptabilise tout de même plus de 2000 nouvelles érotiques aux thématiques diverses. En tout point, Literotica fait figure de mastodonte du divertissement pour adultes, générant un trafic colossal, au 789ème rang des sites les plus fréquentés au monde. À titre de comparaison, le Projet Gutenberg, la bibliothèque en ligne qui entend « briser les barrières de l’ignorance et de l’illettrisme » en rassemblant des dizaines de milliers d’œuvres classiques en libre accès, entre péniblement dans le top 9000.

Le livre dont vous êtes le héros

Mais trêve de comptabilité. La grandeur de Literotica se mesure avant tout à l’aune de son concept : un catalogue de fantasmes sans limites. En effet, à travers l’écriture, la bibliothèque du vice s’affranchit des contraintes inhérentes au cinéma porno. Partouzes aux millions de participants, romances charnelles avec l’intégralité du bestiaire humanoïde de Tolkien, abductions par des extraterrestres aussi pervers qu’intrusifs ; l’imagination ne souffre d’aucune contingence matérielle, technique ou économique. Même la morale se fait discrète dans les fictions de Literotica. Les catégories thématiques dédiées au BDSM -le versant finalement consensuel du fantasme de transgression, mais aussi aux abus et à l’inceste sont parmi les plus documentées et consultées de tout le site. Après tout, pourquoi pas ? Contrairement au X, il n’y a ici à justifier du consentement ou de la dignité d’aucun protagoniste sinon l’auteur et le lecteur. Deux tabous évidents persistent toutefois : ni zoopholie, ni pédophilie, toutes virtuelles qu’elles soient, ne sont autorisées en ces lieux. Les rapports sexuels impliquant des créatures fantastiques (licorne, yéti, centaure…) font néanmoins l’objet d’une certaine largesse des autorités décisionnaires. Le reste se discute entre adultes informés et avertis.

On ne juge pas.

C’est sans doute là que réside le secret de l’ampleur et de la longévité de Literotica : sa communauté. Car on n’arrive pas à un demi-million de nouvelles pour gaucher en sélectionnant les publications comme l’éditeur de la Bibliothèque Rose. Tout le monde peut soumettre sa contribution, tout le monde est invité à apporter sa petite pierre à l’édifice ultime du vice. Le comité de lecture est ouvert à toute proposition, pour peu que l’on respecte quelques règles élémentaires de présentation, d’orthographe et de syntaxe. De toute manière, il n’y a pas d’argent en jeu ; Rien à gagner sinon une improbable renommée confidentielle, et probablement une fiche suspecte chez les renseignements généraux…

Gage de médiocrité ou de qualité ? à chacun alors de se faire son avis. Qui sait qui se cache derrière les pseudonymes BluDraygn, Magical_Kitten ou encore le (la) prolifique SilkStockingsLover au plus de 450 publications ?  Peut-être G. R. R. Martin, peut-être Christine Boutin, peut-être votre voisine sexy ou votre grand-mère gâteuse… Une telle collection est en tout cas l’assurance de toujours trouver, parmi la pléthore d’histoires disponibles, une fiction en mesure d’assouvir vos fantasmes les plus secrets, les plus intimes, les plus déviants. Au pire des cas, il ne vous reste qu’à l’écrire et ainsi enrichir l’encyclopédie des perversions littéraires de votre propre imaginaire.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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